Neda, your death will not be in vain (?)
The events in Iran in a comic inspired by Marjane Satrapi's Persepolis: www.spreadpersepolis.com
Se non è vero, è ben trovato
The events in Iran in a comic inspired by Marjane Satrapi's Persepolis: www.spreadpersepolis.com
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Avertissement : Ce texte est une fiction. Tous les personnages de ce texte sont fictifs et toute ressemblance avec des personnes réelles, existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence.
Ce texte a été publié par Les Impromptus Littéraires.
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L'homme regarde la montre qu'il porte à sa main droite, vérifie qu'elle donne la même heure que la grande horloge murale, en même temps, de sa main gauche, il ôte son chapeau en feutre encore humide de la bruine parisienne et le pose sur la table qui se situe en face de lui; tout cela en une fraction de seconde, le temps de prononcer les mots suivants: « oui oui oui non non mais... ».
Une femme d’un certain âge, habillée de manière assez excentrique, l’attendait à la table qui jouxtait celle à la quelle j’étais assis. Nous avons discuté un moment ; si je me souviens bien il avait un prénom composé, Jean-Claude ou Jean-Marie et habitait un appartement de la rue Saint-Jacques. C’était en Novembre 2007.
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Agnès Sorel, née vers 1420 en Picardie, était la demoiselle de compagnie d'Isabelle de Lorraine, reine de Sicile. Jeune, belle et ingénue elle s’attire les faveurs du Roi de France Charles VII et en devient la favorite vers 1444. Charles VII est sous le charme et ne s’en cache pas. Monstrelet écrira "Comme entre les belles elle était tenue pour être la plus belle du monde, elle fut appelée damoyselle de Beaulté…".
Agnès, la Demoiselle de Beauté, sera la première maîtresse publique d’un roi de France supplantant même la reine par sa notoriété. Elle sera considérée comme la Première Dame officieuse du Royaume de France. En plus de sa beauté légendaire, Agnès avait reçu une excellente éducation, elle était cultivée, modeste et intelligente.
Elle choque par ses tenues qui dévoilent ses seins, on l’accusera d’inciter à la débauche et au vice. Jean Jouvenel des Ursins sera très sévère, et écrira au roi "en son hostel mesme il mist remesde tant en ouvertures de par devant par lesquelles on voit les tétins, tettes et seings de femme…". Agnès est d’ailleurs connue pour avoir inventé le décolleté. La voici peinte par l’enlumineur et peintre Jean Fouquet :
Sa beauté et sa sensualité sont mises en valeur dans ce portrait. Son décolleté entrouvert laissant paraître un sein en deviendra le symbole. A sa main gauche, un livre entre les pages duquel elle glisse un doigt pour ne pas perdre le fil de sa lecture souligne sa culture et l’importance de son intellect. Cette femme est totale: belle, dévergondée, sensuelle, intellectuelle et intelligente, quel homme n’en serait pas amoureux ?
Par sa sexualité exacerbée et son ostensible sensualité, elle sera accusée de débaucher le roi connu pour sa chasteté. Elle sera tenue pour responsable du réveil sensuel de Charles VII. Elle avait, par conséquent, sur lui une réelle influence psychologique, et, dit-on, n’était pas innocente de certaines décisions politiques du monarque.
Pour finir de choquer les moralistes dont étaient Thomas Basin et Jean Jouvenel des Ursins, le roi commande à Jean Fouquet une Vierge Marie à l’Enfant sous les traits de la belle ingénue. C’est l’image religieuse la plus érotique que je connaisse :
On la voit ici couronnée et entourée d’anges et de chérubins rouges et bleus. A sa gauche, l’enfant remplace le livre.
Agnès sera assassinée par empoisonnement au mercure. Dans sa douleur terrible le roi commandera deux magnifiques tombeaux de marbre, l’un pour le corps d’Agnès et l’autre pour son cœur. La haine et la jalousie auront eu raison de la plus belle et plus intelligente femme du Royaume de France.
Au Liban, suite à une décision du Conseil des Ministres, le 25 mars sera une fête officielle nationale islamo-chrétienne sous le signe de la Vierge Marie, personnage central des deux religions. Pourquoi pas ? Mais alors qu’elle soit humaine, sensuelle et sexuée, belle et intelligente comme Agnès. Que ce soit un retour à la déesse-mère universelle donneuse de vie des sociétés primitives. Que cette femme supposée réunir par son amour toutes les tribus du Liban soit une Ishtar, une Venus, une Aphrodite, pas cette image stérilisée d’une femme en bleu et blanc, vierge malgré la maternité comme la voudraient ces hordes d’hommes rétrogrades et complexés.
Note: Le décolleté d'Agnès Sorel inspirera de nombreux artistes en voici trois exemples:

De gauche à droite: "L’anachronique Agnès Sorel" par Artiste Naïf, "Femme fatale" par Kees Van Dongen, et un tableau dejà vu sur ce blog "Dot painting no1" qui vous paraîtra maintenant moins abstrait!
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Avertissement : Ce texte est une fiction. Tous les personnages de ce texte sont fictifs et toute ressemblance avec des personnes réelles, existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence.
Dieu créa Adam et vit qu’il était seul. Il dit : "Il n’est pas bon pour un homme d’être seul". Alors, Il créa une femme, à partir de la terre comme Adam et Il l’appela Lilith.
Adam et Lilith se querellèrent. Il lui dit : "Je ne me coucherai pas sous toi, mais seulement au-dessus de toi. Tu es faite pour être dessous, parce que je te suis supérieur". Lilith répondit : "Je ne me coucherai pas sous toi mais sur toi. Nous sommes égaux, nous avons été créés de la même terre". Aucun des deux ne voulut céder.
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C'est impressionnant le temps que le monde entier perd à se demander si l'Iran a déjà de quoi fabriquer une bombe atomique, et dans le cas ou il a de quoi la fabriquer s'il le veut vraiment, et dans le cas ou il a de quoi la fabriquer et qu'il le veut vraiment, s'il la fabriquera vraiment. Personne ne se demande si l'Iran, quand il aura la bombe atomique, aura seulement intérêt à la balancer sur qui que ce soit.
L'amiral américain Michael Mullen estime que l'Iran détient suffisamment de matériaux fissiles pour fabriquer une bombe atomique.
Le secrétaire à la défense américain, Robert Gates, a fait entendre un autre son de cloche. "Je pense qu'on s'est concentré de manière continue sur la manière d'amener les Iraniens à renoncer à un programme d'armement nucléaire. Ils ne sont pas près d'avoir des réserves [suffisantes]. Ils ne sont pas près d'avoir une arme à ce stade".
Selon l'AIEA, l'Iran dispose désormais de 1 010 kilos d'uranium faiblement enrichi issus de son centre de traitement de Natanz.
Si l'on en croit l'expert David Albright, de l'institut ISIS à Washington, cette quantité suffit, une fois convertie en uranium hautement enrichi, à mettre au point une bombe atomique.
En revanche, les experts de l'AIEA estiment que 1 700 kilos d'uranium faiblement enrichi sont nécessaires pour procéder, après l'avoir hautement enrichi, à la fabrication d'une arme atomique.
L'ambassadeur iranien auprès de l'AIEA, Ali Asghar Soltanieh, a insisté sur le fait que le site de Natanz, par ailleurs étroitement surveillé par l'AIEA, ne permettait pas de produire d'uranium hautement enrichi.
Le directeur général de l'AIEA, Mohamed ElBaradei, s'était récemment dit convaincu que l'Iran cherchait à acquérir la technologie permettant d'accéder à l'arme atomique, mais il s'était montré plus réservé sur la question de savoir si Téhéran voulait vraiment la fabriquer.
Le gouvernement iranien vient d'annoncer qu'il comptait désormais 6 000 centrifugeuses procédant à l'enrichissement d'uranium.
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NYT Op-Ed Columnist Roger Cohen's list:
With apologies to Billy Joel, who’s more of a chronologist, and in tribute to a president, Barack Hussein Obama, representing a new post-cold-war generation of 21st-century Americans.The New York Times, January 18, 2009
We Didn’t Start the Fire (2)
Bill Clinton, Tina Fey, capitalist China, O.J.,
Asia rising, Facebook, Kareem Abdul-Jabbar
Dick Cheney, Rumsfeld, Ugg boots, Seinfeld
West Bank, Gaza City, Tupac Amaru Shakur
Mohamed Atta, W.M.D., Harry Potter, Reality TV
Tom Cruise, American Beauty, MP3, Oprah Winfrey
Schwarzenegger, YouTube, America’s got organic food
Armstrong, blogosphere, Monica Lewinsky
We didn’t start the fire
It was always burning
Since the world’s been turning
We didn’t start the fire
No we didn’t light it
But we tried to fight it
Vlad Putin, Medvedev, Assad, Posh-and-Becks
The West Wing, Y2K, massacre in Falluja
Britney Spears, Spike Lee, Kurt Cobain, Sarkozy
Mia Hamm, Heath Ledger, Viagra, Napster
Lindsay Lohan, skinny jeans, Boston’s got a winning team
Lehman Brothers, A.I.G., subprime, Ponzi scheme
Rwanda, Darfur, Bosnia, and a billion poor,
Tehran, Hezbollah, trouble with the jihadis
We didn’t start the fire
It was always burning
Since the world’s been turning
We didn’t start the fire
No we didn’t light it
But we tried to fight it
New Orleans, Bolaño, Sarah Palin no-go
TiVo, Hu Jintao, and the vegan-eco crowd
Tony Blair, Paris Hilton, Princess Di, Bin Laden
Pyongyang, the renditions gang, Roger Clemens in a cloud
ACT UP, Infinite Jest, O.J. Part Two, Johnny Depp
iPhones, Federer, Who Let the Dogs Out?
Halle Berry, cloned Dolly, and another Kennedy
Jon Stewart, American Psycho, tsunami, Danger Mouse
We didn’t start the fire
It was always burning
Since the world’s been turning
We didn’t start the fire
No we didn’t light it
But we tried to fight it
Sedaris, Unabomber, Girls Gone Wild, Nasrallah
Jay-Z, Shanghai, shock and awe in Baghdad
Amy Winehouse, Imus, gases of the greenhouse
Kelly Ripa, Maureen Dowd, Ted Williams gone mad
Outsourcing, Mumbai, so many didn’t have to die
David Blaine, human rights, and Napoleon Dynamite
Mandela, Madonna’s ex, abstinence, safe sex
Rabin blown away, what else do I have to say?
We didn’t start the fire
It was always burning
Since the world’s been turning
We didn’t start the fire
No we didn’t light it
But we tried to fight it
BlackBerry, global mall, Hillary Clinton standing tall
Tiger Woods, Barry Bonds, MySpace, The Corrections
Rushdie, Starbucks, Channel Tunnel, Spurlock
American Idol, Black Hawk Down, Miracle on the Hudson
Sopranos, Cougars, Da Vinci Code, life on Mars
Saddam hung, Mugabe, traumatic stress, mission creep
Social networks, match.com, iChat, Amazon,
Terror cells, endless war, I can’t take it anymore
We didn’t start the fire
It was always burning
Since the world’s been turning
We didn’t start the fire
No we didn’t light it
But we tried to fight it
Hawaii, Kenya, Kansas and Jakarta
Harvard, finding God, social work, Axelrod
Red state, blue state, unity can no longer wait,
A time to reap, a time to sow, we will close Guantánamo
Iowa, Yes We Can, McCain was just an also-ran
I Have a Dream, Bush out, a black man in the White House
We didn’t start the fire
It was always burning
Since the world’s been turning
We didn’t start the fire
No we didn’t light it
But we tried to fight it
We didn’t start the fire
It was always burning
Since the world’s been turning
We didn’t start the fire ...
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Jusqu’à ce matin, cette bannière n’aurait jamais eu sa place sur cette page. Durant ces huit dernières années elle a representé des valeurs qui sont aux antipodes de celles de l’auteur de ce blog.
Elle a representé le conservatisme, la réduction des libertés civiles, la bigoterie, les prisons secrètes, la torture, la peur, l’injustice, l’invasion, la bêtise, la guerre, la collusion entre la politique et les affaires, la collusion entre la politique et de puissantes sectes religieuses…
Ce matin, le rêve est ressucité… et cette bannière etoilée m’apparaît sous un tout nouveau jour, le jour du métissage, de l’opportunité, de la culture, de la primauté de l’intellect sur la pulsion et de la richesse du mélange sur la pureté fantasmée par les fanatiques de tous bords, de l’espoir…
Ce matin, je me suis senti, un peu… américain !
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Au delà de la honte… Au delà de la rage… Au delà du désespoir… Au delà de l’espoir… Au delà de la déception… Au delà de ce mépris pour cette classe politique qui n’a pas compris que les mêmes causes conduisent aux mêmes effets… Au delà de tous ces sentiments humains… Au delà même des questions qui me taraudent depuis ce 7 mai 2008 lorsque les barricades se sont (re)dressées à Beyrouth comme la matérialisation de vieux cauchemars: est-ce le début d’une deuxième interminable guerre civile au Liban ? Combien de temps Beyrouth va-t-elle rester divisée ? Ces combats vont-ils mener au ‘nettoyage’ des quartiers et régions ‘mixtes’ ?
Je suis au delà de tout cela et observe crument presque indécemment la réalité sur le terrain :
Hassan Nasrallah est bien trop intelligent pour ne pas savoir que son Hezbollah a perdu toute crédibilité en tant qu’organe de résistance supposé protéger l’ensemble des Libanais, de tous les bords politiques, contre les agressions du dit ‘ennemi sioniste’.
Hassan Nasrallah est bien trop intelligent pour ne pas savoir qu’il devra forcement se retrouver a une table de dialogue face à ceux qu’il encercle aujourd’hui de sa force militaire. Et que ce jour venu il ne sera plus le sage Sayyed dont tout le monde respecte le martyr et la cause mais un simple petit chef de guerre qui a délibérément pris la décision de replonger le Liban dans ses pires cauchemars.
Hassan Nasrallah est bien trop intelligent pour ne pas savoir que le jour du dialogue venu son pouvoir de négociation sera bien inférieur à ce qu’il a été avant que ses armes ne se retournent contre ses compatriotes.
Hassan Nasrallah est bien trop intelligent pour ne pas savoir qu’il a tout perdu ; et que les seuls moyens qu’il a de rester dans la course sont la force et/ou le retour, sous une forme ou sous une autre, de la tutelle syrienne au Liban. Et Hassan Nasrallah sait tres bien que le retour d’une telle tutelle ne peut se faire que si l’Arabie Saoudite, l’Egypte et les Etats-Unis acceptent de perdre cette nouvelle guerre du Liban qui se joue depuis 2004.
