Tanto amore perduto, tanto disamore accumulato. Tanti ricordi rimossi, tante verità sapute. E tante verità coraggiosamente ripetute. * * * Pakistan. Afghanistan. Iraq. Palestine. Lebanon. From the borders of Hindu Kush to the Mediterranean, we – we Westerners that is – are creating a hell disaster, Robert Fisk, 24.11.07 * * * Ils s’en vont, tous. On dit « c’est la vie » qu’est ce que ça veut dire ? C’est aussi la vie de rester, non ? Borborygmus, borborygmi, 26.07.07 * * * If you don't believe that the Syrian regime is causing the chaos in Lebanon, at least you have to admire its knack for predicting it, Scott MacLeod, The Middle East, 25.06.07 * * * Le temps est un barbare dans le genre d'Attila, Georges Brassens * * * Beyrouth, ma ville, la Méditerranée, ma mer... Liberté Toujours, 29.04.07 * * * Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots, Le bateau ivre, Arthur Rimbaud * * * Les Emirats Arabes Unis sont une nation moderne et progressiste, La Sorbonne, Abu Dhabi * * * La nuit tous les chats sont gris et les poissons... rouges, Mickey 3D * * * I am feeling increasingly Bahraini, Michael Jackson * * * Remember, the Stone Age didn't end because we ran out of stones, Ahmad Zaki Yamani - Saudi Oil Minister * * * El duende... ¿Donde està el duende? Federico Garcìa Lorca * * * I can't understand how throughout the war whoever mentions Syrian occupation is a Zionist and now whoever revolts against Israeli attacks is Syrian, Claudine 25.08.06 * * * Abu Dhabi is where all the cute kittens go, Garfield * * * Traffic lights return to function in Kiryat Shmona after more than a month, Haaretz 14.08.06 * * * Mahmood Ahmadinejad has launched his own blog www.ahmadinejad.ir he seems to see the virtue in blogging after clamping down on other bloggers * * * It's really hard to get used to being used to live in war, Kerbolg 09.08.06 * * * The more Israel behaves in this barbarious manner, the more Arabs it slaughters, the less its future in the region is assured, Patrick Seale 11.08.06 * * * Tant qu'il y aura de l'humour, il me restera de l'espoir, Nad's Blog 05.08.06 * * * Hier j'ai goûté le lait de chamelle, ca a quand même un fort gout de bête

mercredi 5 novembre 2008

Le rêve ressucité !



Jusqu’à ce matin, cette bannière n’aurait jamais eu sa place sur cette page. Durant ces huit dernières années elle a representé des valeurs qui sont aux antipodes de celles de l’auteur de ce blog.

Elle a representé le conservatisme, la réduction des libertés civiles, la bigoterie, les prisons secrètes, la torture, la peur, l’injustice, l’invasion, la bêtise, la guerre, la collusion entre la politique et les affaires, la collusion entre la politique et de puissantes sectes religieuses…

Ce matin, le rêve est ressucité… et cette bannière etoilée m’apparaît sous un tout nouveau jour, le jour du métissage, de l’opportunité, de la culture, de la primauté de l’intellect sur la pulsion et de la richesse du mélange sur la pureté fantasmée par les fanatiques de tous bords, de l’espoir…

Ce matin, je me suis senti, un peu… américain !

lundi 15 septembre 2008

Jazz Me!


Jazz Me! Par Camille Ammoun

dimanche 15 juin 2008

Is this aboriginal dreamtime?


Dot painting no1, par Camille Ammoun

mardi 13 mai 2008

Status quo ante bellum : Le Liban eternel

Au delà de la honte… Au delà de la rage… Au delà du désespoir… Au delà de l’espoir… Au delà de la déception… Au delà de ce mépris pour cette classe politique qui n’a pas compris que les mêmes causes conduisent aux mêmes effets… Au delà de tous ces sentiments humains… Au delà même des questions qui me taraudent depuis ce 7 mai 2008 lorsque les barricades se sont (re)dressées à Beyrouth comme la matérialisation de vieux cauchemars: est-ce le début d’une deuxième interminable guerre civile au Liban ? Combien de temps Beyrouth va-t-elle rester divisée ? Ces combats vont-ils mener au ‘nettoyage’ des quartiers et régions ‘mixtes’ ?

Je suis au delà de tout cela et observe crument presque indécemment la réalité sur le terrain :

Hassan Nasrallah est bien trop intelligent pour ne pas savoir que son Hezbollah a perdu toute crédibilité en tant qu’organe de résistance supposé protéger l’ensemble des Libanais, de tous les bords politiques, contre les agressions du dit ‘ennemi sioniste’.
Hassan Nasrallah est bien trop intelligent pour ne pas savoir qu’il devra forcement se retrouver a une table de dialogue face à ceux qu’il encercle aujourd’hui de sa force militaire. Et que ce jour venu il ne sera plus le sage Sayyed dont tout le monde respecte le martyr et la cause mais un simple petit chef de guerre qui a délibérément pris la décision de replonger le Liban dans ses pires cauchemars.
Hassan Nasrallah est bien trop intelligent pour ne pas savoir que le jour du dialogue venu son pouvoir de négociation sera bien inférieur à ce qu’il a été avant que ses armes ne se retournent contre ses compatriotes.
Hassan Nasrallah est bien trop intelligent pour ne pas savoir qu’il a tout perdu ; et que les seuls moyens qu’il a de rester dans la course sont la force et/ou le retour, sous une forme ou sous une autre, de la tutelle syrienne au Liban. Et Hassan Nasrallah sait tres bien que le retour d’une telle tutelle ne peut se faire que si l’Arabie Saoudite, l’Egypte et les Etats-Unis acceptent de perdre cette nouvelle guerre du Liban qui se joue depuis 2004.

Michel Aoun lui, est bien trop stupide pour réaliser que le jour du dialogue venu il fera partie des dégâts collatéraux. Ou alors, s’il n’est pas si stupide que ca, il le réalise peut-être et prépare déjà ses valises.

Nabih Berri, est très intelligent. Combien de fois l’a-t-on pris pour politiquement mort, et combien de fois a-t-il su capitaliser sur les positions les plus inconfortables. Il y a quelques jours à peine on le disait complètement dissous dans le Hezbollah, et il réapparait aujourd’hui comme le seul homme capable d’arrondir les angles et d’éviter le pire. Bravo Istez es Kâma-Sûtra ! Nous aurions seulement préféré voir cette extrême intelligence bismarckienne couplée à un peu plus de courage politique.

Walid Joumblat, rompu depuis des générations à l’art de la guerre clanique est dans son élément, et il sait que s’il a perdu une bataille, il est loin d’avoir perdu la guerre.

Saad Hariri a peur, mais il a confiance.

Oui, je suis au delà de tout cela et observe crument presque indécemment l’histoire :

C’était il y 50 ans tout rond ! nous sommes en 2008 c’était en 1958; des barricades se sont dressées dans Beyrouth.

A cette époque (1956) l’Egypte de Nasser nationalise le Canal de Suez. Cette première action souveraine d’un Etat arabe indépendant est perçue par les anciennes puissances coloniales, la France et la Grande Bretagne, et le jeune Etat d’Israël comme une souveraine provocation.
Aujourd’hui c’est l’Iran d’Ahmadinejad qui provoque souverainement les Etats-Unis et le maintenant moins jeune Etat d’Israël en enrichissant de l’uranium dans le but non avoué, mais probable, d’acquérir l’arme nucléaire.

En 1958, l’Egypte est renforcée par la guerre de Suez (1956) menée par Israël, la France et le Royaume Uni, stoppée par une intervention Américaine pour éviter une confrontation avec l’Union Soviétique (pour faire très court).
En 2008, l’Iran sort extrêmement renforcé par les deux guerres menées par les Etats-Unis, l’une en Afghanistan (2001) contre les Talibans, l’autre en Iraq (2003) contre le régime Baathiste de Saddam Hussein. Les Etats-Unis ont, par ces deux guerres, débarrassé l’Iran de ces deux pires ennemis régionaux.

En 1958, Camille Chamoun alors président de la république, refuse de rompre les relations diplomatiques avec le Royaume-Uni et la France. Les barricades se dressent dans Beyrouth et un conflit éclate dans la montagne entre les partis chrétiens pro-occidentaux et les partis à majorité musulmane pro-Nasser. C’est la mini guerre civile de 1958.
En 2008, le 14 mars, les Etats-Unis, bla bla… et le 8 mars, l’Iran, bla bla… ! les barricades se dressent dans Beyrouth et un conflit éclate dans la montagne.

En 1958 le Liban paye le prix de l’expansionnisme Egyptien.
En 2008 le Liban paye le prix de l’expansionnisme Iranien.

En 1958, un militaire est élu président de la république (Fouad Chehab), et une personnalité de l’opposition Rashid Karamé est désignée au poste de premier ministre.
En 2008, un militaire Michel Sleimane ? un gouvernement d’union nationale ?

Je suis au delà de tout cela et observe crument presque indécemment le temps long :

Depuis le 19e siècle, le scenario est identique au Liban. Des désaccords locaux, tribaux, familiaux ou confessionnels, imbriqués dans des alliances régionales ou internationales, conduisent à des guerres fratricides, à des massacres dans la montagne, et plus tard à des barricades dans les villes.

