dimanche 29 octobre 2006

Où sont passés les dilettantes ?

Ce mois de Ramadan à Abu Dhabi a étouffé l’inspiration... Je n'ai plus rien à écrire et ce petit post est une tentative désepérée. Ce mois de jeûne, de privation, de réflexion, d’introspection, de fête aussi, je l’ai vécu comme un long mois d’ennui durant lequel j’entendais au loin le sourd bourdonnement du monde à travers une épaisse ouate de piété et de bigoterie. Vaguement, à l’est, j’ai entendu une explosion qui a fait trembler la terre et qui nous a rappellé qu’aucune sanction n’empêchera l’Iran de rejoindre le club de moins en moins fermé des puissances nucléaires. Bien plus aiguë est la nouvelle de l’assassinat d’Anna Politkovskaïa. Pourquoi n’avais-je jamais entendu parler d’elle avant sa mort ? C’est avec une certaine culpabilité que je lis des traductions d’extraits de ses articles. En lisant ses textes pointus et accusateurs, je ne peux m’empêcher de me demander combien de gens n’ont découvert Samir Kassir et ses combats qu’après son assassinat… Anna, Samir, mon mépris, c’est déjà trop accorder aux salauds qui vous ont assassinés…

Le 17 octobre, in extremis, je trouve une place dans un avion pour Beyrouth. Le 20 au matin je découvre ébloui, par le hublot de mon avion, l’asphalte brillant de la Banlieue sud de Beyrouth; il pleut! C’est la première d’une multitude d’émotions qui vont me submerger durant ces quatre jours à Beyrouth… des émotions qui seront parfois difficile à contenir… des émotions de toutes sortes déclenchées par toutes sortes de micro-événements… quelques gouttes de pluie suivies d’un grand soleil suivi d’un gros nuage… cette variété qui tranche avec la monotonie du climat du golfe, déclanche à elle seule des vagues d’humeurs contradictoires… La bière de l’amitié bue et rebue dans un club social ou se déchaîne un nouveau gouvernement qui me rappelle que Beyrouth n’a pas oublié que créer est le secret de la survie… Un sourire croisé dans l’obscurité fébrile de Gemmeyze, un sourire qui évoque le tourbillon des aventures d’avant la guerre, de ce voyage au cœur vibrant de Beyrouth, un sourire perdu… Un manuscrit remis en main propre comme un ultime gage de confiance, d’estime, d’amitié… un SMS reçu à deux heures du matin qui demande si on s’aimera toujours… et la guerre... la guerre dont les stigmates se retrouvent dans toutes les conversations, au détour des phrases qui commencent souvent par: avant la guerre, pendent la guerre, depuis la guerre ou après la guerre…
 
Le Torino - tout un symbole - transformé en bar de province où des ploucs aux nuques tatouées de croix se frottent à des soldats du contingent français de la FINUL venus en treillis regarder les cuisses des libanaises. Le Torino transformé en bar à soldats en permission revenus d’un hypothétique front… le Torino est déserté par les dilettantes… où sont passés les dilettantes, forces vives de la nuit Beyrouthine ?

De retour à Abu Dhabi je ramène avec moi un dérèglement émotionnel, la fierté de savoir que Beyrouth, comme toujours, se relève, quelques livres et un pot de confiture de cerises.