Michel Aoun lui, est bien trop stupide pour réaliser que le jour du dialogue venu il fera partie des dégâts collatéraux. Ou alors, s’il n’est pas si stupide que ca, il le réalise peut-être et prépare déjà ses valises.
Nabih Berri, est très intelligent. Combien de fois l’a-t-on pris pour politiquement mort, et combien de fois a-t-il su capitaliser sur les positions les plus inconfortables. Il y a quelques jours à peine on le disait complètement dissous dans le Hezbollah, et il réapparait aujourd’hui comme le seul homme capable d’arrondir les angles et d’éviter le pire. Bravo Istez es Kâma-Sûtra ! Nous aurions seulement préféré voir cette extrême intelligence bismarckienne couplée à un peu plus de courage politique.
Walid Joumblat, rompu depuis des générations à l’art de la guerre clanique est dans son élément, et il sait que s’il a perdu une bataille, il est loin d’avoir perdu la guerre.
Saad Hariri a peur, mais il a confiance.
Oui, je suis au delà de tout cela et observe crument presque indécemment l’histoire :
C’était il y 50 ans tout rond ! nous sommes en 2008 c’était en 1958; des barricades se sont dressées dans Beyrouth.
A cette époque (1956) l’Egypte de Nasser nationalise le Canal de Suez. Cette première action souveraine d’un Etat arabe indépendant est perçue par les anciennes puissances coloniales, la France et la Grande Bretagne, et le jeune Etat d’Israël comme une souveraine provocation.
Aujourd’hui c’est l’Iran d’Ahmadinejad qui provoque souverainement les Etats-Unis et le maintenant moins jeune Etat d’Israël en enrichissant de l’uranium dans le but non avoué, mais probable, d’acquérir l’arme nucléaire.
En 1958, l’Egypte est renforcée par la guerre de Suez (1956) menée par Israël, la France et le Royaume Uni, stoppée par une intervention Américaine pour éviter une confrontation avec l’Union Soviétique (pour faire très court).
En 2008, l’Iran sort extrêmement renforcé par les deux guerres menées par les Etats-Unis, l’une en Afghanistan (2001) contre les Talibans, l’autre en Iraq (2003) contre le régime Baathiste de Saddam Hussein. Les Etats-Unis ont, par ces deux guerres, débarrassé l’Iran de ces deux pires ennemis régionaux.
En 1958, Camille Chamoun alors président de la république, refuse de rompre les relations diplomatiques avec le Royaume-Uni et la France. Les barricades se dressent dans Beyrouth et un conflit éclate dans la montagne entre les partis chrétiens pro-occidentaux et les partis à majorité musulmane pro-Nasser. C’est la mini guerre civile de 1958.
En 2008, le 14 mars, les Etats-Unis, bla bla… et le 8 mars, l’Iran, bla bla… ! les barricades se dressent dans Beyrouth et un conflit éclate dans la montagne.
En 1958 le Liban paye le prix de l’expansionnisme Egyptien.
En 2008 le Liban paye le prix de l’expansionnisme Iranien.
En 1958, un militaire est élu président de la république (Fouad Chehab), et une personnalité de l’opposition Rashid Karamé est désignée au poste de premier ministre.
En 2008, un militaire Michel Sleimane ? un gouvernement d’union nationale ?
Je suis au delà de tout cela et observe crument presque indécemment le temps long :
Depuis le 19e siècle, le scenario est identique au Liban. Des désaccords locaux, tribaux, familiaux ou confessionnels, imbriqués dans des alliances régionales ou internationales, conduisent à des guerres fratricides, à des massacres dans la montagne, et plus tard à des barricades dans les villes.
Alors quoi ? le Liban eternel avec ses montagnes et ses rivières, sa cote et ses forets… le Liban eternel avec son peuple ‘message’ de cohabitation pacifique, avec son peuple ‘message’ de guerres fratricides ?
Peut-être que le Liban devrait cesser d’être eternel ! Chaque crise se résout par un retour au status quo ante bellum. Depuis la mutasarfieh jusqu'à Taef en passant par le pacte de 43, c’est à chaque fois le status quo ante bellum ! à chaque fois un petit aménagement de ce qui ne devrait plus être qu'un ancien régime !
Oui, il faut une rupture, il faut que le Liban cesse d’être eternel, il faut que le Liban entre dans le temps… dans la modernité !
Mais comment et à quel prix ?
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Camille
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C’était il y a huit ans, en mai 2000. Tsahal se retirait du Sud-Liban sous les coups de boutoirs du Hezbollah. Issa Ghoraieb écrivait dans son éditorial : « Israël perd enfin l’interminable guerre du Liban ». Quel plaisir !
Moi, j’étais à Barcelone, j’avais les cheveux longs et portais court autour du coup, un collier de rondelles de bois. Au bas de Las Ramblas, à droite en descendant vers le port, dans une ruelle du Raval qui sentait l’urine et dans laquelle trainaient, les implants mammaires à l’air, quelques pathétiques travelos tout droit sortis d'un film de Pedro Almodovar, il y avait ce petit bouiboui : Le Pastis. Angel, ex-journaliste désabusé, barbe grise du socialiste espagnol, proprio du Pastis, tenait le bar après 8 heures… jusqu'à ce que mort s’en suive. Françoise au micro et à la guitare chantait des chansons de variété. Surtout le « je suis venu te dire que je m’en vais » de Gainsbourg qu’elle entonnait comme un hymne trois, quatre ou même cinq fois par nuit à la demande d’Angel qui l’accompagnait mélancoliquement de son accent espagnol « yé souis vénou té dirre qué yé m’an vé »… Françoise chantait aussi beaucoup de Brel.
Brel dont je suis un grand fan et dont je peux encore – je crois – débiter l’ensemble du répertoire sans manquer une seule liaison. Brel que j’ai découvert très tôt – vers neuf ou dix ans – dans ce meuble en nacre, au salon de notre appartement d’Achrafieh, qui sentait le bois et les liqueurs et dans lequel étaient entreposés des dizaines de 33 tours, de Jacques Brel aux Doors en passant par les trois petits cochons et Pierre et le loup. Brel, donc, qui m’a suivi tout le long de ma vie, resurgissant ici ou là… me rappelant lorsque j’étais banquier que « désolé bergère, j’aime pas les moutons », me rappelant lorsque j’étais largué que « non Jef t’es pas tout seul » ou lorsque j’étais amoureux qu’ « on beau faire, on a beau dire… », me faisant même aimer cette « quelconque Belgique » que je n’avais jamais vue… Brel qui resurgit ici ou là, là ou je l’attend le moins, est resurgi la semaine passée à Dubai, dans l’improbable théâtre de Madinat Jumairah. Un belge venu, dit-on, d’Afrique du Sud donnait un spectacle. Brel à Dubai… quel paradoxe ! Je ne pouvais pas manquer ça… rien n’aurait jamais pu me faire mettre les mots Brel et Dubai dans une même phrase… voilà c’est fait.
Brel à Dubai… tant qu’il ne va pas à Damas, me diriez vous… célébrer la culture arabe qui croupit dans les prisons du Baath… comme d’autres… Fairuz, par exemple, payée – ai-je lu quelque part – plusieurs millions de dollars pour aller à Damas chanter en play-back… quelle mascarade ! Mais c’est bien connu, Fairuz, malgré son immense talent, est antipathique.
Mais vous, Milan Kundera… vous Monsieur Kundera que j'ai lu et relu... là ou vous écriviez Prague je lisais Damas, la ou vous parliez de chars Russes, je voyais ce barrage syrien qui humiliait ma ville et ma montagne… Vous Monsieur, combien vous à-t-on payé pour renier tout ce qui a fait la période Tchèque de votre littérature. Monsieur Kundera, vous allez tranquillement discuter de la 'culture arabe' dans un confortable salon de Damas alors que Michel Kilo et tant d’autres croupissent dans la prison du coin. Pour célébrer la culture arabe Monsieur Kundera, c’est avec Michel Kilo (emprisonné), c’est avec Samir Kassir (assassiné), c’est avec Georges Haoui (assassiné), c’est avec Farouk Mardam-Bey (exilé) – et j’en passe – que vous devriez discuter. En allant à Damas, vous allez faire un voyage dans le temps et retrouver le Prague de vos années Bohème-Moravie, le Prague des chars russes. En allant à Damas vous allez légitimer un état de fait que vous avez si intelligemment, si brillamment, et avec tant d’humour et de poésie, critiqué, démonté, descendu, absurdifié. En allant à Damas vous allez renier, trahir, votre littérature. C'est dans "L'art du Roman", je crois, que vous écriviez que le roman, une fois écrit devenait un peut plus intelligent que son auteur. Eh bien Monsieur, vos livres aujourd'hui sont devenus beaucoup plus intelligents que vous. Heureusement que les mots, dans les volumes de ma bibliothèque beyrouthine, ne changeront pas, eux ! Pour moi, ils ne seront simplement plus de vous.
Ah ce régime ! Où puise-t-il tant de machiavélisme ?
Michel Kilo : emprisonnéQuelle ‘Plaisanterie’ !
Samir Kassir : assassiné
Georges Haoui : assassiné
Farouk Mardam-Bey : exilé
...
Milan Kundera : acheté (?)
Les Flamingants, chanson comique !
Messieurs les Flamingants. J'ai deux mots à vous rire
Il y a trop longtemps que vous me faites frire
À vous souffler dans le cul, pour devenir autobus
Vous voilà acrobates mais vraiment rien de plus (…)
Tu vois quand j'pense à vous, j'aime que rien ne se perde
Messieurs les Flamingants : Je vous emmerde (…)
Cessez de me gonfler mes vieilles roubignoles (…)
Vous êtes tellement, tellement beaucoup trop lourds
Que quand les soirs d'orage des chinois cultivés
me demandent d'où je suis, je réponds : fatigué (…)
Vous n'avez pas l'air con, vraiment pas con du tout
Et moi je m'interdis de dire que je m'en fous (…)
Et si mes frères se taisent et bien tant pis pour elles
Je chante, persiste et signe : Je m'appelle Jacques Brel
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Camille
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21:26
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Je n’ai pas souvent été au zoo. Deux fois au Jardin des plantes à Paris, deux fois au zoo d’Anvers, et une foi au zoo d’Al Ain. C’était la semaine dernière. J’y ai vu un lion en cage, un chimpanzé dépressif, des macaques en train de copuler, des tortues endormies, des chats sauvages, il y avait aussi quelques familles d’humains qui regardaient tout ça. C’est triste un zoo.
Quelques jours plus tard j’ai vu la dignité humaine si lamentablement trainée dans la boue que j’en ai eu la nausée. Le chef du Hezb haranguait la foule qui célébrait Achoura. Il hurlait, comme à son habitude, à en donner des frissons dans le dos. Dans sa langue arabe si bien articulée malgré son défaut de prononciation qui aurait rendu ridicule plus d’un, il hurlait en agitant le doigt :
Nous possédons des membres de soldats israéliens, nous possédons des membres, nous possédons des bras, nous possédons des jambes, nous possédons des têtes, nous possédons même les trois quart d’un corps.Quelle horreur… cet homme… cet homme… j’ai du mal à encore le qualifier d’homme… je l’ai pourtant admiré un jour pour son courage, son abnégation pour sa cause, son intelligence, son franc parler, je l’ai même remercié quand, à la tête de sa troupe de barbus, il a libéré le Sud-Liban en 2000… cet homme, je le verrais bien dépérir dans une cage d’un zoo mal entretenu, je le verrais bien se gratter lentement le torse comme ce chimpanzé du « zoo d'Anvers qui meurt à moitié, qui meurt à l'envers, qui donnerait ses pieds pour un révolver ».
* L’Unicef aurait estimé que 30 % des tués lors de la guerre israélo-libanaise de juillet-août 2006 étaient des enfants de moins de treize ans.Criminel gouvernement israélien qui depuis quelques jours étouffe le peuple gazzaoui sous prétexte que quelques excités lancent régulièrement de petits pétards à partir du ghetto sordide dans lequel ils sont confinés. Criminel gouvernement qui coupe les vivres, le carburant, l’électricité, l’eau, tout… et laisse cyniquement mourir les enfants dans les hôpitaux, laisse crever les malades, affame les familles… L’ONU parle de crise humanitaire… quel scandale ! l’ONU parle de crise humanitaire comme si une force de la nature, un tsunami, une tempête, un incendie, un tremblement de terre, empêchaient les vivres d’arriver. Non ! Ce n’est pas une crise humanitaire. C’est un crime froidement et cyniquement décidé et perpétré par un gouvernement, par des hommes et par des femmes…
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Camille
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19:44
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2007 se termine mal au Pakistan avec l’assassinat de Benazir Bhutto et 2008 commence mal au Kenya avec le début d'un massacre et l'effondrement d'un système. Au Kenya, des violences urbaines post-électorales à caractère ethno-politique font 300 morts en quelques jours, au Pakistan les tensions pré-électorales conduisent à un assassinat dont les retombées n'ont pas fini de se faire sentir au Pakistan et au delà. L'assassinat de Bhutto tue dans l'œuf une tentative de rendre pluraliste un système très fermé, alors qu'au Kenya une élection douteuse jette dans l'abîme des violences ethniques une démocratie africaine qui semblait se distinguer de son environnement par sa stabilité et sa prospérité.
En contemplant la triste actualité de ces derniers jours, je ne peux m'empêcher de penser à un troisième pays, le mien, qui excelle dans l'art abject de l'assassinat politique pré-électoral, et qui garde en mémoire de sanglants massacres ethno-politiques (chez moi, on dira confessionnels mais c'est la même chose) comme une possible situation post-électorale.
je ne peux non plus m'empêcher de me souvenir de la stupéfiante guerre israélo-libanaise de juillet-août 2006, lorsque je vois sur internet la triste et paradoxale période d'adaptation entre une prospérité heureuse et un terrible basculement dans l'horreur. On peut lire côte à côte sur internet ces deux annonces:
Kenya: 30 brulés vifs dans une église, au moins 299 morts
Kenya: Safaris tourisme, photo, voyage de noces - météo
Pourquoi ?
Je ne crois pas (sauf à de rares exception près) aux massacres ethniques spontanés. Les violences ethniques de même que les assassinats politiques sont, je pense, de sinistres instruments de pression, de politique et, plus cynique encore, de communication aux mains d'hommes politiques sans scrupules.
Je comptais me rendre bientôt au Kenya, prendre un taxi londonien dans les rues de Nairobi, aller peut être à Mombasa, surement m'évader dans la nature, regarder galoper un troupeau de zèbres, et brouter un couple de girafes, apprendre quelques mots de swahili... rien de tout cela !