Alors quoi ? le Liban eternel avec ses montagnes et ses rivières, sa cote et ses forets… le Liban eternel avec son peuple ‘message’ de cohabitation pacifique, avec son peuple ‘message’ de guerres fratricides ?

Peut-être que le Liban devrait cesser d’être eternel ! Chaque crise se résout par un retour au status quo ante bellum. Depuis la mutasarfieh jusqu'à Taef en passant par le pacte de 43, c’est à chaque fois le status quo ante bellum ! à chaque fois un petit aménagement de ce qui ne devrait plus être qu'un ancien régime !

Oui, il faut une rupture, il faut que le Liban cesse d’être eternel, il faut que le Liban entre dans le temps… dans la modernité !

Mais comment et à quel prix ?

mercredi 27 février 2008

جمل في المدينة - دبي


Un chameau dans la ville - Dubai, par Carole Ammoun

mercredi 6 février 2008

Je blog, persiste et signe...

C’était il y a huit ans, en mai 2000. Tsahal se retirait du Sud-Liban sous les coups de boutoirs du Hezbollah. Issa Ghoraieb écrivait dans son éditorial : « Israël perd enfin l’interminable guerre du Liban ». Quel plaisir !

Moi, j’étais à Barcelone, j’avais les cheveux longs et portais court autour du coup, un collier de rondelles de bois. Au bas de Las Ramblas, à droite en descendant vers le port, dans une ruelle du Raval qui sentait l’urine et dans laquelle trainaient, les implants mammaires à l’air, quelques pathétiques travelos tout droit sortis d'un film de Pedro Almodovar, il y avait ce petit bouiboui : Le Pastis. Angel, ex-journaliste désabusé, barbe grise du socialiste espagnol, proprio du Pastis, tenait le bar après 8 heures… jusqu'à ce que mort s’en suive. Françoise au micro et à la guitare chantait des chansons de variété. Surtout le « je suis venu te dire que je m’en vais » de Gainsbourg qu’elle entonnait comme un hymne trois, quatre ou même cinq fois par nuit à la demande d’Angel qui l’accompagnait mélancoliquement de son accent espagnol « yé souis vénou té dirre qué yé m’an vé »… Françoise chantait aussi beaucoup de Brel.

Brel dont je suis un grand fan et dont je peux encore – je crois – débiter l’ensemble du répertoire sans manquer une seule liaison. Brel que j’ai découvert très tôt – vers neuf ou dix ans – dans ce meuble en nacre, au salon de notre appartement d’Achrafieh, qui sentait le bois et les liqueurs et dans lequel étaient entreposés des dizaines de 33 tours, de Jacques Brel aux Doors en passant par les trois petits cochons et Pierre et le loup. Brel, donc, qui m’a suivi tout le long de ma vie, resurgissant ici ou là… me rappelant lorsque j’étais banquier que « désolé bergère, j’aime pas les moutons », me rappelant lorsque j’étais largué que « non Jef t’es pas tout seul » ou lorsque j’étais amoureux qu’ « on beau faire, on a beau dire… », me faisant même aimer cette « quelconque Belgique » que je n’avais jamais vue… Brel qui resurgit ici ou là, là ou je l’attend le moins, est resurgi la semaine passée à Dubai, dans l’improbable théâtre de Madinat Jumairah. Un belge venu, dit-on, d’Afrique du Sud donnait un spectacle. Brel à Dubai… quel paradoxe ! Je ne pouvais pas manquer ça… rien n’aurait jamais pu me faire mettre les mots Brel et Dubai dans une même phrase… voilà c’est fait.

Brel à Dubai… tant qu’il ne va pas à Damas, me diriez vous… célébrer la culture arabe qui croupit dans les prisons du Baath… comme d’autres… Fairuz, par exemple, payée – ai-je lu quelque part – plusieurs millions de dollars pour aller à Damas chanter en play-back… quelle mascarade ! Mais c’est bien connu, Fairuz, malgré son immense talent, est antipathique.

Mais vous, Milan Kundera… vous Monsieur Kundera que j'ai lu et relu... là ou vous écriviez Prague je lisais Damas, la ou vous parliez de chars Russes, je voyais ce barrage syrien qui humiliait ma ville et ma montagne… Vous Monsieur, combien vous à-t-on payé pour renier tout ce qui a fait la période Tchèque de votre littérature. Monsieur Kundera, vous allez tranquillement discuter de la 'culture arabe' dans un confortable salon de Damas alors que Michel Kilo et tant d’autres croupissent dans la prison du coin. Pour célébrer la culture arabe Monsieur Kundera, c’est avec Michel Kilo (emprisonné), c’est avec Samir Kassir (assassiné), c’est avec Georges Haoui (assassiné), c’est avec Farouk Mardam-Bey (exilé) – et j’en passe – que vous devriez discuter. En allant à Damas, vous allez faire un voyage dans le temps et retrouver le Prague de vos années Bohème-Moravie, le Prague des chars russes. En allant à Damas vous allez légitimer un état de fait que vous avez si intelligemment, si brillamment, et avec tant d’humour et de poésie, critiqué, démonté, descendu, absurdifié. En allant à Damas vous allez renier, trahir, votre littérature. C'est dans "L'art du Roman", je crois, que vous écriviez que le roman, une fois écrit devenait un peut plus intelligent que son auteur. Eh bien Monsieur, vos livres aujourd'hui sont devenus beaucoup plus intelligents que vous. Heureusement que les mots, dans les volumes de ma bibliothèque beyrouthine, ne changeront pas, eux ! Pour moi, ils ne seront simplement plus de vous.

Ah ce régime ! Où puise-t-il tant de machiavélisme ?

Michel Kilo : emprisonné
Samir Kassir : assassiné
Georges Haoui : assassiné
Farouk Mardam-Bey : exilé
...
Milan Kundera : acheté (?)
Quelle ‘Plaisanterie’ !

Jacques Brel est mort, il n’ira pas à Damas chanter « Les F… »...

En rentrant chez moi, après le concert du faux Brel venu de Johannesbourg, j’ai écouté, en lecture aléatoire, le vrai Jacques Brel dans ma voiture. Et le vrai Jacques Brel s'est mis à chanter à plein poumons cette chanson intitulée « Les F… » pour : Les Flamingants ! et je me suis souvenu que quelques semaines plus tôt j’ai hésité à publier un post sur stroobia dans lequel je dis ce que je pense de l'un des chefs de file du 8 Mars… je me suis souvenu que je m’en voulais encore d’avoir hésité. Encore une fois, Brel, au moment ou je m’y attendais le moins, m’a rappelé à mes valeurs:
Les Flamingants, chanson comique !

Messieurs les Flamingants. J'ai deux mots à vous rire
Il y a trop longtemps que vous me faites frire
À vous souffler dans le cul, pour devenir autobus
Vous voilà acrobates mais vraiment rien de plus (…)

Tu vois quand j'pense à vous, j'aime que rien ne se perde
Messieurs les Flamingants : Je vous emmerde (…)
Cessez de me gonfler mes vieilles roubignoles (…)
Vous êtes tellement, tellement beaucoup trop lourds

Que quand les soirs d'orage des chinois cultivés
me demandent d'où je suis, je réponds : fatigué (…)
Vous n'avez pas l'air con, vraiment pas con du tout
Et moi je m'interdis de dire que je m'en fous (…)

Et si mes frères se taisent et bien tant pis pour elles

Je chante, persiste et signe : Je m'appelle Jacques Brel

mercredi 23 janvier 2008

Au zoo ! Au zoo !

Je n’ai pas souvent été au zoo. Deux fois au Jardin des plantes à Paris, deux fois au zoo d’Anvers, et une foi au zoo d’Al Ain. C’était la semaine dernière. J’y ai vu un lion en cage, un chimpanzé dépressif, des macaques en train de copuler, des tortues endormies, des chats sauvages, il y avait aussi quelques familles d’humains qui regardaient tout ça. C’est triste un zoo.

Quelques jours plus tard j’ai vu la dignité humaine si lamentablement trainée dans la boue que j’en ai eu la nausée. Le chef du Hezb haranguait la foule qui célébrait Achoura. Il hurlait, comme à son habitude, à en donner des frissons dans le dos. Dans sa langue arabe si bien articulée malgré son défaut de prononciation qui aurait rendu ridicule plus d’un, il hurlait en agitant le doigt :

Nous possédons des membres de soldats israéliens, nous possédons des membres, nous possédons des bras, nous possédons des jambes, nous possédons des têtes, nous possédons même les trois quart d’un corps.
Quelle horreur… cet homme… cet homme… j’ai du mal à encore le qualifier d’homme… je l’ai pourtant admiré un jour pour son courage, son abnégation pour sa cause, son intelligence, son franc parler, je l’ai même remercié quand, à la tête de sa troupe de barbus, il a libéré le Sud-Liban en 2000… cet homme, je le verrais bien dépérir dans une cage d’un zoo mal entretenu, je le verrais bien se gratter lentement le torse comme ce chimpanzé du « zoo d'Anvers qui meurt à moitié, qui meurt à l'envers, qui donnerait ses pieds pour un révolver ».

