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se non è vero, è ben trovato
jeudi 10 mai 2012
mardi 28 février 2012
Joumblatt, le "non-aligné"
| Walid Joumblatt Place Samir Kassir le 22.02.12 |
Nous avons déjà parlé de Walid Joumblatt comme étant une girouette, et défini une girouette comme servant à connaitre la direction du vent. En participant la semaine dernière à une manifestation de solidarité avec le peuple syrien à Beyrouth, Place Samir Kassir (pour qui, précisément, l'indépendance du Liban n'est possible que si un régime démocratique s'installe à Damas), Walid Joumblatt montre clairement que le vent a tourné, et que ce n'est plus en faveur de Bashar al Assad qu'il souffle aujourd’hui.
Cela dit, le veðr-viti de la montagne a toujours sa manière particulière de présenter les choses. En renvoyant dos à dos la Russie pour son soutien désespéré au régime syrien et les pays occidentaux pour leur inaction face aux crimes de ce régime, Joumblatt se positionne comme l'homme du non-alignement dans un monde qui semble, en 2012, plus polarisé qu'aux pires heures de la Guerre Froide.
La Russie qui a perdu la Crimée en 1989 et dont le contrat avec l'Ukraine pour maintenir une base navale à Sébastopol prend fin en 2017, en soutenant le régime syrien ami et la base navale de Tartous, perpétue sa quête désespérée d'un accès aux mers chaudes pour sa flotte. L’Iran cherche, depuis la Bataille du Granique perdue par Darius III contre Alexandre le Grand en 334 av. J.-C., à sécuriser un accès à la Méditerranée. Enfin, le besoin structurel des pays occidentaux de s’assurer un libre accès aux ressources pétrolières du Moyen-Orient, n’est pas sans rappeler l'obsession existentielle de l’Empire Britannique de sécuriser la Route des Indes.
Navires russes en Méditerranée, navires iraniens traversant le Canal de Suez, porte-avions américains et britanniques en mer d’Oman, drones américains dans le ciel syrien, batteries anti-missiles deployées à la frontière nord de la Jordanie, menace iranienne de fermer le détroit d'Hormuz, menaces israéliennes de frappes sur les installations nucléaires iraniennes, et cerise sur le gâteau, Conseil de Sécurité de l’ONU paralysé par les vetos Russe et Chinois… La crise syrienne polarise les ‘puissances’ dans un schéma qui n'est pas sans rappeler la Crise des missiles de Cuba ou le conflit de la Guerre de Crimée. Elle fait, en tout cas, réapparaitre des tendances historiques lourdes qui datent – et même précèdent – la fameuse Question d’Orient que l’on croyait réglée depuis la chute de l’Empire Ottoman et les accords de Sykes-Picot de 1916 entre la France et le Royaume Uni avec l'aval de la Russie.
Dans ce tumulte, notre girouette perchée semble indiquer que le vent souffle dans la bonne direction, celle de la liberté des peuples syrien… et libanais. Espérons, qu’une fois de plus, le temps – court de préférence – lui donnera raison.
dimanche 5 février 2012
jeudi 26 janvier 2012
2Q11 BlogPost#01 Sidi Bouzid
Lors de la première projection du film de Danielle Arbid, ‘Beyrouth Hôtel’, au Festival International du Film de Dubai :
Journalist: Is your movie based on a true story?Danielle Arbid: No. It’s a fiction. But I do read the news.
Décembre 2011
Ce matin-là, comme tous les matins depuis sept ans, Tareq est réveillé par l’appel à la prière. La nuit est encore noire lorsqu’il se dirige vers la salle d’eau ou il retrouve son beau-père, réveillé depuis longtemps, en train de faire ses ablutions rituelles. Méthodiquement, et dans une gestuelle devenue quasiment mécanique, Tareq passe ses mains sous l’eau froide que son beau-père a laissé couler pour lui. Il les porte ensuite à son visage, et se rince la bouche puis les narines, enfin les oreilles et la nuque. Un frisson parcourt son corps, quelques gouttes d’eau coulent le long de son dos. Il se rince les avant-bras jusqu’aux coudes, le droit puis le gauche. Trois fois. Il passe une main humide sur son visage. Essuie l’intérieur de ses oreilles de ses indexes et l’extérieur, du pavillon au lobe, de ses pouces. Il passe ses pieds sous l’eau, jusqu’aux chevilles, le droit puis le gauche. Trois fois. Il enfile ses savates pour enfin rejoindre son beau-père qui l’attend dans la salle principale du petit appartement. Il les ôte aussitôt arrivé sur le tapis de prière posé en travers de l’espace exigu. L’air frais de décembre pénètre par la porte-fenêtre entrouverte. Il perçoit l’imperceptible clarté de l’aube dont l’obscure lumière tinte le ciel, et la lune, aux trois quart de son cycle, qui ressemble à un œuf penché.