Comme des centaines de milliers de personnes depuis le sinistre été 2006 qui disent Beyrouth 2ilalliqa2, je dis, non sans tristesse devant tant de gâchis : Kwaheri Nairobi, à la prochaine...
2007 se termine donc sur une note pessimiste et 2008 commence sur une note tout aussi pessimiste.
Quant à moi, cela fait un mois que j'ai quitté la riche et posée Abu Dhabi. Maintenant, je vis et travaille au bord d'une autoroute : Dubaï.
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Camille
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16:50
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Bonnes à vendre
Le jour de la signature du contrat, l'agence se verse entre dix et quinze fois le premier salaire de la domestique. Une jeune Ethiopienne revient au total à 2 400 dollars à l'employeur (billet, visa, visite médicale, contrat chez le notaire, etc.). Une somme importante, dont 60 % reviennent à l'agence. A Beyrouth, 380 agences de placement de personnel de maison officielles envahissent le paysage d'affiches publicitaires. Il y a quelques années, l'une d'entre elles avait même proposé des soldes de Sri-Lankaises !
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Camille
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Dans le contexte de l’explosion au grand jour des tensions qui couvent entre la Syrie et l’Arabie Saoudite depuis 2005, le quotidien saoudien Al Watan, basé à Abha dans le Assir (sud) titrait hier en une :
Le régime syrien est un régime dictatorial et despotique, isolé de l’intérieur et ne disposant d’aucune base populaire. Il se base sur la répression et la confiscation des libertés, il viole les droits des citoyens les plus élémentaires et tente de réduire au silence la moindre voix opposante. La corruption rampante touche toutes les agences de l’Etat et est présente à tous les niveaux. Elle réduit le citoyen syrien à la pauvreté, le chômage et la privation. A tout cela s’ajoute l’omniprésence des services de sécurité. De plus, les politiques du régime, les crimes qu’il commet au Liban et en Irak et ses autres interventions dans les pays arabes voisins constituent un réel danger pour ces pays. (…) Si l’on ajoute à cela son isolement sur la scène internationale qui résulte de ses politiques, il devient clair que le changement de ce régime qui a perdu toute légitimité est tant dans l’intérêt de la Syrie que des autres pays arabes.La publication d’un tel article en Arabie Saoudite marque une rupture dans le modus vivendi qui régit les relations diplomatiques entre les états arabes du Moyen Orient. Critiquer le manque de libertés chez le voisin et, plus encore, ouvrir ses journaux aux opposants qui appellent au changement du régime, au pluralisme et à la démocratie constitue une réelle rupture dans la diplomatie arabe au Moyen Orient, et surtout dans la diplomatie saoudienne qui a toujours excellé dans les déclarations feutrées, les messages subtils et la diplomatie secrète. L’explosion au grand jour des dissensions syro-saoudiennes présage donc un conflit long où, semble-t-il, tous les coups seront permis.
(…)
Il existe des forces opposantes à l’intérieur du pays qui sont susceptibles de jouer un rôle dans le changement politique. (…) Nous avons des informations qui affirment que le peuple est dans un état d’ébullition qui a atteint son sommet et que des opposants sont de plus en plus prêts à participer à une opération de changement, et ce, même de l’intérieur du régime.
(…)
Tout ce que nous demandons des pays arabes et de la communauté internationale, c’est qu’ils lèvent l’immunité et la protection qu’ils accordent à ce régime corrompu et despotique et qu’ils appuient le peuple syrien dans l’établissement d’un régime démocratique et pluraliste qui garantisse à l’ensemble de ses citoyens leurs droits et leurs libertés. (…)
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Camille
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14:58
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A few days ago, I went to the Marina Mall desperately looking for a nice movie to watch. Surprisingly enough, I found one: Fracture, with Anthony Hopkins and Ryan Gosling. The plot is stunning by its simplicity and Anthony Hopkins is, as usual, a cinema monster majestically playing a brilliant and bitter Anthony Hopkins' role. A great movie, like you don't often have the chance to watch in Abu Dhabi. I was enchanted.
Gosling, the young and ambitious lawyer, is sitting by the adulteress, lying on her hospital bed, lost in a hopeless coma, shot in the head by the huge and hurt ego of her cheated husband, Hopkins. The lawyer is reading a Dr. Suess poem to the sleeping lady:
The Waiting Place...Abu Dhabi strangely sounds like this Waiting Place; everyone here is just waiting… Waiting for a friend to come or a plane to go…
...for people just waiting.
Waiting for a train to go
or a bus to come, or a plane to go
or the mail to come, or the rain to go
or the phone to ring, or the snow to snow
or waiting around for a Yes or a No
or waiting for their hair to grow.
Everyone is just waiting.
Waiting for the fish to bite
or waiting for wind to fly a kite
or waiting around for Friday night
or waiting, perhaps, for their Uncle Jake
or a pot to boil, or a Better Break
or a sting of pearls, or a pair of pants
or a wig with curls, or Another Chance.
Everyone is just waiting.
Half the people are stoned
And the other half are waiting for the next election.
Half the people are drowned
And the other half are swimming in the wrong direction.
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Camille
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11:37
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A un jour d'intervalle, le Pakistan hier, l'Inde aujourd'hui, fêtent leurs 60 ans d'Indépendance. A un jour d'intervalle, comme pour marquer une différence créée de toutes pièces, la joie des indépendances célébrées se confond dans la mémoire du sous-continent avec sa partition sanglante et le plus grand transfert de population de l'Histoire.
Voici, magnifiquement décrit par Henri Tincq dans Le Monde, un récit riche, touffu et cruel de ce séisme monumental qui continue de secouer le monde de ses répliques:
La monstrueuse vivisection de l'Inde
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Camille
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10:01
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J’ai toujours été attiré par les grands romans qui racontent des histoires longues et touffues et dont les personnages sont riches en aventures, en cultures, en mélanges… des romans-lieux, des romans-époques où le burlesque le dispute à l’Histoire, l’Histoire à l’imagination débridée de l’auteur et l’imagination de l’auteur à ma capacité à rêver des lieux, des gens, des possibles… des romans qu’on lit comme on se promène dans une ville. Des romans dont on sort avec des envies de voyage et des envies d’écrire. Des romans dont on sort avec des envies de lire encore et encore d’autres lieux, d’autres villes, d’autres époques, d’autres personnages…
Depuis que je suis à Abu Dhabi, j’ai tenté de lire de tels romans, mais je n’ai pu arriver au bout d’aucun. J’ai tenté Brooklyn, Istanbul, Bagdad, Bombay… chaque fois, le vide reprenait le dessus. Je m’enlise, je mets un marque page et, le livre dont je n’ai pas lu plus du tiers va rejoindre les autres livres ‘à finir’ sur ma table de chevet. C’est triste…
Grâce au site Sitemeter, il est possible d’avoir des informations sur les visiteurs d’un blog. Il est possible de connaître le pays duquel l’internaute s’est connecté, la durée de sa visite et… s’il est rentré sur le blog après avoir effectué une requête sur un moteur de recherche, il est possible de savoir quelle est la séquence de mots qu’il a entré et qui l’a conduite au blog en question. Stroobia, bien sûr, est équipé de ce petit logiciel espion. Je sais donc qu’il y a quelques jours, un internaute a tapé sur Google, depuis la Cote d’Ivoire, la question suivante :
Je pourrais te dire de combien de marches sont faites les rues en escalier, de quelle forme sont les arcs des portiques, de quelles feuilles de zinc les toits sont recouverts ; mais déjà je sais que ce serait ne rien te dire. Ce n’est pas de cela qu’est faite la ville, mais des relations entre les mesures de son espace et les événements de son passé.Eh bien, sur Abu Dhabi, après un peu plus d’un an à essayer, je crois que je n’ai rien à te dire !Italo Calvino, Les Villes Invisibles
The old man sits on the edge of the narrow bed, palms spread out on his knees, head down, staring at the floor. He has no idea that a camera is planted in the ceiling directly above him. The shutter clicks silently once every second, producing eighty-six thousand four hundred still photos with each revolution of the earth. Even if he knew he was being watched, it wouldn’t make any difference. His mind is elsewhere, stranded among the figments in his head as he searches for an answer to the question that haunts him.Merci Abu Dhabi de me donner l’envie de lire de tels livres. Et merci pour l’humeur dans laquelle tu me mets. Quand je t’aurai quittée, et contrairement à toutes, toutes les villes par lesquelles je suis passé, ne serait-ce que quelques heures, tout ce qu’il me restera de toi, c’est une incommensurable indifférence.
Who is he? What is he doing here? When did he arrive and how long will he remain? With any luck, time will tell us all. For the moment, our only task is to study the pictures as attentively as we can and refrain from drawing any premature conclusions.
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17:33
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Bien sûr il y a les guerres d'IrlandeLongtemps, on a écouté ces deux premières lignes sans vraiment se douter que les guerres d’Irlande pouvaient tout simplement être les nôtres, passées ou à venir…
Et les peuplades sans musique
Bien sûr ces villes épuiséesMais… nos bibliothèques resteront deux quartiers d’une même ville, en dépit des petit coins, des ruelles, des lieux de socialisation qui ont pu évoluer différemment au gré des événements qui les constituent…
Par ces enfants de cinquante ans
Notre impuissance à les aider…
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Camille
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10:19
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Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.
A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.
Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!
Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.
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Camille
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09:27
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Le 26 septembre 1988, Les Versets sataniques de Salman Rushdie sont publiés au Royaume Uni.
Le 21 novembre, le Grand Sheikh d’Al-Azhar appelle les associations musulmanes de Grande Bretagne à prendre des actions légales pour empêcher la distribution du roman.
Le 2 décembre, 7000 musulmans originaires du sous-continent indien organisent une manifestation durant laquelle un exemplaire des Versets sataniques est brulé.
Le 14 janvier à Bradford dans le Yorkshire, c’est un réel auto-da-fé qui est organisé. Le même jour, vers deux heures de l’après midi, sur radio Téhéran, l’ayatollah Khomeiny édicte sa célèbre fatwa :
I would like to inform all the intrepid Muslims in the world that the author of the book 'The Satanic Verses', which has been compiled, printed and published in opposition to Islam, the Prophet and the Koran, as well as those publishers who were aware of its contents, have been sentenced to death.Gilles Kepel écrit dans son Jihad que « [c]ette fatwa stupéfiante fut le véritable testament politique de l’ayatollah ». En effet, Khomeiny mourra quelques mois plus tard, le 3 juin 1989, alors que sa révolution islamique est en pleine phase de reflux tant sur la scène internationale où son exportation a échoué que sur la scène locale où les pragmatiques emmenés par Rafsandjani, le magnat de la pistache, commencent à prendre le dessus en montrant des signes d’ouverture sur l’occident. (Rafsandjani qui, contre toute attente, échouera aux élections présidentielles de 2005 face au 'balayeur de Téhéran', Ahmadinejad et à sa clique de néoconservateurs messianiques, ennemi idéal des néoconservateurs évangélistes de Washington.)
I call on all zealous Muslims to execute them quickly, wherever they may find them, so that no one will dare to insult the Muslim sanctions. Whoever is killed on this path will be regarded a martyr, God willing.
In Addition, anyone who has access to the author of the book, but does not have the power to execute him, should refer him to the people so that he may be punished for his actions. May God's blessing be on you all.
Nowadays (…) a powerful tribe of clerics has taken over Islam. These are the contemporary Thought Police. They have turned Muhammad into a perfect being, his life into a perfect life, his revelation into the unambiguous, clear event it originally was not. Powerful taboos have been erected. One may not discuss Muhammad as if he were human, with human virtues and weaknesses. One may not discuss the growth of Islam as a historical phenomenon, as an ideology born out of its time. These are the taboos against which The Satanic Verses has transgressed (…). It is for this breach of taboo that the novel is being anathematized, fulminated against, and set alight. (…)Rushdie vit donc ce cauchemar de l’écrivain qui voit les personnages de son roman prendre vie, sortir de leur silence et envahir les rues pour le tuer, brulant, sous les yeux médusés de son auteur, le livre dont ils sont les héros !
The Satanic Verses is not, in my view, an antireligious novel. It is, however, an attempt to write about migration, its stresses and transformations, from the point of view of migrants from the Indian subcontinent to Britain. This is, for me, the saddest irony of all; that after working for five years to give voice and fictional flesh to the immigrant culture of which I am myself a member, I should see my book burned, largely unread, by the people it's about, people who might find some pleasure and much recognition in its pages. I tried to write against stereotypes; the zealot protests serve to confirm, in the Western mind, all the worst stereotypes of the Muslim world.
L’une des œuvres les plus importantes de la fin du XXe siècle et probablement aussi l’œuvre la plus mal lue et la plus méconnue (…), un roman qui exalte l’impureté, les mélanges et le métissage et dont l’immigration est un des grands facteurs, face à la sinistre quête de pureté et contre la fondamentale (et utopique) originalité dont les extrémismes et les fondamentalismes de tous bords sont aujourd’hui les messagers.Eloge de l’impureté… c’est sous ce titre que, pour Charif, auraient pu paraitre Les versets sataniques de Salman Rushdie. Cela lui aurait probablement évité d’être voué aux gémonies par cette « tribu de clercs » qui se sont très probablement arrêtés à ce titre provocateur pour monter aux créneaux… et surtout par le premier d’entre eux dont le titre même d’ayatollah (Verset de Dieu) se retrouve renversé dans le titre de ce roman (Al ayat olshaytaniyyah الآيات الشيطانيّة, i.e. les versets sataniques ; Ayatollah versus Ayatolshaytan).
Au concept de 'choc' des cultures (ou clash des civilisations) développé par Samuel Huntington, ses détracteurs, principalement européens et arabes, on cru répondre par le 'dialogue' des cultures. Mais choc et dialogue, ces deux concepts réduisent l’idée de cultures à des entités distinctes destinées à se combattre ou à dialoguer entre elles. Or la réalité, fort heureusement, est bien plus complexe, et bien plus riche. Renvoyant dos-à-dos 'choc' et 'dialogue', Charif parle de mélange, de métissage et d’acculturation :Selon l’une des définitions les plus efficaces, l’acculturation serait ce processus d’enrichissement, d’aménagement et de réorganisation d’une culture lorsqu’elle entre en contact avec une autre. Mais, plus précisément peut-être, l’acculturation est ce qui permet à des groupes restreints ou minoritaires de s’intégrer dans des ensembles plus vastes ou plus puissant sans perdre leurs caractéristiques culturelles ni leurs particularités. (…)Le 16 juin 2007, Salman Rushdie est fait chevalier par la reine Elizabeth II. L’anoblissement de Rushdie provoque des manifestations de protestations en Malaisie et au Pakistan.