J’ai la nausée quand je pense que quelque part, dans mon pays, il y a un grand frigo avec dedans les bras, les jambes, les têtes et les trois quart du corps de jeunes gens de 20 ans… et dire qu’il y a des idiots pour en être fier.

Des jambes qui devraient être en train de danser sur les rythmes endiablés de la night life de Tel Aviv, mais qu’un insensé gouvernement a préféré envoyer au casse pipe, pour tuer… des enfants*.
* L’Unicef aurait estimé que 30 % des tués lors de la guerre israélo-libanaise de juillet-août 2006 étaient des enfants de moins de treize ans.
Criminel gouvernement israélien qui depuis quelques jours étouffe le peuple gazzaoui sous prétexte que quelques excités lancent régulièrement de petits pétards à partir du ghetto sordide dans lequel ils sont confinés. Criminel gouvernement qui coupe les vivres, le carburant, l’électricité, l’eau, tout… et laisse cyniquement mourir les enfants dans les hôpitaux, laisse crever les malades, affame les familles… L’ONU parle de crise humanitaire… quel scandale ! l’ONU parle de crise humanitaire comme si une force de la nature, un tsunami, une tempête, un incendie, un tremblement de terre, empêchaient les vivres d’arriver. Non ! Ce n’est pas une crise humanitaire. C’est un crime froidement et cyniquement décidé et perpétré par un gouvernement, par des hommes et par des femmes…

Au zoo ! Tous au zoo !

Je crois que je n’irai plus au zoo… j’y suis.

mardi 1 janvier 2008

Kwaheri Nairobi !

2007 se termine mal au Pakistan avec l’assassinat de Benazir Bhutto et 2008 commence mal au Kenya avec le début d'un massacre et l'effondrement d'un système. Au Kenya, des violences urbaines post-électorales à caractère ethno-politique font 300 morts en quelques jours, au Pakistan les tensions pré-électorales conduisent à un assassinat dont les retombées n'ont pas fini de se faire sentir au Pakistan et au delà. L'assassinat de Bhutto tue dans l'œuf une tentative de rendre pluraliste un système très fermé, alors qu'au Kenya une élection douteuse jette dans l'abîme des violences ethniques une démocratie africaine qui semblait se distinguer de son environnement par sa stabilité et sa prospérité.

En contemplant la triste actualité de ces derniers jours, je ne peux m'empêcher de penser à un troisième pays, le mien, qui excelle dans l'art abject de l'assassinat politique pré-électoral, et qui garde en mémoire de sanglants massacres ethno-politiques (chez moi, on dira confessionnels mais c'est la même chose) comme une possible situation post-électorale.

je ne peux non plus m'empêcher de me souvenir de la stupéfiante guerre israélo-libanaise de juillet-août 2006, lorsque je vois sur internet la triste et paradoxale période d'adaptation entre une prospérité heureuse et un terrible basculement dans l'horreur. On peut lire côte à côte sur internet ces deux annonces:

Kenya: 30 brulés vifs dans une église, au moins 299 morts
Kenya: Safaris tourisme, photo, voyage de noces - météo

Pourquoi ?

Je ne crois pas (sauf à de rares exception près) aux massacres ethniques spontanés. Les violences ethniques de même que les assassinats politiques sont, je pense, de sinistres instruments de pression, de politique et, plus cynique encore, de communication aux mains d'hommes politiques sans scrupules.

Je comptais me rendre bientôt au Kenya, prendre un taxi londonien dans les rues de Nairobi, aller peut être à Mombasa, surement m'évader dans la nature, regarder galoper un troupeau de zèbres, et brouter un couple de girafes, apprendre quelques mots de swahili... rien de tout cela !

Comme des centaines de milliers de personnes depuis le sinistre été 2006 qui disent Beyrouth 2ilalliqa2, je dis, non sans tristesse devant tant de gâchis : Kwaheri Nairobi, à la prochaine...

2007 se termine donc sur une note pessimiste et 2008 commence sur une note tout aussi pessimiste.

Quant à moi, cela fait un mois que j'ai quitté la riche et posée Abu Dhabi. Maintenant, je vis et travaille au bord d'une autoroute : Dubaï.

jeudi 11 octobre 2007

La honte !

Bonnes à vendre

Dominique Torrès
Article paru dans Le Monde du 11.10.07

Bienvenue à l'aéroport Rafic Hariri, susurre une voix féminine tous les quarts d'heure. 7 h 30 du matin, le hall est vide. Seule une salle d'attente est noire de monde. Sur le mur, un panneau indique "zone de réception pour les bonnes". Des chrétiens, des musulmans, des couples, des familles entières, arrivent. Parmi eux, M. Hadj, un médecin franco-libanais. Il est pressé, le travail à l'hôpital l'attend : "Les agences s'occupent de tout, explique-t-il, mais il faut venir soi-même pour la livraison de la bonne." "En 2002, j'ai littéralement sauvé de la famine une Togolaise en la prenant chez moi, raconte une dame en jeans. Je l'ai d'abord payée 50 dollars (35 euros) par mois, mais au bout de six mois, comme elle travaillait très bien, je l'ai augmentée à 75 dollars (53 euros)."

Depuis des années, des jeunes filles d'une trentaine de pays pauvres viennent se placer comme domestiques au Liban. Aujourd'hui, elles sont plus de 90 000 Sri-Lankaises, 30 000 Ethiopiennes, 40 000 Philippines, sans parler des autres nationalités, dont beaucoup de Burundaises et de Malgaches. Une personne sur seize vivant au Liban est une domestique étrangère, selon le quotidien anglophone Daily Star. Ces domestiques sont payées 200 dollars par mois pour les Philippines (les plus éduquées), 150 dollars pour les Ethiopiennes, 100 dollars pour les Sri-Lankaises - moins de 20 centimes d'euro de l'heure. L'employeur peut à tout moment "rendre" la bonne, qui, elle, n'a pas le droit de partir.

Ce matin, les futurs employeurs attendent les passagères de l'avion d'Ethiopian Airlines arrivé à 2 heures du matin : 200 jeunes filles pour l'heure parquées sous douane, accroupies les unes contre les autres. Pas de boissons, pas de nourriture, pas de toilettes. Comme l'exige la sûreté nationale, leur passeport transitera directement des mains du policier des frontières à celles de l'employeur.

La jeune Ethiopienne qui foule pour la première fois le sol libanais ignore que son passeport ne lui sera rendu que le jour de son départ. Elle ne se doute pas qu'à cet instant elle vient de perdre sa liberté. Le docteur Hadj vérifie d'un coup d'oeil que le nom correspond à celui que lui a donné l'agence, fait, d'un geste du bras, "yalah", sans parole ni sourire. Son maigre bagage à la main, la jeune fille tente de le suivre en jetant des regards terrorisés de tous côtés. Ils doivent se rendre à l'agence de placement. Là, elle va probablement signer un nouveau contrat, en arabe, avec des conditions qui n'auront plus rien à voir avec les engagements pris dans son pays. Son salaire risque de diminuer. Selon l'ambassade des Philippines, certaines jeunes filles travaillent gratis les trois premiers mois, voient la durée du séjour obligatoire passer de deux ans à trois ans et sont privées de toute liberté : interdiction de sortir seule de la maison, de correspondre avec sa famille et de communiquer avec l'extérieur. Sans parler de la chambre promise qui risque d'être un balcon, voire la cuisine ! Refuser de signer ? Trop tard. Sans argent, sans passeport, elles voient le piège se refermer.

Le jour de la signature du contrat, l'agence se verse entre dix et quinze fois le premier salaire de la domestique. Une jeune Ethiopienne revient au total à 2 400 dollars à l'employeur (billet, visa, visite médicale, contrat chez le notaire, etc.). Une somme importante, dont 60 % reviennent à l'agence. A Beyrouth, 380 agences de placement de personnel de maison officielles envahissent le paysage d'affiches publicitaires. Il y a quelques années, l'une d'entre elles avait même proposé des soldes de Sri-Lankaises !

21 juin 2007. Anlyn Sayson, une jolie Philippine de 21 ans, arrive au Liban. Le 29 juin, elle meurt, en se jetant d'un balcon du cinquième étage d'un appartement de Beyrouth. Que s'est-il passé durant cette semaine pour pousser une jeune fille sans histoires à se suicider ? Selon la police libanaise, la jeune domestique aurait fait une crise de nerfs chez ses employeurs à Tripoli, dans le nord du pays. Ceux-ci l'auraient illico ramenée à l'agence de placement NK Contrat, à Beyrouth. Le patron de l'agence, Negib Khazaal, raconte que la jeune fille était très excitée et que l'un de ses employés lui aurait donné des calmants avant de la laisser seule dans l'appartement. A 3 heures du matin, les voisins ont entendu des cris. Ils ont trouvé le corps fracassé de la jeune fille gisant sur le trottoir. Résultats de l'autopsie : il y avait des doses massives de méthanol, une substance neurotoxique particulièrement dangereuse, dans l'estomac d'Anlyn Sayson.