Comme tous les matins depuis sept ans, Tareq accompagne son beau-père dans la prière avant d’aller faire le tour des maraîchers pour remplir sa lourde charrette de légumes et de fruits qu’il va ensuite vendre au centre-ville. Au fur et à mesure qu’elle se remplit, elle devient de plus en plus lourde à pousser. Ses bois patinés grincent sous le poids des marchandises. Parfois une de ses roues se voile. Il doit alors s’arrêter, décharger sa marchandise, redresser la roue voilée à coups de marteau, puis recharger la marchandise. Lorsque cela se produit, il perd de précieuses heures. Ce matin-là, alors que laborieusement, il pousse sa charrette, Tareq pense aux camionnettes Toyota blanches qu’il voit aller et venir de la grande ville côtière de Sfax. Si seulement il pouvait s’en payer une. Il pense à la capacité de son plateau à ridelles, à la puissance de son moteur. Il pourrait transporter plus de légumes, plus rapidement, et peut-être, commencer à épargner quelques sous pour payer des études à sa sœur.
Sfax, ou il a quelques fois accompagné son beau-père, à l’époque où il y allait pour rencontrer cet avocat. L’époque où sa famille a tout perdu à cause d’un simple retard de paiement sur les traites qu’avaient contractées son père avant de mourir pour acheter une pompe et irriguer son lopin de terre. La parcelle hypothéquée pour être irriguée avait alors été perquisitionnée et perdue par la famille de Tareq, qui avait alors dû quitter le lycée en classe de terminale pour subvenir aux besoins des siens. C’était la Naqba qui avait fait basculer la vie de ce petit clan. De ses voyages à Sfax, outre l’inconfort du trajet en bus, Tareq se souvient de l’élégance des femmes de Sfax qui se pressent devant les vitrines des boutiques de vêtements, et des camionnettes Toyota qui transportent tant de la ferraille et du bétail que des produits maraîchers et du matériel de maçonnerie.
Comme souvent, ce matin-là, alors que Tareq poussait sa charrette dans les rues de Sidi Bouzid, une patrouille de la police municipale l’interpelle et lui demande ses papiers ainsi que sa licence de vendeur ambulant. Tareq n’a jamais eu les moyens de payer les frais administratifs pour s’inscrire au registre de la municipalité et opérer légalement en tant que vendeur ambulant. Il n’a donc jamais eu de licence. Les agents de la police municipale le savent bien et en profitent pour le raquetter régulièrement. Ils se servent dans sa caisse, lui confisquent la balance de cuivre et les masses marquées que son beau-père lui a un jour ramenées de Sfax. Certains jours c’est sa charrette entière, cargaison comprise, qu’ils embarquent sur un pick-up. Tareq doit alors emprunter de l’argent ici et là, aller au poste pour supplier qu’on lui rende son outil de travail, payer des pots-de-vin aux agents municipaux. Ce matin-là était un de ceux-là.
Mais ce matin-là, pour une raison quelconque, liée à la lune peut-être, Tareq ne put plus contenir sa rage et sa frustration. Il leva le ton sur la policière alors qu’elle faisait embarquer sa charrette sur le pick-up de la police. Il y avait quelque chose de menaçant dans sa voix tremblante. La policière se retourna, fit un pas vers lui et lui assena une gifle qui claqua dans la fraicheur du petit matin. Cette gifle, certains diront plus tard qu’elle n’a jamais eu lieu, mais ce n’est plus vraiment important à ce stade de l’histoire. Contrairement à ce qu’il fait d’habitude lorsqu’on lui confisque sa charrette, soit aller emprunter de l’argent pour pouvoir payer le concierge du commissariat de sorte qu’il lui rende sa charrette et ce qu’il reste de sa cargaison, ce matin-là, bouillonnant, Tareq rentre chez lui.
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| Inside Out - Tunisia, Police Cars in Sidi Bouzid 2011 © Galerie Perrotin & JR (cropped) |
En rentrant chez lui et en faisant ce qu’il allait faire par la suite, Tareq allait faire basculer le monde dans une réalité parallèle à la manière d’Aomame dans le grand roman de Haruki Murakami ‘1Q84’ lorsqu’elle quitte la voie express embouteillée du périphérique de Tokyo par l’escalier d’urgence. Elle sort alors du monde de 1984 pour entrer dans celui de l’étrange année 1Q84. En rentrant chez lui ce matin du 17 décembre 2010, près de deux semaines avant le début de l’année 2011, sans s'en douter, Tareq prépare le monde à entrer dans une année différente, altérée, une année ou les évènements prendraient une tournure autre, une année ou les mêmes causes ne produiraient plus les mêmes effets. Cette année, on pourrait l’appeler, pour reprendre l’idée originale de Murakami, 2Q11.
A suivre… peut-être…
lundi 9 janvier 2012
Bouazizi: 2011 MENA Person Of The Year
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| Mohammed Bouazizi 60" x 48" by Erin Currier at Blue Rain Gallery |
Mohamed Bouazizi elected 2011 MENA person of the year by Stroobia's readers.
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| 2011 MENA Person Of The Year |