Si l’on accepte ce qui précède, on est forcément amené à constater que le monde d’aujourd’hui est tout entier construit sur le métissage et l’acculturation. Lorsque le métissage réussi, il produit des modèles de comportements nouveaux. Mais lorsqu’il est raté, il aboutit à des hybridations et à des phénomènes aberrants et non maîtrisés, ou à la disparation des composantes culturelles locales et traditionnelles. Il est évident par exemple que certains des problèmes les plus graves que vit le monde aujourd’hui, notamment le retour des intégrismes et des replis identitaires, sont le résultat de processus d’acculturation mal engagés et mal vécus.
We have awarded this title in reply to Britain's decision to knight blasphemer Rushdie. If a blasphemer can be given the title 'Sir' by the West despite the fact he's hurt the feelings of Muslims, then a mujahid who has been fighting for Islam against the Russians, Americans and British must be given the lofty title of Islam, Saifullah. (sic)Le malentendu est total ! Et le clash, comme le décrit si bien Charif, n’a lieu ni entre les civilisations ni entre les cultures ni même entre les nations, mais bien entre les fanatiques excités partisans d’une pureté imaginée comme Ousama Ben Laden, et les patients artisans de l'impureté et du métissage comme Salman Rushdie.
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13:08
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« Le Mashreq implose » m’écrivait récemment mon professeur dans un long mail, dur mais tristement réaliste. Effectivement, je ne vois pas comment décrire la région autrement que comme une implosion généralisée complètement métastasée :
- Au Liban ; la poursuite des combats entre l’armée libanaise et Fatah el Islam à Nahr el Bared dont le projet était, semble-t-il, de proclamer un Emirat Islamique dans le Nord du Liban ; l’assassinat d’un troisième député de l’actuelle majorité parlementaire Walid Eido après Gebran Tueini et Pierre Gemayel.
- En Irak la reprise de la « guerre des mosquées » dont l’unique but est la relance des massacres entre sunnites et chiites; je lisais récemment à ce sujet que les différents quartiers de Bagdad était presque complètement « nettoyés », à l’image de ceux de Beyrouth au début des années 1980, et que chiites et sunnites ne se partageaient plus ni les rues, ni les marchés, ni les boutiques ; dans le Nord du pays les menaces turques d’une nouvelle guerre contre les Kurdes du PKK supposément réfugiés dans le Kurdistan irakien.
- En Palestine enfin, où le Hamas prend, le 15 juin, le contrôle total de la bande de Gaza évinçant par la force le Fatah et créant de fait deux Palestines.
Dans un article publié le 16 juin dans le journal Al Hayat, le journaliste libanais Salim Nassar pose la question suivante :
"Le Hamas proclamera-t-il un mini-Etat palestinien dans la bande de Gaza?"
J’en traduis ici les extraits suivants :
Malgré touts les appels au calme et toutes les tentatives de réconciliation, les branches armées des partis imposent leurs méthodes à leurs dirigeants et forcent ces derniers à opter pour la solution militaire. En prenant le contrôle des 350 km² de la bande de Gaza, le Hamas jette les fondations d’un mini-Etat palestinien et crée les conditions de l’ouverture d’un dialogue avec Israël. (…)
La division des responsabilités du gouvernement d’union nationale entre la Cisjordanie et la bande Gaza a confirmé la cristallisation d’une nouvelle identité palestinienne dans cette dernière. Cette nouvelle identité gazaouie s’appuie sur la résurgence de l’ancienne division entre les palestiniens de l’intérieur et ceux de la diaspora [revenus à la suite des accords d’Oslo]. (…)
A la question de la potentielle reconnaissance d’Israël par le Hamas, Ismaïl Haniyeh répond qu’il « résoudra ce problème » lorsqu’Israël aura proclamé ses frontières définitives. (…) Par ailleurs, la direction du Hamas, à Gaza et Damas (Khaled Mishal), pourrait adopter la Déclaration d’Independence de la conférence d’Alger de 1988 qui implique « l’établissement d’un Etat palestinien dans la bande de Gaza et en Cisjordanie occupées depuis 1967 ». Enfin, Shimon Peres, récemment élu président d’Israël, encouragerait Washington à accepter le fait accompli, car il supporterait l’idée de la création d’un Etat palestinien dans la bande de Gaza. (…)
La survie de Mahmoud Abbas au pouvoir devient aujourd’hui embarrassante tant pour lui que pour ces ministres. Sa démission serait la seule sortie honorable suite à l’effondrement don son appareil sécuritaire. Il serait encore supporté par Washington car sa démission enterrerait à jamais les espoirs de création d’un Etat palestinien pro-occidental. Des observateurs voient, d’ailleurs, dans la victoire du Hamas la fin de la première Autorité Palestinienne fondée par Yasser Arafat. (…) Ainsi la bataille de Gaza inaugure une phase de transition qui va voir le pôle du pouvoir glisser de Ramallah vers Gaza et la nouvelle Autorité Palestinienne basculer de l’axe Etats-Unis-Europe-Israël vers l’axe syro-iranien. (…)
Après l'effondrement du rêve de Yasser Arafat de fonder UN Etat binational sur toute la Palestine historique, suivi de l'échec de la solution à DEUX Etats d'Oslo et de la Feuille de Route mort-née, on se dirige aujourd'hui vers une situation de fait à TROIS Etats ! Deux Palestiniens et un Israélien...
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Camille
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14:59
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Aujourd'hui ça fait un an que je suis à Abu Dhabi.
Un peu plus d'un mois après mon arrivée dans le Golfe, la première guerre de l'après guerre éclatait dans le sud du Liban avant de s'étendre à tout le pays. Aujourd'hui la deuxième guerre de l'après guerre fait rage dans le nord.
Il y a un an j'arrivais, un peu perdu, dans ce pays des Emirats. Je découvrais ce modèle de petro-surdéveloppement tenu d'une main de fer. Je débarquais là après cinq mois d'errance dans les différentes strates de la nuit beyrouthine mais surtout après neuf ans d'une longue promenade, à cheval sur les XXe et XXIe siècles, dans les rues de Paris. Il y a un an, je découvrais donc, dans la fièvre de la coupe du monde de football de 2006, ce pays de castes où des groupes nationaux et socioprofessionnels vivent en parallèle, sans jamais se croiser, dans une sorte de soft-apartheid.
Je traine aujourd'hui dans les malls dont j'ai toujours pensé qu'ils détruisaient le mode de vie urbain de nos villes organiques. Mais les villes ici n'ont rien d'organique et si les rez-de-chaussée d'Abu Dhabi proposent une certaine urbanité, à Dubai, Deira et Bur Dubai sont les seuls quartiers qui ont quelque chose d'urbain à proposer. Les week-ends je dine dans des hôtels qui ressemblent à des cités sous les palmiers. Dans leurs halls parfumés, ici une harpiste, là une violoniste qui accompagne une pianiste. Il parait que ces musiciennes sont très cher payées et sont directement embauchées par les gérants des hôtels des Emirats à leur sortie des conservatoires d'Europe de l'Est.
Un an, donc, de dolce vita sous le soleil du Khalij. Un an et deux guerres. La première détruisait violemment mes espoirs en même temps qu'elle détruisait méthodiquement mon pays. Aujourd'hui j'ai l'impression d'avoir enfin intégré l'idée que le Liban est à nouveau entré - depuis le 14 février 2005 - dans une phase de troubles durant laquelle il va devoir se battre sur plusieurs fronts pour conserver et consolider son intégrité et son indépendance fraichement acquise.
Depuis ce 14 février de 2005, chaque coup porté au Liban, plutôt que de faire resurgir ses vieux démons n'a fait que renforcer sa souveraineté. Ainsi, et sans rentrer dans les détails:
- l'assassinat de Rafiq Hariri en 2005 a provoqué un élan populaire multiconfessionnel (à défaut d'être a-confessionnel) qui a rendu aux libanais le sentiment d'être un peuple et surtout le sentiment de reprendre en main leur destin;
- La guerre de l'été 2006 à ouvert la voie à un new deal au Sud-Liban où l'armée à repris position après une trentaine d'années d'absence;
- La guerre de l'été 2007, a déjà eu pour effet de créer un consensus national autour de l'armée, dernière institution de l'Etat libanais qui fonctionne encore. Il faut enfin espérer que de cette nouvelle guerre naisse un deuxième new deal dans les camps palestiniens.
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13:43
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Il y a quelques jours, ma grand-mère a quitté cet appartement beyrouthin, au troisième étage de l'immeuble Panayot, rue Abd el Wahhab el Englizi, qu'elle habitait depuis quelques 50 ans.
La bâtisse jaune aux proportions rassurantes est assise quelques mètres en retrait de la rue Abd el Wahhab comme un témoin mastoc et harmonieux de cette époque où Beyrouth rentrait dans la modernité. Je me souviendrai longtemps de ces deux terrasses en pommettes surélevées qui lui donnent cette allure altière et cette supériorité discrète qui la démarque des quelques autres bâtisses de la rue datant de la même époque et qui résistent encore à l’avidité des promoteurs immobiliers; je me souviendrai de ce jardin touffu, petite jungle blottie derrière ses murs jaunes; de son ascenseur grillagé ouvert sur l'obscurité de la cage d'escalier qui défile verticalement; des ces hautes marches parsemées de scintillements comme des milliers de paillettes que l'on empruntait lors des fréquentes pannes de courant avant l'installation du grand générateur sur le toit; de ce toit sur lequel le soleil tape impitoyablement, de ce toit battu par les pluies, de ce toit où l'on mettait parfois le chien; je me souviendrai des réveillons passés sous ces hauts plafonds, de ces portes coulissantes dont une des vitres est marquée de l'étoile familière que laisse le passage d'un éclat d'obus; je me souviendrai des plantes grasses sur les balcons étroits; je me souviendrai de la lucarne de l'unique salle de bain de ce vaste appartement par laquelle on peut voir la tour Rizk; je me souviendrai de cette ombre blanche venue d'Assouan déambulant dans ces grands halls; je me souviendrai de la toute proche mosquée Baydoun – unique mosquée d’Ashrafieh – dont le muezzin remplissait, certains rares dimanche familiaux, la salle à manger de sa prière; je me souviendrai des réceptions, des ambassadeurs, des longues parties de cartes et de la fumée des cigarettes...
Il y a quelques jours, ma grand-mère a quitté cet appartement qu'elle a habité durant un demi siècle.
Dans un tiroir réfractaire qu’on avait, semble-t-il, depuis longtemps renoncé à ouvrir, on trouve cette caricature de mon grand-père. Je me souviendrai de cet homme, de son humour... de son parfum – homonyme – dont, adolescent, je me parfumais en secret.
Bientôt cette bâtisse des années 1920 sera détruite – transformée – par un promoteur immobilier. Un mode de vie qui disparait, une culture que l'on aplani, un métissage que l'on dé-métisse, une histoire que l'on ne racontera plus, une bibliothèque que l'on brule...
Avec la destruction de l'immeuble Panayot, Beyrouth fait un pas de plus dans sa lente et méthodique marche vers la barbarie.
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En 1791, les Bani Yas, tribu de l’est de la péninsule Arabique, découvrent une source d’eau fraîche dans le désert. Ils se sédentarisent dans l’oasis et y fondent une colonie qu’ils appèleront: La Source (Al Ain). De la semi-sédentarisation des Bani Yas, bédouins pêcheurs de perles, naîtra une organisation politique qui deviendra l’Emirat d’Abu Dhabi.
En 1791, le conseil révolutionnaire se réunit à Paris. Il décide la nationalisation des collections royales et la transformation du palais du Louvre en musée national. L’Etat français, moderne et républicain, en est à ses premiers balbutiements.
Plus de deux siècles plus tard, en 2007, l’Etat français vend aux émirs d’Abu Dhabi, pour un milliard de dollars, le nom du Louvre et le droit de louer les oeuvres du prestigieux musée pour des périodes de deux ans. L’architecte Jean Nouvel sera chargé de dessiner le nouveau Louvre d’Abu Dhabi. Des artistes et intellectuels français expriment leur désaccord avec la commercialisation de la "marque" Louvre et mettent en garde contre les risques encourus lors du transport des oeuvres. Ils créent un site internet (latribunedelart.com) aussitôt interdit par la censure des Emirats Arabes Unis. Censure qui évoquera la supposée incompatibilité du site avec les « valeurs religieuses, culturelles, politiques et morales des Emirats Arabes Unis ». Il existe dans ce pays un Index Weborum Prohibitorum dans la plus pure tradition de l’institution de l’église catholique romaine qui a listé de 1571 à 1966 dans son Index Librorum Prohibitorum des milliers de livres que « les catholiques romains n'étaient pas autorisés à lire ». Il existe donc un index des sites internet que les résidents des Emirats Arabes Unis ne sont pas autorisés à lire. (Pour mémoire relire Nadche : From UAE to Mazen et From Mazen to UAE)
Une autre grande institution française s’est récemment installée aux Emirats. Le 8 octobre 2006 la Sorbonne ouvre à Abu Dhabi son premier campus hors de France. Elle y dispensera entre autres, des cours de philosophie et de sociologie, d’histoire, de géographie, de littérature et de civilisation. Sur le site internet officiel de la prestigieuse université française (paris-sorbonne-abudhabi.ae), on trouve un texte introductif sur les Emirats Arabes Unis. Ce texte s’ouvre sur une affirmation qui a retenu mon attention :
« Les Emirats Arabes Unis sont une nation moderne et progressiste (…) » (sic).
On peut donc être « moderne et progressiste » tout en limitant considérablement la liberté d’expression… Messieurs les professeurs d’histoire, de sociologie, de philosophie ou d’éthique, vous qui enseignez ces sciences humaines à Abu Dhabi, pourriez vous nous donner une définition de la modernité et du progrès, et nous dire comment la Sorbonne a choisi les adjectifs « moderne » et « progressiste » pour qualifier les Emirats Arabes Unis et comment elle en est arrivé à les préférer aux adjectifs « riche » et « conservateur » ? La Sorbonne confondrait-elle modernité technique et modernité sociale de même que progrès technique et progressisme ou progrès social ?
Pour l’anecdote (et selon le TimeOut Dubai du 8 mars 2007), le Grand Mufti de Dubaï aurait annoncé qu’envoyer trois fois un sms contenant le texte « Talaq » (divorce) à sa femme serait dorénavant une manière acceptable de mettre fin à un mariage.
Quel progrès ! Vous en conviendrez Messieurs les professeurs de la Sorbonne...