Si sa mort a donné lieu à quelques lignes dans la presse locale, la plupart de ces suicides ont lieu dans l'indifférence totale. Pourtant, le nombre de suicides de domestiques ne cesse d'augmenter : 45 Philippines, 50 Sri-Lankaises et 105 Ethiopiennes se sont suicidées ces quatre dernières années. "Dans de nombreux cas, raconte Sami Kawa, médecin légiste, les mortes sont couvertes d'ecchymoses, de morsures ou de brûlures."

Tout un système d'exploitation est en place où chacun, Etat, agences, employeurs, joue sa partition, souvent avec la complicité des pays d'origine. Depuis 1973, le Liban "importe" des domestiques étrangères qui ne sont protégées par aucun texte de loi : le code du travail ne s'applique pas à elles. Et selon les associations caritatives, leur situation ne cesse d'empirer. "Depuis quelques années, nous enregistrons une augmentation des actes de violence et de viols", explique-t-on à Caritas.

"A ma connaissance, il n'y a pas eu au Liban une seule condamnation pour crime ni pour viol en trente ans, seulement quelques rares et faibles condamnations au pénal pour coups et blessures", souligne Me Roland Tawk, qui défend les domestiques depuis plus de dix ans. La plupart des affaires se traitent à la libanaise : comme la majorité des cas de maltraitance s'accompagnent de non-paiement de salaire, la victime laisse tomber sa plainte pour viol contre le versement de son salaire, ou bien le salaire est totalement oublié, mais elle récupère enfin son passeport. La violence n'est pas l'apanage des employeurs. Ici, on peut faire corriger une bonne par la police ou, plus fréquemment, par les agences de placement.

Le résultat d'un sondage effectué par l'association Caritas en 2007 auprès de 600 employeurs est édifiant. Plus de 91 % des sondés confisquent le passeport de l'employée, 71 % ne la laissent pas sortir seule, plus de 31 % avouent la battre, 33 % limitent sa nourriture, 73 % surveillent ses fréquentations et 34 % la punissent comme un enfant.

Elles sont quarante, cachées au sous-sol de l'ambassade des Philippines. Trente à l'ambassade du Sri Lanka. Autant dans une annexe de l'ambassade d'Ethiopie. Toutes veulent rentrer au pays mais n'ont pas touché leur salaire depuis des mois voire des années. Les journaux publient les noms et souvent les photos de celles qui sont en fuite, et la police est chargée de ramener les fuyardes à l'employeur de gré ou de force.

A l'ambassade d'Ethiopie, Yeftusran, 22 ans, est prostrée sur une chaise depuis le matin. Elle a un bras cassé. L'assistante sociale de l'ambassade, Lina, Libanaise compatissante, tente de comprendre son histoire, mais Yeftusran est mutique, hormis quelques mots qu'elle répète en boucle : "Je veux rentrer à Addis-Abeba." Ses yeux sont vides, sa détermination est terrifiante. Au bout de plusieurs heures, la jeune femme lâche par bribes son histoire. Depuis quatre ans, elle vit dans une famille de campagnards, dans le nord du pays. Le fils de 22 ans lui a cassé le bras parce qu'elle n'avait pu - ou su - ramasser la grand-mère impotente qui gisait au sol. Yeftusran ne veut ni voir un médecin ni en dire plus. Le lendemain, l'ambassade fera chercher ses affaires personnelles pour l'expédier à Addis-Abeba. "Nous avons eu trois suicides cette semaine, j'ai peur pour celle-ci, murmure Lina. Une Ethiopienne arrivée il y a deux jours est à l'hôpital. Elle serait tombée d'un balcon", poursuit l'assistante sociale en levant les yeux au ciel.

Environ 400 domestiques croupissent en prison pour des vols imaginaires, affirme Me Roland Tawk. Dès qu'une employée de maison prend la fuite, l'employeur dépose plainte pour vol. Durant l'été 2006, l'attaque israélienne au Liban et le désarroi des Libanais fuyant les bombes ont été largement couverts. Les médias ont évoqué, sans s'attarder sur le sujet, le nombre de 30 000 domestiques abandonnées dans des appartements fermés à clef, souvent avec le chien. A leur retour, les employeurs étaient furieux. La domestique était partie ! "Nous avons eu beaucoup de mal à récupérer leurs passeports, certains employeurs menaçaient d'entamer des procès pour abandon de poste", raconte Annie Israel, assistante sociale à l'ambassade des Philippines.

Le dimanche, les services religieux sont bondés à Beyrouth. Les domestiques qui ont droit au congé hebdomadaire et celles qui sont en fuite se retrouvent. A l'église Saint-Joseph, le Père MacDermott, un Américain de 75 ans installé au Liban depuis trente ans, dénonce chaque dimanche le calvaire des domestiques et souhaite que la hiérarchie chrétienne s'implique. En 2001, les évêques du Moyen-Orient ont publié un rapport sur le calvaire des domestiques, mais il est resté confidentiel.

En 1948, le Liban a signé un traité contre la confiscation des papiers d'identité. En 1991, la Convention des droits de l'homme est devenue partie intégrante de la Constitution libanaise.

Grand reporter à France 2, Dominique Torrès est la fondatrice du Comité contre l'esclavage moderne et l'auteur d'"Esclaves" (éd. Phébus, 1996). Elle a réalisé un reportage, "Liban, le pays des esclaves", qui sera diffusé sur France 2 dans le cadre d'"Envoyé spécial", le jeudi 18 octobre 2007.

lundi 20 août 2007

La Syrie, l'Arabie, l'Egypte... Les 'Frères'

Dans le contexte de l’explosion au grand jour des tensions qui couvent entre la Syrie et l’Arabie Saoudite depuis 2005, le quotidien saoudien Al Watan, basé à Abha dans le Assir (sud) titrait hier en une :

جهود السعودية للتوفيق بين مختلف الأطراف اللبنانية تتناقض مع محاولات النظام السوري استعادة نفوذه في لبنان

Les efforts saoudiens pour trouver un accord entre les différentes parties libanaises sont contrés par les tentatives du régime syrien de rétablir sa tutelle sur le Liban

L’article ouvre les colonnes du journal à Ali Sadreddine Al Bayanouni, dirigeant des Frères Musulmans de Syrie. L’article sous-titre cette citation de Bayanouni :

الشعب السوري قادر على التغيير إذا تم رفع الغطاء العربي والدولي عن النظام
نسعى كـ"إخوان" لإقامة نظام ديموقراطيّ يتساوى فيه الجميع في الحقوق والواجبات على أساس مبدأ المواطنة

علي صدرالدين البيانوني

Le peuple syrien peut provoquer le changement à condition que l’immunité arabe et internationale accordée au régime soit levée
En tant que ‘Frères Musulmans’ nous aspirons à l’établissement d’un régime démocratique basé sur l’égalité des droits et des devoirs et sur le concept de citoyenneté

Ali Sadreddine Al Bayanouni

Voici la traduction d’extraits de l’interview de Bayanouni mené à Paris par le journaliste Marcel Aql :
Le régime syrien est un régime dictatorial et despotique, isolé de l’intérieur et ne disposant d’aucune base populaire. Il se base sur la répression et la confiscation des libertés, il viole les droits des citoyens les plus élémentaires et tente de réduire au silence la moindre voix opposante. La corruption rampante touche toutes les agences de l’Etat et est présente à tous les niveaux. Elle réduit le citoyen syrien à la pauvreté, le chômage et la privation. A tout cela s’ajoute l’omniprésence des services de sécurité. De plus, les politiques du régime, les crimes qu’il commet au Liban et en Irak et ses autres interventions dans les pays arabes voisins constituent un réel danger pour ces pays. (…) Si l’on ajoute à cela son isolement sur la scène internationale qui résulte de ses politiques, il devient clair que le changement de ce régime qui a perdu toute légitimité est tant dans l’intérêt de la Syrie que des autres pays arabes.

(…)

Il existe des forces opposantes à l’intérieur du pays qui sont susceptibles de jouer un rôle dans le changement politique. (…) Nous avons des informations qui affirment que le peuple est dans un état d’ébullition qui a atteint son sommet et que des opposants sont de plus en plus prêts à participer à une opération de changement, et ce, même de l’intérieur du régime.

(…)

Tout ce que nous demandons des pays arabes et de la communauté internationale, c’est qu’ils lèvent l’immunité et la protection qu’ils accordent à ce régime corrompu et despotique et qu’ils appuient le peuple syrien dans l’établissement d’un régime démocratique et pluraliste qui garantisse à l’ensemble de ses citoyens leurs droits et leurs libertés. (…)
La publication d’un tel article en Arabie Saoudite marque une rupture dans le modus vivendi qui régit les relations diplomatiques entre les états arabes du Moyen Orient. Critiquer le manque de libertés chez le voisin et, plus encore, ouvrir ses journaux aux opposants qui appellent au changement du régime, au pluralisme et à la démocratie constitue une réelle rupture dans la diplomatie arabe au Moyen Orient, et surtout dans la diplomatie saoudienne qui a toujours excellé dans les déclarations feutrées, les messages subtils et la diplomatie secrète. L’explosion au grand jour des dissensions syro-saoudiennes présage donc un conflit long où, semble-t-il, tous les coups seront permis.

