samedi 19 août 2006

Dans ma bulle

Le 14 août, 8h. Le cauchemar se termine. Les premières minutes du cessé le feu sont respectées. Personne n’y croit vraiment. Les heures passent. Les sites internet qui annonçaient depuis plus d’un mois, minute par minute, les cibles, les morts, les petites phrases belliqueuses des uns et des autres se sont tus. Dernière dépêche : 8:00 entrée en vigueur du cessé le feu. Puis plus rien. Quoi, quoi ? Je clique je cherche, plus aucune nouvelle. Aucune petite phrase. Serait-ce possible ? Les F16, Katiouchas, Raads et autres Zalzals se seraient-il enfin tus ? Les heures, les jours qui vont suivre vont confirmer le cessé le feu. Il ne faut pourtant pas se leurrer, rien n’est réglé. Mais il y a des signes positifs dont le plus émouvant est l’envoi de l’Armée Libanaise au Sud après 40 ans d’absence. On commence à y croire.

Le 16 août. Un vent du sud-est, chargé des sables du Rob3 al Khali – Empty Quarter – a balayé les Emirats. La visibilité est descendue à moins de 200 mètres. Le vent de sable a retardé d’une bonne heure la brise marine qui se lève généralement vers midi et qui tempère les heures les plus chaudes des journées d’été. Vers une heure de l’après midi, par endroits, le mercure a flirté avec les 50 degrés. Golf News: “You have just survived the hottest day of the year.” De mes bureaux climatisés sur Hamdan, je n’ai rien remarqué. C’est dommage.

Le 17 août. Je suis frustré de ne pas pouvoir suivre la paix comme je suivais la guerre. Aucun site ne me tient au courant minute par minute des évolutions sur le terrain : Re-opening du Lila Brown, moral des gens, voitures dans les rues… Aujourd’hui deux vols passagers ont atterri à l’Aéroport de Beyrouth. Les vols réguliers reprennent avec le Golfe. Pendant ce long mois de guerre j’ai été en exil. La réouverture de l’aéroport refait de moi un expat. Durant ce long mois, plus que jamais, j’ai habité Beyrouth tout en vivant ailleurs. Abu Dhabi est passé au second plan. Tous mes sens, toutes mes pensées étaient tournés vers Beyrouth.

Aujourd’hui j’ai de l’espoir… mais cette semaine, je n’ai rien à écrire. Je suis un peu KO, comme tout le monde je suppose. Tout d’un coup, après ce mois où j’étais en fusion avec Beyrouth, je me sens loin, très loin, trop loin de ma ville. Je ne me sens pas à Abu Dhabi non plus. Je suis comme accroché dans une bulle qui flotte quelque part dans 100% d’humidité à 47,9 degrés. Avec moi dans la bulle il y a un peu d’espoir et un grand point d’interrogation. Et puis il y a cette question : qui a gagné la guerre ? The Economist s’empresse de proclamer Hassan Nasrallah vainqueur. Je crois qu’il est trop tôt pour trancher. Les semaines à venir vont être riches en rebondissements. Avec déjà une échéance : le 31 août l’Iran va devoir faire un choix quant à son programme nucléaire. Par ailleurs, je ne sais pas si le gouvernement Olmert va tenir le coup. Je vois venir des élections anticipées en Israël et un retour au pouvoir du Likoud avec Natanyahu pour seul maître à bord serait simplement catastrophique. La Syrie s’enlise dans des discours et des mises en scène d’un autre temps. Enfin, au Liban, il semble qu’un new deal va devoir s’instaurer avec l’envoi de l’armée au sud. En automne le Proche Orient sera encore différent. Encore un pas vers ce nouveau Proche Orient made in USA… comme mon professeur, j’ai peur d’avoir bientôt à regretter l’ancien.

Je croise les doigts… tout peut encore arriver.

2 comments:

Anonyme a dit…

"Encore un pas vers ce nouveau Proche Orient made in USA…"

Je ne pense pas.

Même s'il a perdu autant de plumes que Bush le prétend (ce qui reste à prouver), le Hezbollah a démontré que des hommes décidés et légèrement mais judicieusement armés sont capables de stopper net une puissante armée de type "occidentale".

Autrement dit, toute armée occidentale sera battue à l'avenir si elle est confrontée à un peuple déterminé à résister, à condition que le terrain et les armes et les hommes ait été bien préparés à l'avance.

Cette stratégie est efficace pour défendre un territoire par ses habitants. Autrement dit, une patrie. Elle n'est pas efficace pour attaquer.

J'en pense donc que ce n'est pas si déstabilisateur que ca. Car elle ne peut être mise en oeuvre que par des peuples qui sont motivés pour défendre leurs valeurs et qui ont confiance en leurs chefs. Cela tend donc à exclure les régimes trop tyraniques.

Evidemment, un peuple peut avoir des valeurs fortes .. mais répugnantes.

Mais dans ces nouvelles conditions, il sera un peu plus difficile à les faire subir de force à d'autres.

San.
19 août, 2006 01:10

Maya a dit…

Camille,
Aussi "bizarre" que cela puisse paraitre la fin de la guerre laisse un vide chez la citoyenne que je suis. Comme tu l'as dit, notre indignation envers la guerre a cree des liens avec le pays, avec nos concitoyens que je souhaite voir perdurer, meme en temps de paix. C'est quand meme beau ce sentiment d'identite qui nous tient et nous habite quand notre pays est en danger...
20 août, 2006 04:09

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