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10:38
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Un bouchon de liège qui flotte sur l’océan, ballotté par des tempêtes violentes, transporté par des courants sur des milliers de kilomètres, s’échouant sur les rivages improbables d’une île peuplée d’animaux insolites ou dans les eaux saumâtres et polluées de la rade d’un grand port industriel, somnolant d’ennui, des semaines durant, dans des eaux plates et calmes chauffées par un soleil de plomb jusqu’à ce que la houle le violente à nouveau… Un bouchon de liège ballotté par les flots, emporté par ci, par là, au gré des vents et des courants… voilà ce que nous sommes.
Vers 5 ou 6 ans, j’arrête de croire au Père Noël ; environ deux ans plus tard, j’arrête de croire en Dieu ; il me faut quelques années encore pour abandonner l’idée qu’il existe, quelque part, écrites dans un grand livre, les grandes lignes de notre existence : notre destin ; vers 30 ans, enfin, je renonce à l’idée que l’on a quelque prise que ce soit sur notre existence, ainsi, la force de la volonté, la persévérance et le travail viennent s'ajouter aux mensonges qu'ont été le Père Noël, Dieu et le destin. C’est alors que j’ai commencé à me sentir seul et à m’identifier à ce bouchon de liège ballotté par l’océan. Bouchon qui peut tout au plus influencer son parcours par des décisions ponctuelles mais sans jamais savoir dans quel sens.
C’est aussi à peu près à cette période que je (re)découvre ce mot du dialecte libanais : Stroobia. Je ne crois pas que ce soit à l'origine un mot arabe, et je ne sais pas s’il existe dans d’autres dialectes arabes, je ne sais pas non plus s’il est pareillement connu dans toutes les régions du Liban. Toujours est-il que pour ceux qui le connaissent, stroobia est d’abord une exclamation. Grammaticalement ce mot tient plus de l’adverbe que du nom ou de l’adjectif. Il est emprunt d’une touche d’humour et d’une certaine ironie. Il n'est pas neutre comme la notion de hasard et correspond à plus qu'une simple coïncidence. Il est chargé d'une valeur positive, active, il fait référence a un évenement, pas seulement à un état des choses.
Un autre mot arabe, beaucoup moins drôle, beaucoup plus sérieux est l’inconciliable contraire de stroobia, c’est maktoob. Ces deux antonymes mutuellement exclusifs se disputent avec acharnement l’explication des événements constitutifs de nos vies depuis le big bang – événement originel – jusqu’à l’événement lambda qui vient de se produire. Stroobia et maktoob sont donc deux explications de la marche du monde, deux visions des choses, deux philosophies, et je suis un ferme partisan de la première.
Je suis convaincu que c’est stroobia qu’un bouchon est jeté à la mer, qu’il se retrouve ici ou là, embarqué dans une tempête ou échoué parmi les ordures sur une plage de Méditerranée. Je suis convaincu que c’est stroobia que l’on naît, stroobia qu’on se retrouve à Paris ou à Abu Dhabi, qu’on rencontre telle personne, qu’on se fait tel ami, stroobia qu’on devient qui on est et, ultime ironie, stroobia qu’un jour on meurt. Je suis convaincu que rien n’est écrit et que tout ce que l’on tente d’écrire n’est que vaine tentative de mettre de l’ordre dans l'inextricable chaos des événements.
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Si cela fait plus d’un mois que je n’ai rien écrit, c’est pour ne pas avoir à parler de Hassan Nasrallah, de son entêtement à confondre les priorités et à faire passer les intérêts de ses alliés régionaux avant ceux de son pays ; c’est pour ne pas avoir a parler de Nabih Berry dont l’estime que lui a un jour porté quelqu’un pour qui j’en ai beaucoup, s’estompe au fur et à mesure qu’il ne prend pas les vraies décisions nationales qu’on pourrait attendre de lui ; c’est pour ne pas avoir à parler de Michel Aoun dont l’égoïsme et la mégalomanie présidentielle poussent à faire passer sa petite personne étriquée avant l’intérêt bien compris de son pays. Et qu’on n’aille pas me dire que donner un coup de grâce à une économie déjà à genoux et jeter de l’huile sur le feu des tensions sectaires déjà extrêmes n’est pas la pire chose qui puisse arriver au Liban.
Tu pousses le bouchon un peu trop loin Michel… avec ton يا شعبَ لبنان العظيم tu es pathétique ! Mais regarde toi… tu n’es ni De Gaulle, ni Napoléon, tu es un petit général qui rêve d’être le président d’un petit pays dont tout le monde se fout, autant Georges Bush que Khamenei, que Ségolène Royal… et ce peuple libanais, hétéroclite, génial et dynamique, avec un sens de l’humour explosif et une créativité débridée, il n’a rien de ‘3azim’… fous lui la paix… حلّ عنُّه… laisse le faire son boulot, ses affaires, laisse le vendre ses tomates, ses concombres, laisse le monter sur les planches jouer des pièces de théâtre hilarantes et pointues, laisse le faire des photos pour ensuite les exposer dans des salles alternatives, laisse le importer, exporter, créer, voyager, laisse le rêver… c’est là que réside le vrai progrès. Fous lui la paix, rentre chez toi, profite de tes vieux jours de vieux général qui a déjà assez foutu la merde comme ca ! Va te coucher, Michel… va te coucher !
Si cela fait plus d’un mois que je n’ai pas écrit c’est évidement pour ne pas avoir à prendre ouvertement et violement parti dans cette guerre civile que l’opposition a consciemment et volontairement enclenchée… oui, j’ai bien utilisé le mot guerre civile, et je prie, et j’espère que cette guerre restera… civile. Parce que, le jour où elle deviendra incivile – pour reprendre le mot de mon autre professeur dont je ne peux qu’imaginer la profonde tristesse qu’il ressent devant sa télé (mais la regarde-t-il encore ?) – alors je me tairai pour de bon et attendrai que passe la folie des hommes.
Si cela fait plus d’un mois que je n’ai rien écrit c’est pour ne pas avoir à prendre parti… mais voila… c’est fait… tant pis…
Et si j’écris de nouveau aujourd’hui, ce n’est pas pour prendre parti – même s’il m’était impossible de ne pas le faire – mais seulement pour dire combien 24h+1h à Lille peuvent transformer un sourire, se glisser quotidiennement dans des mails… et faire rêver, rêver, rêver…
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Ce mois de Ramadan à Abu Dhabi a étouffé l’inspiration... Je n'ai plus rien à écrire et ce petit post est une tentative désepérée. Ce mois de jeûne, de privation, de réflexion, d’introspection, de fête aussi, je l’ai vécu comme un long mois d’ennui durant lequel j’entendais au loin le sourd bourdonnement du monde à travers une épaisse ouate de piété et de bigoterie. Vaguement, à l’est, j’ai entendu une explosion qui a fait trembler la terre et qui nous a rappellé qu’aucune sanction n’empêchera l’Iran de rejoindre le club de moins en moins fermé des puissances nucléaires. Bien plus aiguë est la nouvelle de l’assassinat d’Anna Politkovskaïa. Pourquoi n’avais-je jamais entendu parler d’elle avant sa mort ? C’est avec une certaine culpabilité que je lis des traductions d’extraits de ses articles. En lisant ses textes pointus et accusateurs, je ne peux m’empêcher de me demander combien de gens n’ont découvert Samir Kassir et ses combats qu’après son assassinat… Anna, Samir, mon mépris, c’est déjà trop accorder aux salauds qui vous ont assassinés…
Le 17 octobre, in extremis, je trouve une place dans un avion pour Beyrouth. Le 20 au matin je découvre ébloui, par le hublot de mon avion, l’asphalte brillant de la Banlieue sud de Beyrouth; il pleut! C’est la première d’une multitude d’émotions qui vont me submerger durant ces quatre jours à Beyrouth… des émotions qui seront parfois difficile à contenir… des émotions de toutes sortes déclenchées par toutes sortes de micro-événements… quelques gouttes de pluie suivies d’un grand soleil suivi d’un gros nuage… cette variété qui tranche avec la monotonie du climat du golfe, déclanche à elle seule des vagues d’humeurs contradictoires… La bière de l’amitié bue et rebue dans un club social ou se déchaîne un nouveau gouvernement qui me rappelle que Beyrouth n’a pas oublié que créer est le secret de la survie… Un sourire croisé dans l’obscurité fébrile de Jemmeyzeh, un sourire qui évoque le tourbillon des aventures d’avant la guerre, de ce voyage au cœur vibrant de Beyrouth, un sourire perdu… Un manuscrit remis en main propre comme un ultime gage de confiance, d’estime, d’amitié… un SMS reçu à deux heures du matin qui demande si on s’aimera toujours… et la guerre... la guerre dont les stigmates se retrouvent dans toutes les conversations, au détour des phrases qui commencent souvent par: avant la guerre, pendent la guerre, depuis la guerre ou après la guerre… Le Torino - tout un symbole - transformé en bar de province où des ploucs aux nuques tatouées de croix se frottent à des soldats du contingent français de la FINUL venus en treillis regarder les cuisses des libanaises. Le Torino transformé en bar à soldats en permission revenus d’un hypothétique front… le Torino est déserté par les dilettantes… où sont passés les dilettantes, forces vives de la nuit Beyrouthine ?
De retour à Abu Dhabi je ramène avec moi un dérèglement émotionnel, la fierté de savoir que Beyrouth, comme toujours, se relève, quelques livres et un pot de confiture de cerises.
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10:31
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Hier après-midi, à ma sortie d’une salle obscure d’Abu Dhabi dans laquelle j’ai subit 90 minutes d’un navet de plus, j’ai été surpris par la brise marine qui commence à se rafraîchir considérablement. A ma sortie de cette salle obscure, cette brise nouvelle a brusquement réveillé en moi un sentiment de liberté. Sans y penser, au lieu de longer l’avenue dans l’attente d’un taxi à prendre en direction d’un autre intérieur climatisé, je me suis surpris entrain de prendre une ruelle au détour du cinéma dont je venais de sortir. J’ai eu l’impression de transgresser une convention. Je n’ai pas décidé de prendre cette ruelle, c’est elle qui m’a pris… j’ai marché d’abord quelques mètres… la brise marine est tiède, il est agréable de marcher, même en plein soleil. L’automne vient de lever une chape, il est maintenant possible de se promener, de flâner dans la ville. La ruelle me dévoile une vie au rez-de-chaussée des tours d’Abu Dhabi. Il y a des boutiques ouvertes, de vieilles drogueries qui vendent toutes sortes de poudres et d’épices odorantes dans des bocaux exposés dans des vitrines surchargées, des vendeurs de bric-à-brac venus d’Inde, des couples de philippins qui se promènent main dans la main, des banc publics sur lesquels sont assis des pakistanais en shalwar qamis qui profitent de la brise nouvelle, des bandes de gazon sur lesquelles s’assoupissent quelques lecteurs de Coran.
Abu Dhabi est une île d’une vingtaine de kilomètres de long quadrillée par de larges avenues impersonnelles. Les avenues forment des îlots, carrés pour la plus part, qui concentrent la vie de rez-de-chaussée. Je suis décidé à découvrir ces rez-de-chaussée, je suis sûr qu’ils me réservent des surprises… Le soir même, je cours au Carrefour du Marina Mall et j’achète un Canon PowerShot A719 IS. Ce blog a enfin des yeux, je vais pouvoir y poster mes photos ! Maintenant que les grosses chaleurs qui confinent les habitants du Golfe dans des intérieurs feutrés et climatisés sont passées je vais pouvoir aller à la découverte d’Abu Dhabi. Je vais me promener dans ces carrés entourés de grandes avenues et qui concentrent la vie urbaine.
Abu Dhabi sur Google Earth quadrillé par moi-même
Ce matin en sortant de chez moi pour enfin dialoguer avec Abu Dhabi, me balader dans ses îlots carrés, je prends mon Canon bien décidé à aller à la découverte de ses rez-de-chaussée. Mais je découvre qu’une nouvelle chape vient de s’abattre sur la ville, une nouvelle chape qui va à nouveau nous confiner dans les intérieurs pendant un mois de plus. En effet, hier soir, le comité d’observation du croissant de Ramadan, a vu le croissant de lune et annoncé le début du mois de jeûne, un jour plus tôt que prévu. Il paraît que les bars, les restaurants, les boîtes de nuits ont dû aussitôt, éteindre la musique, retirer les bouteilles des tables, et inviter leurs clients qui profitaient de la brise nouvelle à quitter les terrasses pour se réfugier derrière d’épais rideaux.
Abu Dhabi ne se sera entrouvert que l’espace d’une après midi. Rendez-vous dans un mois... après un long jeûne.
A part ça ?
Sur le discours de Ratzinger… Rien ! Sinon que j’appelle l’armée italienne laïque et républicaine à envahir le Vatican.
Sur le discours de Hassan Nasrallah… Rien ! Sinon qu’il avait annoncé une rupture et que je n’en vois aucune.
Sur Ehud Olmert qui loue la sagesse du roi Abdallah d’Arabie… Rien ! Sinon que c’est too late too little.
Sur la mort présumée d’Ousama Ben Laden à la suite d’une crise aiguë de typhoïde… Rien !
Voilà… Ramadan Karim !
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Avant d’être un genre musical, un style de vie, un mot-poubelle, un concept trivial synonyme de « cool » le groove est un moment. Ce moment précis où en jazz, blues ou RnB, l’improvisation prend une dimension autre, où la musique entre en résonance avec un autre parallèle. Ce moment où la musique, le musicien et l’auditeur forment un tout solidaire différent de la somme de ses parties. C’est une sorte de moment parallèle dans lequel rentrent le musicien et son auditoire. De tels moments se retrouvent dans le tarab, dans la musique classique européenne et orientale et dans tant d’autres genres. C’est un peu comme une réaction chimique ou, pour être plus ésotérique, une sorte de transe comparable à celle qui transporte les soufis dans leurs incantations répétitives. Ils entrent en contact avec Dieu… ils sont dans leur groove. Je me souviens d’un moment du concerto pour violon de Max Bruch qui m’a souvent donné la chair de poule, de même que de longs moments du Hamd magistralement mené par Nusrat Fateh Ali Khan au Théâtre de la Ville, ou de quelques secondes d’un flamenco inattendu dans un bar de Madrid. Le groove du jazz est le duende du flamenco et la transe du soufi. Je me souviens aussi de ce moment, au Museo Reina Sofia à Madrid, où, après avoir reculé de deux pas pour mieux le voir dans sa totalité, j’ai été terrassé pendant plusieurs longues secondes par le très groovy Guernica de Picasso.