Par ailleurs, cette escalade publique entre la Syrie et l’Arabie Saoudite prouve encore une fois que la realpolitik est reine au Moyen-Orient et que les appartenances partisanes ou confessionnelles ne sont que des instruments activés ici ou là, à un moment précis et dans un but précis. A preuve, trois jours avant que l’Arabie n’ouvre ses colonnes à un dirigeant de la branche syrienne des Frères Musulmans, son allié égyptien arrêtait 16 cadres des mêmes ‘Frères’ – de la branche égyptienne de l’organisation opposante au régime de Hosni Moubarak – lors d’une rafle dans un appartement de Guizeh au Caire. Ils sont accusés ‘d'appartenir à une organisation illégale, d'être en possession de documents illégaux et d'avoir tenu une réunion visant à planifier les activités d'une organisation illégale’.

vendredi 17 août 2007

The Waiting Place

A few days ago, I went to the Marina Mall desperately looking for a nice movie to watch. Surprisingly enough, I found one: Fracture, with Anthony Hopkins and Ryan Gosling. The plot is stunning by its simplicity and Anthony Hopkins is, as usual, a cinema monster majestically playing a brilliant and bitter Anthony Hopkins' role. A great movie, like you don't often have the chance to watch in Abu Dhabi. I was enchanted.

Gosling, the young and ambitious lawyer, is sitting by the adulteress, lying on her hospital bed, lost in a hopeless coma, shot in the head by the huge and hurt ego of her cheated husband, Hopkins. The lawyer is reading a Dr. Suess poem to the sleeping lady:

The Waiting Place...

...for people just waiting.

Waiting for a train to go
or a bus to come, or a plane to go
or the mail to come, or the rain to go
or the phone to ring, or the snow to snow
or waiting around for a Yes or a No
or waiting for their hair to grow.

Everyone is just waiting.

Waiting for the fish to bite
or waiting for wind to fly a kite
or waiting around for Friday night
or waiting, perhaps, for their Uncle Jake
or a pot to boil, or a Better Break
or a sting of pearls, or a pair of pants
or a wig with curls, or Another Chance.

Everyone is just waiting.
Abu Dhabi strangely sounds like this Waiting Place; everyone here is just waiting… Waiting for a friend to come or a plane to go…

And, like a certain prophet in our current virtual world, that's a bit where I am today, waiting to decide what I want to do when I grow up. Funny, how you can discover places… places to live, places to dance, places to settle, places to wait and places to leave… funny how you can read a number of books, study in a number universities, work in a number of firms… how you can meet a number of people with different stories, forget some of them, become the friend of some others… funny how you can reach 31 and still wonder that… what do I want to do when I grow up? But while the answer gets somewhat narrower over time, there are always options.

Maybe, am I also somewhere among the people described in Leonard Bernstein's Mass:
Half the people are stoned
And the other half are waiting for the next election.
Half the people are drowned
And the other half are swimming in the wrong direction.

mercredi 15 août 2007

Inde - Pakistan: 60 ans...

A un jour d'intervalle, le Pakistan hier, l'Inde aujourd'hui, fêtent leurs 60 ans d'Indépendance. A un jour d'intervalle, comme pour marquer une différence créée de toutes pièces, la joie des indépendances célébrées se confond dans la mémoire du sous-continent avec sa partition sanglante et le plus grand transfert de population de l'Histoire.

Voici, magnifiquement décrit par Henri Tincq dans Le Monde, un récit riche, touffu et cruel de ce séisme monumental qui continue de secouer le monde de ses répliques:

La monstrueuse vivisection de l'Inde

A Thoa Khalsa, 84 femmes avalent de l'opium et sautent, l'une après l'autre, dans un puits. Des musulmans occupent ce village du Pendjab en avril 1947, à quelques mois de la partition de l'Inde, et la tradition sikh veut que les femmes s'immolent quand les hommes ne sont plus là pour les défendre. Quatre d'entre elles survivront parce qu'il n'y a pas assez d'eau dans le puits pour les noyer toutes, mais les autres sont des "martyres". En mourant, elles ont préservé l'honneur de la communauté. Martyres aussi ces jeunes filles que leurs pères ont tuées, au sabre ou de leurs propres mains, pour éviter qu'elles ne soient enlevées, violées, converties à l'islam. Mangal Singh, avec ses deux frères, a tué 17 membres de sa famille, enfants, neveux. Dans Les Voies de la partition Inde-Pakistan, Urvashi Butalia recense les cruautés liées à ce chapitre de l'histoire indienne qui, soixante ans après, ronge encore le pays de remords et de chagrin.

Les femmes enlevées - 75 000, selon les estimations - sont violées, vendues, converties de force. Elles sont promenées nues dans les rues, ont les seins coupés, le sexe tatoué des signes de l'autre religion. Car, dans l'orgie de violences née de la Partition, une obsession submerge l'Inde : kidnapper, violer la femme de l'autre pour l'humilier, l'intimider, détruire sa capacité de reproduction. Obsession qui, par rivalité mimétique, ravage autant les hindous que les musulmans. Mutilées, arrachées à leur communauté, ces femmes sont la métaphore du corps amputé de l'Inde, Mère éternelle - Bharat Mata. Et l'une des caricatures les plus chères aux nationalistes hindous est alors celle d'un corps féminin épousant la forme de l'Inde et Nehru découpant un bras qui représente le Pakistan.

L'indépendance est proclamée le 15 août 1947, en même temps que la partition - bâclée - en deux Etats : l'Union indienne, à majorité hindoue, et le Pakistan, à majorité musulmane. Lord Mountbatten, dernier vice-roi des Indes, et l'Angleterre fuient en courant le joyau de la couronne, devenu un bourbier infernal. Outre les suicides collectifs, des émeutes font des milliers de morts à Rawalpindi (Pendjab) en mars 1947. Ou au Bengale, en novembre 1946, quand des pèlerins hindous massacrent, à Garh Mukhteshwar, des commerçants musulmans. En août 1946, à Calcutta, une Action Day de la Ligue musulmane tourne à la "grande tuerie" : armés de haches, de bâtons, d'épieux ou d'armes à feu, des hommes assassinent, pillent, lors de vrais pogroms, et profanent des mosquées. En représailles, dans le district de Noâkhâli, des musulmans tuent et brûlent des temples.

Tout le monde sait que la Partition tournera au bain de sang, mais, en août 1947, le Congrès pousse un soupir de soulagement. Jawaharlal Nehru, père de l'indépendance, avoue : "Nous étions épuisés. Il fallait qu'on aboutisse. Nous pensions que la Partition serait temporaire." Chef de la Ligue musulmane, Mohammed Jinnah décroche le rêve de sa vie : une Inde indépendante en "deux nations". Mais "nul ne sait où va passer ce Pakistan d'utopie, ce pays de nulle part", écrit l'historien Eric-Paul Meyer. Voté à Londres en juillet, l'Acte d'indépendance de l'Inde ne dit pas un mot des risques d'exode, de déchirement des familles. La commission Radcliffe trace une frontière qui mutile des zones urbaines et rurales, de populations mélangées. Le Pendjab et le Bengale sont à majorité musulmane, mais abritent de grosses minorités d'hindous et de sikhs. Lahore et Karachi, villes de commerçants et de fonctionnaires, sont à majorité hindoue.

Dès que le tracé de la frontière devient officiel, le 15 août, les maisons sont évacuées. A Delhi, ville frontière entre les deux nouveaux pays, la milice hindoue RSF vide les quartiers de leurs occupants musulmans, réfugiés dans les mosquées, pour faire une place aux hindous qui arrivent par convois entiers. Karachi se vide de ses hindous comme Delhi de ses musulmans. Dans les quartiers mixtes, des gens ordinaires massacrent leurs voisins sans autre raison que la différence de religion. C'est la première fois en Inde qu'on élimine physiquement, à une telle échelle, des populations pour aboutir à des zones ethno-religieuses pures.

Des politiques et des prêtres fanatiques attisent les haines. C'est l'heure du grand "nettoyage" - safa'i. Ce récit d'un sikh à la frontière d'Attari : "Un jour, tout notre village s'est retrouvé en route pour un village musulman proche, en vue d'une expédition punitive. Nous sommes carrément devenus fous... Et cela m'a coûté cinquante ans de remords, de nuits sans sommeil. Je n'arrive pas à oublier les visages des gens que j'ai tués." Même écho chez Nasir Hussain, paysan musulman : "En l'espace de deux jours, une vague sauvage de haine nous a submergés. Je ne peux même pas me rappeler combien d'hommes j'ai tués."

La Partition fait de l'Inde un territoire mangé aux mites. Les deux parties, occidentale et orientale, du néo-Pakistan sont séparées par 1300 kilomètres de territoire indien. Et le nombre des victimes est phénoménal. Parmi les estimations les plus élevées, 1 million de morts en trois mois et un exode humain jamais vu. Quinze millions de personnes passent la frontière dans les deux sens : 9 millions d'hindous et de sikhs venant du Pakistan ; 6 millions de musulmans quittant l'Inde. Un million l'ont franchie à pied dans les kafila, ces colonnes étirées sur des dizaines de kilomètres, hommes et femmes en haillons, affamés, épuisés, écrasés de chagrin, mais trouvant encore un peu de force pour provoquer l'autre. Des milliers de familles sont séparées en une nuit, des vies pour toujours disloquées. Urvashi Butalia : "Il est difficile de séparer deux vies. En séparer des millions est pure folie."