D’après García Lorca tous les arts et tous les pays sont capables de duende. Le groove est donc universel. Le groove est un moment, mais c’est aussi un sentiment, un sentiment de résonance. Dans sa Teoría y juego del duende, Lorca décrit ainsi le duende qui, pour lui, n’a rien à voir avec le talent ou la technique mais est simplement une capacité à entrer en résonance :
Para buscar al duende no hay mapa ni ejercicio. Solo se sabe que quema la sangre como un tópico de vidrios, que agota, que rechaza toda la dulce geometría aprendida, que rompe los estilos, que hace que Goya, maestro en los grises, en los platas y en los rosas de la mejor pintura inglesa, pinte con las rodillas y los puños con horribles negros de betún; o que desnuda a Mosén Cinto Verdaguer con el frío de los Pirineos, o lleva a Jorge Manrique a esperar a la muerte en el páramo de Ocaña, o viste con un traje verde de saltimbanqui el cuerpo delicado de Rimbaud, o pone ojos de pez muerto al conde Lautréamont en la madrugada del boulevard. (...)Le groove dépasse le domaine de l’art. Une ville, un lieu, une situation peuvent, à un momment donné, être groovy. C’est-à-dire qu’ils transcendent leur condition matérielle, qu’ils entrent en résonnance. Je me souviens de certains soirs où, à une certaine heure, le Torino se transforme en un groove intense. Je me souviens de certains autres où c’est Beyrouth toute entière qui se met à vibrer. Une relation avec une personne peut prendre des accents de duende ou de groove – les deux mots sont pour moi équivalents – je crois que dans ce cas, on se rapporche d’une forme d’amour...
El duende opera sobre el cuerpo de la bailarina como el aire sobre la arena. Convierte con mágico poder una muchacha en paralítica de la luna, o llena de rubores adolescentes a un viejo roto que pide limosna por las tiendas de vino, da con una cabellera olor de puerto nocturno, y en todo momento opera sobre los brazos con expresiones que son madres de la danza de todos los tiempos. Pero imposible repetirse nunca, esto es muy interesante de subrayar. El duende no se repite, como no se repiten las formas del mar en la borrasca.
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Un jour de 1989. Le siège d’Achrafieh par l’armée de Michel Aoun. La Guerre du Liban atteint des sommets d’absurdité. Les bombes tombent aveuglément, c’est le déluge. Nous sommes à milles lieues de nous douter que la guerre entre dans sa dernière année. Nous sommes dans un grand salon au rez-de-chaussée d’un vieil immeuble de Tabaris – la guerre nous avait jetés là, je suppose.
Au même moment, très loin, dans ce qui pourrait être un autre monde, une autre guerre, bien plus longue, bien plus cruelle, fait rage en Afghanistan. Les moudjahidines armés par les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite et le Pakistan font subir d’énormes pertes à l’occupant soviétique. Le 15 février 1989, après 9 ans d’occupation le dernier soldat de l’armée rouge quitte l’Afghanistan. Cette défaite sera un prélude à l’effondrement de l’URSS.
Un jour de 1990. Dans ce salon, à Tabaris, on m’annonce la chute de l’URSS. C’est le deuxième grand bouleversement planétaire de mon existence. Le premier c’est la révolution islamique en Iran, j’avais 3 ans, le troisième c’est le 11 septembre, j’en avais 25.
Octobre 1990. La Syrie a perdu son puissant parrain soviétique, mais loin d’être à court de ressources, le brillant politique qu’est Hafez el Assad tourne à son avantage l’erreur fatale de son frère ennemi Saddam Hussein qui décide d’envahir le Koweït. L’Arabie Saoudite tremble, la special relationship qui existe entre le Royaume Magique et les Etats-Unis prend effet. Les USA menés par Bush père – alors que fils est aux Alcooliques Anonymes – entrent en guerre contre l’Iraq pour libérer le Koweït. Assad père troque le Liban contre une participation symbolique à la coalition anti-Saddam. La Syrie gagne ainsi la Guerre du Liban, la pax syriana durera 15 ans. Saddam Hussein et Michel Aoun perdent la guerre, l’un est mis au régime pétrole contre nourriture l’autre est envoyé en exil à Marseille puis à Paris.
Juin 1991. La Slovénie et la Croatie déclarent leurs indépendances. Elles sont suivies par la Macédoine et la Bosnie-Herzégovine en janvier et avril 1992. L’URSS, dans sa chute, déclanche une nouvelle guerre dans les Balkans. La Yougoslavie que je traversais paisiblement en bus quatre ans plus tôt, implose. Sarajevo vivra dans les années 1990 ce que Beyrouth a vécu dans les années 1980.
Mars 1999. Les forces de l’OTAN bombardent Belgrade pour arrêter le massacre systématique des albanais du Kosovo par Milosevic. Les frappes de l’OTAN se concentrent d’abord sur des positions militaires Serbes et, les jours passant, s’étendent progressivement à toutes sortes d’infrastructures. L’OTAN bombarde des ponts, des usines, des raffineries et des centrales électriques. Le monde entier supportait ces frappes. En mars 1999 j’étais à Paris, je me souviens avoir manifesté contre les frappes aériennes sur Belgrade. Idéaliste, je pensais que tout pouvait se régler par le dialogue. Je le pense toujours… à condition d’avoir à faire à quelqu’un qui veuille bien dialoguer. Bref, je manifestais à Paris avec les anti-frappes. A part les pacifistes idéalistes dont j’étais, le monde entier soutenait les frappes. Le monde entier sauf quelques orthodoxes fanatiques en Grèce, quelques communistes nostalgiques en Russie et… Ariel Sharon. Alors ministre de la construction et du logement, Sharon faisait construire des milliers d’appartements pour absorber les vagues d’immigrations russophones en provenance de l’ex-URSS. Autrement dit, il importait son futur électorat de Russie. Ariel Sharon, donc, aura une phrase qui passera complètement inaperçue ; il dira s’opposer aux frappes de l’OTAN contre Milosevic parce qu’il n’exclut pas de se retrouver un jour dans la même position que lui. le sort voudra qu’en juillet 2006 ce soit son successeur, Ehud Olmert, qui jette un million de libanais sur les routes et détruise leurs maisons, alors que Sharon dort paisiblement sur sont lit d’hôpital et, probablement, de mort.
L’URSS s’effondre, la Guerre du Liban se termine, la guerre éclate en Yougoslavie. Pendant ce temps, l’interminable guerre d’Afghanistan continue de battre la cadence et prépare le monde à de nouveaux bouleversements. Après le retrait des troupes soviétiques en 1989, il faudra trois ans de plus aux moudjahidines pour faire tomber l’Etat Afghan, satellite soviétique. Ils se feront ensuite la guerre dite civile – ce sera l’épisode le plus noir pour beaucoup d’afghans – pendant deux ans. A partir de 1995 ils se battront contre les Talibans qui prennent Kaboul le 27 septembre 1996. Ces derniers seront soufflés en 2001 par le dernier bombardement de Kaboul en date. La guerre de Georges Bush contre la terreur a commencé. Kaboul, encore une fois, bat la cadence de l’histoire du monde. Lorsque, six ans plus tard, je me promènerai dans ses rues ceux qui ont pris le terrible nom de « Seigneurs de la Guerre » rouleront dans la ville dans de gigantesques 4X4 et seront élus au parlement. Dans les rues de Kaboul il y aura aussi des convois de Hummers Américains qui traverseront la ville à grande vitesse. Il y aura aussi l’ombre du régime anarcho-religieux des Talibans, renversé par ses mêmes américains. Moi, tout ce que je verrais, en me promenant dans les rues de Kaboul, c’est une intense poésie, une poésie brute. Si l’ennuyeux Monsieur Jourdain fait de la prose sans le savoir, les afghans eux, c’est de la poésie qu’ils font sans le savoir. Kaboul est la ville la plus poétique que je connaisse. La poésie est partout, dans une poule échappée du poulailler, dans un tournesol dont le jaune des pétales tranche avec le beige de tout le reste, dans la poussière qui se lève tous les après-midis et qui trempe la ville dans encore plus de beige, dans la tombe d’Ahmad Zahir, dans tous les ziarats qu’on trouve au coins des rues et sur lesquels flottent des morceaux de tissus, dans des milliers de petits détails qui font qu’une situation est poétique…
J’avais commencé à écrire ce texte pour dire combien j’étais contre le bombardement de Belgrade, contre le bombardement de Kaboul, contre le bombardement de Bagdad, chaque fois pour des raisons différentes… Et puis au gré d’une digression imprévue, je me suis perdu dans la poésie de Kaboul… et c’est tant mieux… je n’ai plus envie de parler de guerres ; de ces guerres qui partout prennent des noms différents, mais ne sont partout que les guerres des hommes. Aujourd’hui, alors que le sentiment qu’une nouvelle guerre se prépare au Moyen Orient ne me quitte pas, j’ai envie de penser à autre chose.
Jeudi je prend le plus long vol que j’ai jamais pris : Dubaï-New York en vol direct, puis Boston, dans l’Etat du Massachusetts, dans cette région des Etats-Unis qui porte le nom très colonial de Nouvelle Angleterre.
Je ne sais pas si, vendredi prochain, je pourrai poster mon texte, si j’y arrive ce sera de New York. Encore faut-il que j’aie le temps de l’écrire.
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Le 14 août, 8h. Le cauchemar se termine. Les premières minutes du cessé le feu sont respectées. Personne n’y croit vraiment. Les heures passent. Les sites internet qui annonçaient depuis plus d’un mois, minute par minute, les cibles, les morts, les petites phrases belliqueuses des uns et des autres se sont tus. Dernière dépêche : 8:00 entrée en vigueur du cessé le feu. Puis plus rien. Quoi, quoi ? Je clique je cherche, plus aucune nouvelle. Aucune petite phrase. Serait-ce possible ? Les F16, Katiouchas, Raads et autres Zalzals se seraient-il enfin tus ? Les heures, les jours qui vont suivre vont confirmer le cessé le feu. Il ne faut pourtant pas se leurrer, rien n’est réglé. Mais il y a des signes positifs dont le plus émouvant est l’envoi de l’Armée Libanaise au Sud après 40 ans d’absence. On commence à y croire.
Le 16 août. Un vent du sud-est, chargé des sables du Rob3 al Khali – Empty Quarter – a balayé les Emirats. La visibilité est descendue à moins de 200 mètres. Le vent de sable a retardé d’une bonne heure la brise marine qui se lève généralement vers midi et qui tempère les heures les plus chaudes des journées d’été. Vers une heure de l’après midi, par endroits, le mercure a flirté avec les 50 degrés. Golf News: “You have just survived the hottest day of the year.” De mes bureaux climatisés sur Hamdan, je n’ai rien remarqué. C’est dommage.
Le 17 août. Je suis frustré de ne pas pouvoir suivre la paix comme je suivais la guerre. Aucun site ne me tient au courant minute par minute des évolutions sur le terrain : Re-opening du Lila Brown, moral des gens, voitures dans les rues… Aujourd’hui deux vols passagers ont atterri à l’Aéroport de Beyrouth. Les vols réguliers reprennent avec le Golfe. Pendant ce long mois de guerre j’ai été en exil. La réouverture de l’aéroport refait de moi un expat. Durant ce long mois, plus que jamais, j’ai habité Beyrouth tout en vivant ailleurs. Abu Dhabi est passé au second plan. Tous mes sens, toutes mes pensées étaient tournés vers Beyrouth.
Aujourd’hui j’ai de l’espoir… mais cette semaine, je n’ai rien à écrire. Je suis un peu KO, comme tout le monde je suppose. Tout d’un coup, après ce mois où j’étais en fusion avec Beyrouth, je me sens loin, très loin, trop loin de ma ville. Je ne me sens pas à Abu Dhabi non plus. Je suis comme accroché dans une bulle qui flotte quelque part dans 100% d’humidité à 47,9 degrés. Avec moi dans la bulle il y a un peu d’espoir et un grand point d’interrogation. Et puis il y a cette question : qui a gagné la guerre ? The Economist s’empresse de proclamer Hassan Nasrallah vainqueur. Je crois qu’il est trop tôt pour trancher. Les semaines à venir vont être riches en rebondissements. Avec déjà une échéance : le 31 août l’Iran va devoir faire un choix quant à son programme nucléaire. Par ailleurs, je ne sais pas si le gouvernement Olmert va tenir le coup. Je vois venir des élections anticipées en Israël et un retour au pouvoir du Likoud avec Natanyahu pour seul maître à bord serait simplement catastrophique. La Syrie s’enlise dans des discours et des mises en scène d’un autre temps. Enfin, au Liban, il semble qu’un new deal va devoir s’instaurer avec l’envoi de l’armée au sud. En automne le Proche Orient sera encore différent. Encore un pas vers ce nouveau Proche Orient made in USA… comme mon professeur, j’ai peur d’avoir bientôt à regretter l’ancien.
Je croise les doigts… tout peut encore arriver.
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Novembre 2005. La saison – encore elle – n'a pas été excellente. Les festivals de l’été ont tourné au ralenti. En février, on assassine Rafiq Hariri… en mars tout le Liban est sur la Place des Martyrs devenue Place de la Liberté. Les libanais, impressionnés par la force que leur donne leur unité chassent, en avril, le dernier soldat syrien de leur pays. En juin on assassine Samir Kassir. On pose des bombes crapuleuses, par ci, par là, on les sème au petit bonheur dans les quartiers. On est en novembre 2005. On n’a pas encore assassiné Gebran Tueini. Les trois grands festivals du Liban (Beiteddine, Baalbek et Byblos) qui se livrent généralement une concurrence féroce, unissent leurs efforts et dans un élan de solidarité exceptionnelle réussissent à inviter à Beyrouth un géant de la pop anglaise : Phil Collins. Phil Collins, pour sa tournée d’adieux, dans une Beyrouth qui vient de retrouver sa liberté… tout un symbole. Le Liban fini de se relever… il se lève carrément. C’était le 5 novembre 2005, les libanais découvrent émerveillés la force que leur donne leur union… grâce à elle ils ont réussi à chasser l’armée syrienne et a faire venir Phil Collins à Beyrouth. 800 personnes, réunies au BIEL, attendent dans une excitation palpable, l’arrivée de la star anglaise… Phil Collins a du retard. La salle s’impatiente. Voila ! Les applaudissements fusent, le public se lève pour l’accueillir : Fouad Siniora est arrivé. Le peuple est derrière lui. Pendant tout le mémorable concert, il chantera. Il connaît les paroles de toutes les chansons de Phil Collins. Pendant les mois qui suivent, les libanais découvrent en Fouad Siniora un homme d’Etat de talent. Un homme qui chante avec Phil Collins le Liban relevé, le bonheur arabe, le message… le renouveau. Un homme qui chante et qui, quelques mois plus tard… pleurera.
Effectivement, huit mois plus tard, la Place de la Liberté redevient Place des Martyrs, et pire encore… Place des Cannons. Huit mois plus tard, après avoir chanté au concert de Phil Collins, Fouad Siniora pleure à la réunion des ministres arabes des affaires étrangères. Les larmes de Siniora font mal. Elles nous font mal par ce qu’elles font écho à nos larmes, celles qu’on verse sur l’espoir brisé. Celles que tous les matins je retiens, en lisant la presse… celles que parfois – souvent – comme lui, je ne retiens plus…
La guerre a bientôt un mois, elle a fait plus de 1000 morts dont beaucoup d’enfants. Quelle connerie ! Le plus terrible c’est la résignation qui nous gagne. Et quand la résignation pointe, c’est qu’ils sont entrain de gagner la guerre… ‘Eux’, c’est ceux qui la font. Une guerre est menée par ceux qui la font contre ceux qui ne la font pas. Quand la résignation s’installe chez ceux qui ne la font pas, ceux qui la font prennent l’avantage. Tout ce que je souhaite c’est qu’elle ne dure pas jusqu'à l’hiver. C’est terrible la guerre en hiver… je m’en souviens avec douleur… on confond le tonnerre des orages avec le bruit des bombes… je perd espoir. J’ai même pensé faire mon deuil. Mon deuil du Liban… comme d’un être cher – très cher – qu’on a perdu… et dont – la vie étant toujours la plus forte – on finit par se remettre… Je sais que je n’en avais pas le droit, mais j’ai quand même fait part de ces réflexions à mon amie sur MSN. Elle m’a dit : « pas encore… please Camille, pas encore »… oui Marina tu as raison… pas encore… Jamais même… merci !
A vous aussi, Monsieur le Premier Ministre… merci ! Merci d’être là, merci d’être à la hauteur, merci de résister, merci pour votre humanité, merci d’avoir chanté au concert de Phil Collins, merci d’avoir pleuré… Merci de tellement bien représenter ce Liban qui chante et pleure à la fois. Merci d’être un amoureux de Beyrouth comme votre ami qu’on a assassiné, comme votre camarade de toujours qu’on assassine et ré-assassine encore. Merci d’être un amoureux de Beyrouth comme Samir qu’on a assassiné… comme Samir qu’on assassine et ré-assassine encore.
Beyrouth… il y a quelques années je jetais dans un coin de mon vieil ordinateur ces quelques lignes à travers lesquelles je m’adressais à elle :
Beyrouth, jaune, grise, rose, bleue, orangée, ton urbanité particulière aura toujours ce doux parfum d’un orient timide et pourtant criard. Les pieds dans l’eau, la tête dans les étoiles, ton corps est meurtri par une histoire qu’on peut lire sur un mur ocre, au coin d’une rue, dans une odeur de jasmin, au hasard d’une maison déchirée, derrière une grille abritant un jardin touffu, sur un visage familier ou dans l’éternel clapotis des vagues qui viennent terminer leur course sur tes falaises calcaires. Le détail d’un sentiment apporté par le vent d’ouest, l’imperceptible variation de la couleur de tes murs qui annonce le début de l’après-midi, la prière du muezzin qui altère étrangement ta matière et des centaines d’autres minutes volées pourraient nous faire oublier l’inoubliable. Beyrouth la jaune, tu as connu l’homme, ses haines, ses amours, ses passions. Tu as vu tes fils se battre dans tes rues, se déchirer, te déchirer. Tu les as vu s’acharner cruellement comme des enfants sur un jouet. Tu t’es nourrie de leur folie, de leur sang. Tu les as vu grandir, tu les as vu mourir, tu les as vu souffrir et pleurer d’avoir perdu ce qu’ils avaient de plus cher. Aujourd’hui, comme une putain qui a vécu, tu es riche d’expériences et de sentiments contradictoires. Tu es pleine de souvenirs et regorge d’histoires à nous raconter. Mais, tu es fatiguée. Tu te relèves pourtant. Le sein lourd, la ride au front, le dos courbé… que tu es belle.
Si vous la croisez, l’oeil triste de celui qui sait, le genoux écorché du vieux que l’on a frappé, rendez lui ce sourire étrange, embrassez là si vous en avez le courage, aimez là si vous le pouvez ou vous la haïrez. Mais jamais, jamais pour elle ne ressentez la moindre pitié car elle a la fierté de ceux qui savent, de ceux qui sont debout.
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Quand, la semaine dernière, je copiais-collais dans ce blog mes « Considérations sur la modernité arabe » – écrites en septembre 2005 à la mémoire de Samir Kassir – j’ai longuement hésité à y mettre, telle qu’elle, la dernière phrase « J’espère (…) que les démocrates arabes trouveront leur chemin dans ce pays qui semble être, encore une fois, sur le point d’offrir à son environnement les outils du renouveau. » J’ai finalement décidé de ne rien changer à mon texte d’origine. Et ce, même si je ne voyais plus très bien comment le Liban aurait quoi que ce soit à offrir à son environnement… si ce n’est de la détresse, de la désolation et des images de mort… En septembre 2005, on pouvait encore penser que le Liban était entrain de s’arracher lentement et de manière incertaine mais déterminée au « malheur arabe » et qu’il commençait à offrir une image fragile certes, mais pleine d’espoirs de ce qui pouvait être une forme de « bonheur arabe ». En septembre 2005 les outils du renouveau que le Liban semblait sur le point d’offrir à son environnement étaient surtout des outils pour commencer à construire une « démocratie arabe ». Le printemps de Beyrouth allait se transformer en printemps arabe… Aujourd’hui, alors que la démocratie libanaise, déjà fragile, vacille sous les bombardements de Tsahal, alors qu’elle serre les dents et retient son souffle en espérant survivre à cette guerre menée contre elle, alors que la dernière chose que le Liban semble avoir à offrir à son environnement est un outil de renouveau et de démocratie, le sort, ironique et goguenard en a décidé autrement.
A 1600 kilomètres des décombres de la banlieue sud de Beyrouth, dans la chaleur écrasante du Qatif, dans l'est de l'Arabie Saoudite, plus de 2000 saoudiens – hommes, femmes, enfants – manifestent leur solidarité avec le Hezbollah et leur soutien à son leader Hassan Nasrallah, brandissant les drapeaux jaunes du parti et des portaits du Sayyed. Les manifestations sont strictement interdites dans le Royaume. Le Roi Abdallah a clairement désapprouvé l’opération menée par le Hezbollah le 12 juillet la qualifiant d’aventuriste... Alors ? Le Liban est un prétexte pour manifester dans un pays où toute manifestation est interdite ? Le Liban, une force qui transcende les Etats de la région allergiques à toute forme de manifestation de la volonté populaire ? Le Liban, même à genoux, donne la force aux peuples de descendre dans la rue pour exprimer leurs idées qui ne sont pas celles de leurs Etats !
Soudain je me suis souvenu que je faisais une thèse sur l’Arabie Saoudite (si, si !)… alors j’ai décidé de zoomer un peu sur cette manif dans le Qatif.
Les manifestants brandissent les drapeaux d’un parti politique chiite et ouvertement pro-iranien. Quand on sait que le Hassa (Qatif) est une région majoritairement chiite, et que cette communauté est systématiquement ignorée voire stigmatisée en Arabie Saoudite, il est légitime de se poser un certain nombre de questions… et de revenir un peu sur l’histoire de cette région orientale du royaume.
Le Hassa a toujours été réceptif aux idéologies de toutes sortes et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, malgré le fait que la majorité des réserves pétrolières du royaume se trouvent dans cette région, les populations qui y habitent sont restées marginalisées par les habitants du Najd (centre) qui – pour faire simple – se partagent le pouvoir et… la rente pétrolière. Ensuite, la concentration des puits de pétrole dans le Hassa, a attiré dans cette région vers la fin des années 1930 les premières entreprises américaines de prospection et d’extraction qui ont donné naissance à la l’entreprise Saudi Aramco, qui s’est quasiment transformée en Etat dans l’Etat jouissant d’une large autonomie dans la gestion, tant de ses affaires intérieures que de ses relations avec le reste du monde. Saudi Aramco a longtemps utilisé les habitants du Hassa comme main d’œuvre pour ses opérations d’extraction. Enfin, la majorité des habitants du Hassa étant chiites, ils sont restés hermétiques à l’idéologie wahhabite sur laquelle est fondée le royaume et qui est un produit fondamentalement et exclusivement sunnite. Ces trois éléments font donc la particularité de cette région : (1) la redistribution limitée de la rente pétrolière favorise la formation de classes moyennes (2) les contacts réguliers avec une grande entreprise favorisent l’émergence d’une culture de classe, corporatiste et ouvrière et (3) l’hermétisme chiite à l’idéologie wahhabite ouvre des avenues à d’autres idéologies en vogue dans la région.
C’est ainsi que dans les années 1960, dans le Hassa, on écoutait en secret les discours de Gamal Abd el Nasser sur Sawt al Arab, dans les années 1970 on lisait Michel Aflaq sous le manteau et dans les années 1980 on regardait avec envie, de l’autre coté du Golfe, la révolution de l’ayatollah Khomeiny. Par conséquent, chaque fois que le royaume saoudien a montré des signes de faiblesse ou que l’un de ces ‘ennemis’ régionaux – l’Egypte nassérienne puis la République Islamique d’Iran – a pris l’avantage sur la scène régionale, on a pu assister à des troubles dans l’est du royaume.
Comment lire alors la récente manifestation pro-Hezbollah dans le Qatif ?
En prenant en compte les positions du roi Abdallah et la spécial relationship – encore une – tissée entre son père, le roi Abdelaziz et les Etats-Unis le 14 février de 1945, il semble évident qu’à travers cette manif transparaissent les nouvelles tensions régionales entre le royaume et l’Iran… Non ! La manifestation du Qatif n’est pas une conséquence de l’onde de choc démocratique du Liban dans la région. Cette manif est un Katioucha du Hezbollah lancé sur l’Arabie Saoudite… Cette manif montre surtout – comme s’il était encore nécessaire de le prouver – l’ancrage régional du conflit.
Sur Reuters : Saudi police break up pro-Hizbollah Shi'ite protest
RIYADH, Aug 3 (Reuters) - Saudi police dispersed on Thursday a pro-Hizbollah protest in a city in the Eastern region, which is home to the kingdom's Shi'ite Muslim minority, witnesses said. In the third such protest in less than a week in al-Qatif demonstrators brandished the yellow banner of the Iran-backed Lebanese guerrilla group and pictures of its leader Sayyed Hassan Nasrallah and torched Israeli flags, they said. Interior Ministry officials could not be reached for comment. The kingdom, which fears the rising influence of Shi'ite power Iran, has denounced Israel's military campaign against Lebanon and called for a ceasefire, but has also blamed Hizbollah for provoking the 23-day-old conflict. Residents said police set up check points around the city to prevent more people from joining the protestors, estimated to number 1,000. "Authorities surrounded the protesters and brought at least six buses full of anti-riot policemen. A senior police officer used a speaker to ask the demonstrators to disperse," a resident, who asked to be identified only as Munir, told Reuters by telephone. On Tuesday, more than 2,000 Saudi Shi'ites marched in al-Qatif to denounce Israel's offensive. Authorities have shown unusual leniency in recent days allowing the marches in al-Qatif and in the neighbouring town of al-Awamiya. Public protests are generally banned in Saudi Arabia, which sees itself as the bastion of Sunni Islam. "They were apparently determined not to allow this march to take place ... It was a peaceful protest, nobody was arrested, but they chased the demonstrators to force their dispersal," Munir added. Another resident confirmed that no arrests were made. Shi'ite residents say a heavy police deployment prevented them from staging similar protests over a week ago.
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Il y a quelques jours, sur MSN, Marina me demande :
– Qu’est ce qu’il aurait dit Samir ?
– Je ne sais pas ce qu’il aurait dit, mais j’imagine qu’il doit être bien content de ne pas être là ; parce qu’il aurait souffert dans sa chair de la re-destruction de Beyrouth.
Après coup, je m’en suis voulu d’avoir répondu un peu trop facilement à cette question désespérée. Ne souffrons nous pas tous, amoureux de Beyrouth, dans notre chair, de la re-destruction de notre ville, de notre pays ? Alors pourquoi se consoler hypocritement de l’absence de Samir en se disant que lui, au moins, évite cette douleur ? Non, Samir manque aujourd’hui cruellement à son pays ! Dans ces moments difficiles, le Nahar sonne creux sans son éditorial du vendredi et, sans sa logique imparable et humaniste, personne n’éclaire les dilemmes de cette guerre. Nous ne lirons pas de sinistre addendum à sa monumentale « Histoire de Beyrouth ». Deux ou trois jours plus tard, Nadine écrit sur Nad’s Blog : « Au risque d'être naïve, je trouve simpliste de déclarer, post 9/11 : "You are either with us or you are against us". Aujourd'hui donc, comme la majorité de mes concitoyens, je cherche une troisième voie. » Ces deux interrogations reviennent finalement à la même question : que dois-je penser, moi qui suis si loin de l’idéologie du Hezbollah, et qui lui en veux tellement de m’avoir embarqué dans cette guerre que je ne veux pas mener ? Moi qui suis contre – tellement contre – toutes les politiques israéliennes contre ses voisins arabes, notamment son projet colonial en Palestine et, par dessus tout, sa destruction systématique, méchante, criminelle et gratuite de mon pays ? Que dois-je penser moi qui ne peux prendre parti ni pour l’un ni pour l’autre ? Et par conséquent contre aucun au bénéfice de l’autre ? Qu’est ce qu’il aurait dit Samir… je cherche une troisième voie…
Ce dilemme, on le traîne partout : A la manifestation qui a eu lieu la semaine dernière à Abu Dhabi, en solidarité pour le Liban et pour la paix, une haine violente et irrépressible s’est emparée de moi. Elle est montée à mes yeux du plus profond de mon estomac… A ce moment là, cette haine n’était pas dirigée contre Tsahal, mais contre ce groupe d’excités qui hurlaient des slogans a la mort d’Israël et à la victoire éternelle du Hezbollah… Nous venions manifester pour la paix, nous nous sommes retrouvés dans une manifestation pour la guerre…
A mon collègue allemand qui me dit avec un sourire entendu que de toutes façons le Hezbollah est une organisation terroriste, je réponds sèchement qu’il ne comprend rien à la politique de la région et qu’il ne fait que répéter des phrase toutes faites matraquées par les médias, que le Hezbollah est un parti politique qui participe aux élections et qui a deux ministres au gouvernement. Je lui dis qu’au Liban on est en démocratie et qu’en démocratie on ne peut pas adhérer à l’idéologie de tous les partis présents sur la scène politique, que je n’adhère pas à l’idéologie du Hezbollah, mais que je suis bien content que dans mon pays tout le monde aie droit à l’expression politique à travers la création d’un parti. Certes, le Hezbollah dispose d’une branche armée et je suis totalement opposé à l’idée qu’une organisation autre que l’Etat puisse disposer d’une telle force militaire. Il n’en reste pas moins que sans cette force armée Israël ne se serait jamais retiré du Sud Liban… Si ! Le Hezbollah a libéré le Liban en 2000 ; et cela restera une grande victoire pour tous. Et ce, même si aujourd’hui, pris dans des calculs régionaux Syro-Iraniens, le Hezbollah nous a embarqué dans une nouvelle guerre aussi terrible qu’inutile. Non, depuis la fin de la guerre (l’autre) – et plus précisément depuis 1992 date à laquelle, à la surprise générale, il a décidé de participer aux élections législatives – le Hezbollah ne peut en aucun cas être considéré comme une organisation terroriste. Par contre oui, je tiens le Hezbollah pour responsable – en grande partie au moins – de la pulvérisation du Liban par Tsahal. Et je ne sais pas si je pourrais jamais lui pardonner cela, même défait, même désarmé.