Une "monstrueuse vivisection", avait prévenu le mahatma Gandhi à propos de la Partition. A 77 ans, Gandhi, héros shakespearien, erre halluciné, comme le Roi Lear, dans les ruines et le chaos du monde. De son monde. Il marche dans les rues désertes de Calcutta, où les habitants sont terrés, entre les carcasses calcinées des voitures et les maisons incendiées. Il se rend dans les villages rasés où les vautours rôdent déjà autour des cadavres. Il tient des réunions de prière, écoute le récit des atrocités, "essuie les larmes de tous les yeux", écrit l'écrivaine Christine Jordis dans sa belle biographie. Jusqu'à la dernière minute, sur la planche de bois qui lui sert de lit et d'écritoire, il aura tout tenté : nouer des contacts, jeûner, chercher un accord avec Mohammed Jinnah pour le convaincre de ne pas céder au mirage d'une Inde découpée qui est, pour lui, un contre-sens historique, un non-sens absolu.

Mais Gandhi n'est plus écouté. Il est détesté par les activistes des deux camps, qui ne croient plus, depuis longtemps, aux vertus de l'ahimsa (non-violence). Par les Britanniques, qui l'ont toujours vu en politicien roué ou en saint fanatique. A-t-on jamais vu un opposant prévenant aussi courtoisement la puissance coloniale des actions de résistance civile qui allaient faire de lui le révolutionnaire le plus original du monde ? Les massacres de 1947, l'exode signent l'échec de son combat pour le swaraj, l'émancipation d'une Inde rêvée. Il avait plaidé pour l'harmonie des religions, mais elles se livrent à un impitoyable massacre. Contre l'intouchabilité, mais cela lui vaut la haine de tous les extrémistes hindous. Contre l'oppression des femmes, mais elles sont les premières victimes du malheur indien. Gandhi a perdu. Il reprend son rouet et sa marche en chantant avec le poète Tagore, son ami : "Marche seul. S'ils ne répondent pas à ton appel, marche seul."

La cruauté de la Partition est restée longtemps un secret trop lourd à porter, un enfantement douloureux qu'il n'est jamais temps de rappeler parce que d'autres orages se profilent. Au Cachemire, par exemple. L'assassinat de Gandhi, le 30 janvier 1948, est resté comme le geste isolé d'un déséquilibré hindou plutôt que le dernier meurtre d'une longue série. L'ironie de l'histoire a voulu que Jinnah meure aussi, de tuberculose, moins de huit mois après lui. Puis les langues se sont déliées, comme par un besoin compulsif d'expliquer, de comprendre, d'exorciser. Mais chaque émeute postérieure - contre les sikhs après l'assassinat d'Indira Gandhi en 1984, la destruction de la mosquée d'Ayodhya en 1992, les massacres antimusulmans du Gujarat en 2002 - réactive le souvenir de la Partition. Soixante ans après, le travail de mémoire a à peine commencé.

La tentation a été longtemps d'opposer deux religions aux valeurs antagoniques : l'islam, monothéiste, égalitariste et prosélyte ; l'hindouisme, polythéiste, hiérarchisé, tolérant. L'islam a conquis l'Inde, qu'il a dominée, bien que minoritaire, pendant six siècles, de la création du sultanat de Delhi à la décadence des Moghols au XVIIIe siècle. Mais la conquête britannique (1715-1818) a mis fin à son hégémonie et mis en lumière sa faiblesse numérique. "L'islam a cessé d'être en Inde la référence politique et culturelle dominante", explique l'islamologue Marc Gaborieau. L'affrontement devenait inévitable. En 1940, Jinnah affirmait : "Les hindous et les musulmans appartiennent à deux civilisations différentes, fondées sur des idées et des conceptions contradictoires."

Cette explication des massacres, appelée "primordialiste", a été défendue par Louis Dumont dans son Essai sur le système des castes (1966). Elle est celle encore des historiens officiels et islamistes pakistanais comme de l'extrême droite hindoue. L'autre thèse, dite "artificialiste", consiste au contraire à nier cette opposition de fond entre islam et hindouisme et à attribuer la catastrophe de la Partition au colonisateur britannique. Au nom du sempiternel principe "diviser pour régner", la réforme Morley-Minto de 1909 cède aux demandes musulmanes d'électorat séparé dans les provinces et transforme les communautés religieuses en circonscriptions électorales.

De quoi attiser la tension entre la Ligue musulmane, fondée en 1906, et le Parti du Congrès (1885), qui regroupe majoritairement les élites nationalistes hindoues. La théorie des "deux nations" naîtra d'un réflexe de peur de la minorité musulmane. Les effets combinés de la démocratie et de la politique du raj (empire) auraient ainsi fait éclater des conflits intercommunautaires étrangers à l'histoire de l'lnde.

Cette thèse s'appuie sur un âge d'or supposé - précolonial - où musulmans et hindous auraient toujours vécu en bon voisinage. Les souverains hindous choisissaient des musulmans comme officiers et gourous, les souverains musulmans des femmes, des généraux et des conseillers hindous. Ils parlent les mêmes langues, ont les mêmes goûts musicaux, architecturaux, culinaires, les mêmes structures familiales (polygamie). Les valeurs qu'ils partagent sont plus nombreuses que celles qui les divisent. Loin d'être "égalitariste", souligne Marc Gaborieau, l'islam indien reproduit des hiérarchies sociales qui ne sont pas si éloignées du système des castes.

Les deux explications, "primordialiste" et "artificialiste", sont tout aussi caricaturales. Malgré des siècles de cohabitation plus ou moins pacifique, les deux cultures sont en fait restées dos à dos : au nom des règles de pureté, on ne mange pas ensemble, on ne se touche pas, on ne se marie pas. Les hindous considèrent l'islam ou le christianisme comme des religions impures et barbares. Musulmans et chrétiens sont, comme les intouchables, au dernier rang de l'échelle. Un sikh raconte ce fait inouï dans le livre d'Urvashi Butalia : "Si un musulman venait vers nous et que nous échangions une poignée de main et que nous avions un paquet de nourriture à la main, cette nourriture était souillée et nous ne la mangions pas. Si nous tenions un chien d'une main et de la nourriture de l'autre, cette nourriture ne posait aucun problème."

La vraie fracture était, en fait, à l'intérieur des deux camps. Face à l'arrogance du colonisateur, les identités se réveillent à la fin du XIXe siècle. Les hindous restaurent les rituels de purification, réactivent le souvenir mythifié du passé prémusulman, reviennent à un esprit de castes rigoureux, au culte de la vache, au sacrifice des veuves. Le nationalisme hindou exploite le mécontentement de populations réticentes à l'occidentalisation de l'Inde et qui se rejoignent dans la référence à un védisme originel qui aurait été perverti par l'islam et le christianisme.

Même évolution chez les musulmans qui veulent "deshindouiser" l'islam, éliminer le culte des idoles, revenir à la lettre du Coran, chasser le soufisme, perçu comme une contamination de l'islam par l'hindouisme. Ainsi, le fondamentalisme islamique naît-il au Bengale et au Pendjab. En 1927, le mouvement de prédicateurs Tabligh (Foi et pratique) - encore très présent en France aujourd'hui - est créé avec cette vocation de purifier, purger ce que des siècles de cohabitation ont pollué. La même année, un intellectuel occidentalisé, Maududi, l'un des inspirateurs des Frères musulmans en Egypte, publie un livre retentissant sur la "guerre sainte", qu'il encourage dans tout le monde musulman, et il fonde, en 1941, le Jamaat al-Islam, qui transformera le Pakistan en République islamique.

La récupération politique de ces extrémismes religieux prépare la tragédie. Milice hindoue, le Rashtriya Svayamsevak Sangh (RSS) organise des manifestations rituelles qui sont autant de démonstrations de force. De son côté, la Ligue musulmane reprend la proposition faite en 1930 par le poète-philosophe Iqbal d'un Etat séparé ayant vocation à rassembler tous les musulmans. Mohammed Jinnah est pourtant tout sauf un islamiste. C'est un réformateur moderne, marié à une ismaélienne, mangeur de porc et buveur de whisky, mais il a compris que la seule façon de créer le Pakistan était d'utiliser les oulémas. "C'est parce que des acteurs politiques ont considéré qu'il était de leur intérêt d'activer ces lignes de clivage religieux, conclut le chercheur Christophe Jaffrelot, qu'elles ont fini par devenir pertinentes, alors qu'elles ne l'étaient pas auparavant." Le scénario était en place pour le pire.