Le 27 juillet je suis à la cafete de l’Aéroport de Sharjah, j’attends Marjan qui doit arriver de Kaboul. Je lis Golf News, un quotidien emirati anglophone de qualité inégale. On peut cependant y trouver des éditoriaux de bonne qualité signés par des plumes expertes (i.e. Patrick Seale). Je me délecte de ses colonnes défouloirs, souvent opposées aux politiques américaine et, a fortiori, Israélienne. Golf News titre par exemple « Condoleezza Go Home » ou « Mr. Bush you are a Liar » … Bref, ce jour là, dans la cafete de l’Aéroport de Sharjah, je ne peux réprimer une certaine fierté en lisant ces lignes :
In 1967, it took Israel exactly six days to defeat the combined armies of Egypt, Syria, Jordan, and Lebanon. Four countries overwhelmed and their lands occupied in only six days. In 2006, despite the increased power of its war machine, despite the unreserved support of Bush’s America, sixteen days into the battle Israel is still unable to claim even a semblance of victory against Hezbollah alone.Mais je tourne la page et je m’offusque devant un sondage effectué auprès des lecteurs de Golf News :
Golf News asked: Is Hezbollah good for Lebanon?Mais non grands dieux… non ! Hezbollah is NOT GOOD for Lebanon ! Comment pouvez-vous penser cela un seul instant ? La question ne se pose même pas et la région entière se porterait tellement mieux sans le Hezbollah… et sans Tsahal ! Voilà que notre dilemme apparaît dans toute son ampleur, dans toute sa complexité. Notre dilemme, c’est celui du démocrate arabe pris en Sandwich (dixit Samir Kassir)… mais revenons quelques mois en arrière…
YES 56%
NO 38%
Unsure 6%
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Le 12 juillet, je me réveille. J’ai dormis chez B. à Dubaï. J’ai encore quelques rendez-vous à Dubai Media City, puis, comme on est mercredi, c’est bientôt le week-end. Dans quelques heures, je serai dans un taxi qui filera sur Sheikh Zayed Road vers Abu Dhabi. Cette perspective m’enchante... Abu Dhabi me manque. Je commence à m’y sentir un peu chez moi. Ces tours, ce front de mer, ces hôtels, ces trottoirs, cette lumière commencent à m’être familiers. Abu Dhabi, contre toute attente, est une ville qui se laisse facilement apprivoiser. Il fait bon ce matin à Dubaï, c'est-à-dire très chaud mais pas trop chaud. Je suis de bonne humeur, et surtout, à vingt milles lieues sous les mers de me douter que ce soir dans mon taxi, sur Sheikh Zayed Road, mes pensées seront bien différentes. L’après midi, j’appelle Z. qui travaille à Al Arabiya. Elle me propose de la rejoindre dans les locaux de la chaîne saoudienne d’information en continu pour prendre un café. Le bâtiment d’Al Arabiya est juste en face de nos bureaux à Dubai Media City, pour y aller il suffit de traverser la rue, et, à l’aide d’une passerelle en bois, traverser une petite étendue d’eau qui, ailleurs, aurait pu être un étang. J’attends Z. quelques minutes dans le hall. Les murs sont tapissés d’écrans de télévisions, au point que même quand il ne se passe rien, on se sent au cœur de l’action. je suis content de voire Z. on va prendre un café, bavarder un peu de tout et de rien, et ensuite je vais prendre mon taxi et rentrer chez moi, à Abu Dhabi. Je suis de bonne humeur. En attendant Z. je regarde, sans y porter vraiment attention, tous ces écrans de télévisions. Je me félicite d’avoir sur moi « Maximum City », et je me vois déjà confortablement installé sur la banquette arrière de mon taxi, profitant des derniers rayons de soleil pour me laisser glisser vers Bombay, au-delà de la mer d’Arabie, durant l’heure et demie que dure le trajet entre Dubaï et Abu Dhabi. Z. se fait attendre. Je constate que l’image sur les écrans d’Al Arabiyya est verticalement divisée en deux plans fixes. Ce que filment ces deux plans simultanés me semble absurde : des collines parsemées de buissons sous un ciel bleu. On dirait que les deux plans filment les mêmes collines sous deux angles différents. Je me rapproche de l’un des écrans… Sous le plan de gauche on peut lire janoub loubnane et sous celui de droite chamal Isra’il. Les cameras semblent fixées là dans l’attente que quelque chose se passe. Très vite, j’apprends que le Hezbollah a kidnappé deux soldats israéliens et que Tsahal riposte en bombardant le Sud Liban. Ce 12 juillet, j’étais de bonne humeur, mais quelqu’un, quelque part - à Beyrouth, Damas, Téhéran, Tel Aviv, Washington, partout à la fois - a décidé que c’était une belle journée pour commencer une guerre. En fait de guerre, j’étais encore loin, à ce moment là, d’imaginer ce qu’allaient être les jours suivants. Pour moi, ce qui se passe là n’est qu’un coup bas de plus organisé par un voisin envieux. La tension est montée d’un cran, certes, mais comme d’habitude, elle va vite retomber et tout va rentrer dans l’ordre. Le Liban va vivre un de ses plus beaux étés. L’imagination débridée des Beyrouthin, leur culot, leur humour, fait vibrer leur ville… on vient de loin écouter le bruit de Beyrouth. Malgré cet optimisme, c’est avec des idées noires que je prends mon taxi pour Abu Dhabi. Ces salauds – qui qu’ils soient – risquent bien de foutre en l’air la saison – el mawsam.
Le 13, c’est le week-end, je décide de changer de mon Abu Dhabi Mall, je prends un taxi et je vais à la découverte du Marina Mall. Plus grand, plus lumineux, les cafés y sont plus confortables, les boutiques plus nombreuses. J’achète un costume en solde chez Zara. Je m’installe au Starbucks, je prends un journal dans la pile, Gulf News ou Khaleej Times, je ne me souviens plus très bien. Bombay est toujours en une : dernier bilan, premières arrestations… Mais elle la partage avec Beyrouth. Ils ont bombardé l’aéroport. En deux seconde, le temps de lire la nouvelle, je change de statu : d’expatrié je deviens exilé. En deux secondes ! Par ailleurs, cette fois-ci il n’y a plus de doutes, la saison est foutue. Ils ne viendront pas écouter le bruit de Beyrouth… Ils l’écouteront à la télé, le bruit de Beyrouth. Je téléphone… on est cernés de toutes parts, me dit-on. Ça à l’air sérieux cette histoire. Je me souviens des « raisins de la colère » de 1996… les opérations militaires israéliennes ont toujours des noms intéressants… une question absurde me traverse l’esprit… comment ont-ils appelé celle-ci ? Les raisins de la colère avait duré deux semaines, je crois… ils avaient bombardé quelques ponts quelques centrales électriques et puis il y avait eu les accords d’avril où le Hezbollah s’était assis à la table des négociations, comme un Etat à part entière, avec les Etats-Unis, la France, la Syrie, le Liban et Israël. Depuis on a libéré le Sud, ce qui, ironiquement, rend les accords d’avril caducs. Le soir, je vais au Sax avec de nouveaux amis. Je suis triste et j’en rage, on attendait tellement de cette saison, Beyrouth allait vivre son plus bel été. Mais tout est encore possible. Tout va se calmer, on va colmater les deux gros trous qu’ils ont faits sur les pistes de l’Aéroport International Rafic Hariri. Les touristes les moins trouillards viendront quand même, et, avec eux, on fera une belle fête.
Le vendredi 14 juillet 2006, aujourd’hui, rien. Je me tiens au courant de l’évolution des opérations. J’écris, entre dégoût, nausée et des larmes que j’arrive encore à retenir. Je trouve futiles mes réflexions de la veille sur la saison touristique 2006. J’ai une pensée émue, pour la « saison » 1975. La guerre (l’autre – comme dit déjà Nadine) a commencé en avril 1975. Qu’a été l’été 1975 ? Qu’ont été les 15 étés suivants ? Mes 15 premiers étés… j’ai malgré tout eu une enfance heureuse, très heureuse – merci maman ! Ecoutez cette chanson de Barbara que Carole m’a fait découvrir un jour, rue Saint Maur… elle m’a dit, écoute, c’est notre histoire :
J'ai eu tort, je suis revenue
Dans cette ville au loin perdue
Où j'avais passé mon enfance
J'ai eu tort j'ai voulu revoir
Le côteau où glisse le soir
Bleu et gris ombre de silence
Et j'ai retrouvé comme avant
Longtemps après
Le côteau, l'arbre se dressant
Comme au passé
J'ai marché les tempes brûlantes
Croyant étouffer sous mes pas
Les voix du passé qui nous hantent
Et reviennent sonner le glas
Et je me suis couchée sous l'arbre
Et c'était les mêmes odeurs
Et j'ai laissé couler mes pleurs
Mes pleurs
J'ai mis mon dos nu à l'écorce
L'arbre m'a redonné des forces
Tout comme au temps de mon enfance
Et longtemps j'ai fermé les yeux
Je crois que j'ai prié un peu
Je retrouvais mon innocence
Avant que le soir ne se pose
J'ai voulu voir
La maison fleurie sous les roses
J'ai voulu voir
Le jardin où nos cris d'enfants
Jaillissaient comme sources claires
Jean-Claude, Régine et puis Jean
Tout redevenait comme hier
Le parfum lourd des sauges rouges
Les dahlias fauves dans l'allée
Le puits, tout, j'ai tout retrouvé
Hélas
La guerre nous avait jetés là
D'autres furent moins heureux je crois
Au temps joli de leur enfance
La guerre nous avait jetés là
Nous vivions comme hors-la-loi
Et j'aimais celà quand j'y pense
Oh mes printemps, oh mes soleils
Oh mes folles années perdues
Oh mes quinze ans, oh mes merveilles
Que j'ai mal d'être revenue
Oh les noix fraiches de Septembre
Et l'odeur des mûres écrasées
C'est fou, tout, j'ai tout retrouvé
Hélas
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Je suis né à Beyrouth le 16 décembre 1975, alors que huit mois plus tôt, ma ville entrait en guerre avec elle-même… une guerre qui allait durer 15 ans. En écrivant cette phrase, il y a 6 jours, j’étais à vingt mille lieues sous les mers de me douter de ce qui allait nous arriver. A 22 ans je vais m’installer à Paris. J’y poursuis des études, j’y travaille, puis j’y reprends des études. De Paris, j’ai beaucoup bougé. Pour toutes sortes de rasions, j’ai vécu dans plusieurs autres villes : Madrid, Barcelone, Bologne, Washington, Riyad, Kaboul… Aujourd’hui, cela va bientôt faire deux mois que je vis et travaille à Abu Dhabi. Durant tout ce temps, Beyrouth est la seule ville que j’ai habitée. Je l’ai habitée à distance, je l’ai habitée en rêves, je l’ai habitée une semaine ou un mois en vacances… j’ai vécu un peu partout mais je ne me souviens pas avoir jamais habité ailleurs qu’à Beyrouth.
Le 3 juillet 2006 je rentre chez Jashanmal Bookstores dans le Abu Dhabi Mall qui est tout près de chez moi et j’achète, au hasard, « Maximum City, Bombay, Lost and Found » de Suketu Mehta, juste parce que le titre et la couverture me plaisent. J’arrive enfin à acheter et à lire un livre qui ne soit pas en relation avec le Golfe – sur lequel je fais une thèse de sociologie politique depuis près de deux ans. Je tombe sur une dissection détaillée et systématique de la ville de Bombay. Fascinant bijoux de sociologie urbaine… ce livre m’enchante. Près de 600 pages de ville, je m’assoit dans un café ou dans un hall d’hôtel et traverse la mer d’Arabie jusqu'à Bombay, je voyage des heures durant, je ne vois pas le temps passer. C’est l’histoire d’un homme amoureux de sa ville… je m’identifie, big time ! Je ne peux pas ne pas retransmettre ici ces quelques lignes de l’incipit qui m’ont arraché une larme que je n’ai pas retenue :
I left Bombay in 1977 and came back twenty-one years later, when it has grown up to become Mumbai. Twenty-one years: enough time for a human being to be born, get an education, be eligible to drink, get married, drive, vote, go to war, and kill a man. In all that time I hadn’t lost my accent. I speak like a Bombay boy; it is how I am identified in Kanpur and Kansas. ‘Where are you from?’ Searching for an answer – in Paris, in London, in Manhattan – I always fall back on ‘Bombay’. Somewhere, buried beneath the wreck of its current condition – one of urban catastrophe – is the city that has tight claim on my heart, a beautiful city by the sea, an island-state of hope in a very old country. I went back to look for that city with a simple question: can you go home again? In the looking, I found the cities within me.
The riots were a tragedy in three acts. First, there was a spontaneous upheaval between the largely Hindu police and Muslims. This was followed, in January 1993, by a second wave of more serious rioting – instigated by the Shiv Sena leader Bal Thackeray – in which Muslims were systematically identified and massacred, their houses and shops burned and looted. The third stage was the revenge of the Muslims: on Friday, 12 March, when every good Muslim was reading his namaaz prayers, ten powerful bombs planted by the Muslim underworld went off all over the city. One exploded in the stock exchange, another in the Air India building. There were bombs in cars and scooters. In all, 317 people died, many of them Muslims.
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