Paru dans Le Monde du 05.08.07

samedi 4 août 2007

Nihilismes

J’ai toujours été attiré par les grands romans qui racontent des histoires longues et touffues et dont les personnages sont riches en aventures, en cultures, en mélanges… des romans-lieux, des romans-époques où le burlesque le dispute à l’Histoire, l’Histoire à l’imagination débridée de l’auteur et l’imagination de l’auteur à ma capacité à rêver des lieux, des gens, des possibles… des romans qu’on lit comme on se promène dans une ville. Des romans dont on sort avec des envies de voyage et des envies d’écrire. Des romans dont on sort avec des envies de lire encore et encore d’autres lieux, d’autres villes, d’autres époques, d’autres personnages…
Depuis que je suis à Abu Dhabi, j’ai tenté de lire de tels romans, mais je n’ai pu arriver au bout d’aucun. J’ai tenté Brooklyn, Istanbul, Bagdad, Bombay… chaque fois, le vide reprenait le dessus. Je m’enlise, je mets un marque page et, le livre dont je n’ai pas lu plus du tiers va rejoindre les autres livres ‘à finir’ sur ma table de chevet. C’est triste…

Grâce au site Sitemeter, il est possible d’avoir des informations sur les visiteurs d’un blog. Il est possible de connaître le pays duquel l’internaute s’est connecté, la durée de sa visite et… s’il est rentré sur le blog après avoir effectué une requête sur un moteur de recherche, il est possible de savoir quelle est la séquence de mots qu’il a entré et qui l’a conduite au blog en question. Stroobia, bien sûr, est équipé de ce petit logiciel espion. Je sais donc qu’il y a quelques jours, un internaute a tapé sur Google, depuis la Cote d’Ivoire, la question suivante :

La ville d’Abu Dhabi existe-t-elle ?

Je ne sais pas pourquoi, j’imagine que c’est une femme vêtue d’un joli boubou jaune bariolé qui à tapé cette requête dans un cybercafé d’Abidjan. Elle cherchait sur Stroobia une réponse à cette question qui m’a d’abord parue saugrenue et m’a arraché un sourire. Abu Dhabi existe, j’y habite, j’y travaille, je sors dans ses restaurants, je bois des bières dans ses bars, je circule en taxi dans ses rues, j’y rêve, j’y bois des cafés, j’y lis le journal… je connais des gens qui habitent dans ses tours, j’y ai même des amis…

J’ai vécu dans plusieurs villes. J’en ai aimé certaines, je me suis battu avec d’autres avant de les apprivoiser… ou pas, je suis tombé amoureux d’autres encore, certaines m’ont adopté au point de devenir ‘ma ville’, certaines m’ont laissé perplexe, j’en ai fui d'autres de peur d’être absorbé par elles, d'autres enfin m’ont dérangé, et même si elles m’ont attiré un moment, je peux dire sans complexe que je ne les ai pas aimées… Toutes, j’ai tenté de les comprendre, de comprendre leur raison d’être, leur logique urbaine, leur histoire… j’ai tenté de saisir leur culture propre, à travers les strates qui les composent, les événements qui les constituent, les habitants qui les peuplent, leurs combats, leurs inquiétudes, de quoi est faite leur vie quotidienne… j’ai tenté de les lire, à travers leur littérature, leur musique, les hommes et les femmes qui les ont forgées… Toutes ces villes, je les ai découvertes avec passion, je les ai lues avec curiosité, toujours ouvert à ce qu’elles avaient à m’offrir d’inattendu…

De toutes ces villes, une seule, m’a laissé totalement indifférent. Je ne l’aime pas mais ne la hais pas non plus, elle est confortable pour le corps et pour l’esprit… elle ne présente aucun défi, aucune strate, elle n’est constituée d’aucun événement… Ses habitants y vivent sans se rencontrer, le nœud social qui est l’élément constitutif d’une ville y est quasiment inexistant. Cette ville n’a rien d’organique, elle n’est pas vivante, cette ville n’en est tout simplement pas une.
Je pourrais te dire de combien de marches sont faites les rues en escalier, de quelle forme sont les arcs des portiques, de quelles feuilles de zinc les toits sont recouverts ; mais déjà je sais que ce serait ne rien te dire. Ce n’est pas de cela qu’est faite la ville, mais des relations entre les mesures de son espace et les événements de son passé.
Italo Calvino, Les Villes Invisibles
Eh bien, sur Abu Dhabi, après un peu plus d’un an à essayer, je crois que je n’ai rien à te dire !

Et à vous, Madame en boubou jaune, je peux vous dire que malgré ses tours climatisées, ses larges avenues, ses malls, ses supermarchés, ses restaurants, ses cinémas et son pétrole… malgré ses projets pharaoniques, ses palaces luxueux, ses parcs verdoyants et ses forets luxuriantes… malgré ses princes ‘visionnaires’ et ses épiciers iraniens, ses princesses élégantes et ses prostituées chinoises, ses hommes d’affaires libanais et ses consultants britanniques, ses chauffeurs de taxi pashtounes, ses concièrges bengalis, ses serveuses kenyanes ou philippines, les travailleurs qui la construisent et les présidents qui la visitent... malgré les chats qui trainent dans ses rues et les artistes qui viennent s’y produire… je peux vous dire, Madame, que malgré tout ça… la ville d’Abu Dhabi n’existe pas.

Il y a un lieu, effectivement, c’est indéniable, mais point de ville.

Quant à mes lectures, je crois que j’ai enfin compris qu’Abu Dhabi n’était pas un lieu pour lire ces grand romans-fresques qui me font tant rêver. Je ne lis donc plus que de courts romans pessimistes dont le sujet est la destruction du texte et une sorte de nihilisme.
Ainsi, actuellement je lis, Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, 1953. Vous en connaissez l’idée ?
Le gouvernement décide de bruler tous les livres et de charger les pompiers de cette sinistre mission. Des groupes d’opposants s’organisent alors pour sauver les livres en les retenant par cœur. Un homme un livre, des hommes-livres. Chacun est responsable, grâce à sa mémoire, du sauvetage d’une unité du patrimoine littéraire mondial. Si jamais cette hérésie devait se produire, je ne sais pas quel livre je choisirai de sauver. Un grand roman européen, surement… mais lequel ? Ou alors Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez… il me serait en tout cas très difficile de choisir. Et vous quel livre choisiriez-vous de sauver ? Quel livre choisiriez-vous d'être ?

Dans le genre court roman nihiliste, j’ai aujourd'hui acheté Travels in the Scriptorium de Paul Auster, 2006. Ce roman est encore une autre manière de déconstruire le texte à travers un jeu obscur impliquant le lecteur et l’auteur. Voila son incipit :
The old man sits on the edge of the narrow bed, palms spread out on his knees, head down, staring at the floor. He has no idea that a camera is planted in the ceiling directly above him. The shutter clicks silently once every second, producing eighty-six thousand four hundred still photos with each revolution of the earth. Even if he knew he was being watched, it wouldn’t make any difference. His mind is elsewhere, stranded among the figments in his head as he searches for an answer to the question that haunts him.
Who is he? What is he doing here? When did he arrive and how long will he remain? With any luck, time will tell us all. For the moment, our only task is to study the pictures as attentively as we can and refrain from drawing any premature conclusions.
Merci Abu Dhabi de me donner l’envie de lire de tels livres. Et merci pour l’humeur dans laquelle tu me mets. Quand je t’aurai quittée, et contrairement à toutes, toutes les villes par lesquelles je suis passé, ne serait-ce que quelques heures, tout ce qu’il me restera de toi, c’est une incommensurable indifférence.

dimanche 22 juillet 2007

Bien sûr...


Bien sûr il y a les guerres d'Irlande
Et les peuplades sans musique
Longtemps, on a écouté ces deux premières lignes sans vraiment se douter que les guerres d’Irlande pouvaient tout simplement être les nôtres, passées ou à venir…
On se demandait par contre à quoi pouvait bien ressembler une peuplade sans musique…

Depuis, on est partis. C’était il y a dix ans…

Et puis, il y a deux jours, tu as écrit ça :

Stroobia...
Est-ce autrement que je suis arrivée à Oujda ? Je me le demande...
La puissance du Net est inouïe. Parfois, je regrette qu'elle m'empêche de me plonger durablement dans un ailleurs que j'aurais peut-être, alors, appréhendé différemment.
Mais en même temps, le soir, dans ma chambre 4 étoiles où j'apprivoise lentement le moustique laissé par mon prédécesseur, écrasé contre le mur à hauteur d'yeux près de la porte d’entrée, quel bonheur de surfer la toile et de revoir la caricature familière de mon pote sur Stroobia ! Un grand cœur qui affiche son nom en plein milieu de la poitrine, et une mèche folle qui me rappelle sa tignasse d'adolescent et nos tortellinis en bord de mer... Nous passions des heures à refaire un monde que nous ignorions, des semaines à déconstruire les romans que nous découvrions, et des mois entiers à rêver d’un ailleurs autrement.
Puis, assez ironiquement, lorsqu'après de multiples efforts vint enfin le moment de cet ailleurs autrement, nous nous sommes mis à rêver de la ville où nous sommes nés. Paris, DC, Barcelone, Aberdeen... le monde nous ouvrait tous les jours une porte nouvelle, et pourtant, nous n'avions qu'une seule envie : celle de vivre une vie que nous ne connaissions pas ; la vie d'adulte, à Beyrouth.
Du moment que j'ai réussi à formuler cette envie, je n'ai eu de cesse que de trouver une voie de retour qui me permettrait de "rentrer" sans fuir, de "partir" sans quitter, et de vivre à Beyrouth sans lâcher un iota de ma liberté parisienne.
Au fil des ans, j'ai toujours pensé que mon pote, stroobia ou pas, suivrait le même chemin. Nous avons évoqué notre vieillesse libanaise tellement de fois, quelque part entre les Cèdres et Tyr, ou entre Bickfaya et Deir el Qamar, que je n'ai jamais pensé, pas une seule seconde, non, que nous n'habiterions peut-être pas dans la même ville, ou que cette ville ne serait peut-être pas Beyrouth. Même vu de Zabi, ce n'était pas envisageable.
Pas l’ombre d'un instant ?
Peut-être que si. Celui de ce moment où, quelque part entre Bologne, Beyrouth et Paris, purement stroobia, je me suis attardée devant la bibliothèque de mon pote. Pendant des années, à l'époque où nous avions du temps à revendre, à cette époque pas si lointaine où l'ancienne ligne de démarcation comptait le seul café "in" et ô combien French de la ville, nous avions acheté les mêmes œuvres, lu les mêmes auteurs, négocié avec acharnement l'emprunt de tel livre ou la cession de tel autre. Nous avons dévoré tour à tour Kundera, Sartre, Marquez, Gide, Maurois, Moravia, Calvino, Zweig, et j'en passe sûrement. Nous nous sommes passé des "tuyaux" comme autant de bonnes adresses : Modiano, Wilde, Follet, Musil, Saramago, Rufin, Sinoué... Nous avons reçu des livres qu'il ne nous serait jamais venu à l'esprit d'acheter : Dard, San Antonio, Asimov, Xingjian, Genêt, Böll. Nous bâtissions progressivement la même bibliothèque, un peu comme un lieu commun, beaucoup comme un lieu de rencontre en deux endroits différents. Nous avons pensé réinventer le Journal à quatre mains, mais nous nous sommes finalement contentés d'échanger nos premiers écrits, offline, à l'époque où hotmail sonnait encore comme une messagerie X. Pourtant, ce jour où j'étais, comme tant d'autres, de passage chez mon pote, j'ai découvert une bibliothèque dont je connaissais intimement tout un pan, mais dont tout un autre m'échappait. García Lorca ? Pamuk ? Mahfouz ? Ad-Daïf ? Un auteur indien ? Je rentrai chez moi penaude. Je regardais ma bibliothèque. J'y découvrais des titres dont je n'avais jamais parlé : Nassib, Alameddine, Begag, Kristof, Kourouma, Oé...
Ce jour-là, j'ai compris que nos chemins avaient, quelque part à notre insu, divergé. Je n’en tins pas rigueur au destin, et pris ma revanche en achetant résolument Sonallah, en v.o. au Caire et en v.f. à Paris. J'adressai un petit sourire ironique au ciel. J'en oubliai tous les livres que je traîne avec moi au bout du monde et qui rentrent à la maison, inachevés. J'oubliai que depuis des mois longs comme des années, mon pote se résume à des sms, msn, skype, google talk, téléphone via freebox ou autre opérateur low cost, puis portable orange de Tuzla à Zabi, pour 3 minutes de réconfort entre melting potes.
Mais il y a quelques temps, au gré de l'une de nos innombrables conversations électroniques, de celles qui commencent par "ça va ?" au lieu d’un "chta’na", et qui finissent par "a+" au lieu d'un "à toute", mon pote, stroobia, et sans plus y réfléchir, m'a annoncé qu'il ne s'installerait pas à Beyrouth de sitôt. La "situation", tu sais...
Ce fut comme un effondrement.
Toutes mes certitudes, accumulées au terme de dizaines de milliers de pages de lecture assidue, construites mot à mot et chapitre après chapitre, s’envolaient d’un coup.
Mais alors, mais alors ? Et ces crépuscules d'été au bord de la mer ? Et nos soirées de septuagénaires tranquilles ? Et nos marches dans les montagnes arides de l'Anti-Liban ? Et ces conjoints, enfants, familles, collègues, amis, toutes ces promesses d'affection qui devraient peupler nos prochaines années, et que nous nous faisions autant de joie de partager qu'une assiette de véritables tortellinis in brodo ? Sur des continents différents ? Dans des villes différentes ? Pas à Beyrouth ? Comment ça, pas à Beyrouth ? Mais alors, pourquoi s'être cassé la tête sur Nœuds, avoir allègrement mélangé Racine et Jardin, et pesé jusqu'à l’aube le pour et le contre du Rouge et du Noir ? Pourquoi avoir imprimé Majdalani et tiré un peu de gloire bon marché de sa lecture en avant-première ? Pourquoi, mon pote ?
Stroobia ? Maktoob ? Va savoir... Moi, je ne sais pas si je crois au destin. Mais je doute très fort du pur hasard. Et quant à nos questions libanaises, nous verrons bien quelle réponse l’Histoire leur apportera.

Pour ce post, mon pote, je n'opterai pas pour le format "justified". Pour toi, je réserve cette page toute bleue, avec des lignes comme autant de vagues de Jiyé et une fin à suivre, en trois points de suspensions. Rendez-vous à Beyrouth...
Bien sûr ces villes épuisées
Par ces enfants de cinquante ans
Notre impuissance à les aider…
Mais… nos bibliothèques resteront deux quartiers d’une même ville, en dépit des petit coins, des ruelles, des lieux de socialisation qui ont pu évoluer différemment au gré des événements qui les constituent…

Et bien sûr, enfin… Rendez-vous à Beyrouth…

mercredi 18 juillet 2007

L'albatros

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

- Charles Baudelaire

dimanche 8 juillet 2007

Rushdie, chevalier de l’impureté

Le 26 septembre 1988, Les Versets sataniques de Salman Rushdie sont publiés au Royaume Uni.
Le 21 novembre, le Grand Sheikh d’Al-Azhar appelle les associations musulmanes de Grande Bretagne à prendre des actions légales pour empêcher la distribution du roman.
Le 2 décembre, 7000 musulmans originaires du sous-continent indien organisent une manifestation durant laquelle un exemplaire des Versets sataniques est brulé.
Le 14 janvier à Bradford dans le Yorkshire, c’est un réel auto-da-fé qui est organisé. Le même jour, vers deux heures de l’après midi, sur radio Téhéran, l’ayatollah Khomeiny édicte sa célèbre fatwa :

I would like to inform all the intrepid Muslims in the world that the author of the book 'The Satanic Verses', which has been compiled, printed and published in opposition to Islam, the Prophet and the Koran, as well as those publishers who were aware of its contents, have been sentenced to death.
I call on all zealous Muslims to execute them quickly, wherever they may find them, so that no one will dare to insult the Muslim sanctions. Whoever is killed on this path will be regarded a martyr, God willing.
In Addition, anyone who has access to the author of the book, but does not have the power to execute him, should refer him to the people so that he may be punished for his actions. May God's blessing be on you all.
Gilles Kepel écrit dans son Jihad que « [c]ette fatwa stupéfiante fut le véritable testament politique de l’ayatollah ». En effet, Khomeiny mourra quelques mois plus tard, le 3 juin 1989, alors que sa révolution islamique est en pleine phase de reflux tant sur la scène internationale où son exportation a échoué que sur la scène locale où les pragmatiques emmenés par Rafsandjani, le magnat de la pistache, commencent à prendre le dessus en montrant des signes d’ouverture sur l’occident. (Rafsandjani qui, contre toute attente, échouera aux élections présidentielles de 2005 face au 'balayeur de Téhéran', Ahmadinejad et à sa clique de néoconservateurs messianiques, ennemi idéal des néoconservateurs évangélistes de Washington.)

Peu de temps après l’auto-da-fé de Bradford, Salman Rushdie exprimera son désarroi dans un texte intitulé The Book Burner :
Nowadays (…) a powerful tribe of clerics has taken over Islam. These are the contemporary Thought Police. They have turned Muhammad into a perfect being, his life into a perfect life, his revelation into the unambiguous, clear event it originally was not. Powerful taboos have been erected. One may not discuss Muhammad as if he were human, with human virtues and weaknesses. One may not discuss the growth of Islam as a historical phenomenon, as an ideology born out of its time. These are the taboos against which The Satanic Verses has transgressed (…). It is for this breach of taboo that the novel is being anathematized, fulminated against, and set alight. (…)
The Satanic Verses is not, in my view, an antireligious novel. It is, however, an attempt to write about migration, its stresses and transformations, from the point of view of migrants from the Indian subcontinent to Britain. This is, for me, the saddest irony of all; that after working for five years to give voice and fictional flesh to the immigrant culture of which I am myself a member, I should see my book burned, largely unread, by the people it's about, people who might find some pleasure and much recognition in its pages. I tried to write against stereotypes; the zealot protests serve to confirm, in the Western mind, all the worst stereotypes of the Muslim world.
Rushdie vit donc ce cauchemar de l’écrivain qui voit les p