jeudi 1 février 2007

Les relations syro-iraniennes au Liban

La majeure partie de ce post est extraite d'un article non publié, rédigé en 2004 dans le cadre d'un cours sur le chiisme donné à l'IEP de Paris.

Le Hezbollah est au cœur des relations syro-iraniennes au Liban, il en constitue un puissant analyseur.

La contrainte iranienne s’exerce sur le Hezbollah par l’intermédiaire de l’idéologie khomeyniste de la wilayat al faqih. Celle-ci confère au guide suprême de la république islamique un rôle politique légitimé par une idéologie chiite révolutionnaire et internationaliste. Les dirigeants du parti et plus généralement l’ensemble de ses membres prêtent allégeance au wali al faqih qui édicte les ‘lignes générales’ de son action politique (Saad-Ghorayeb, 2002).

La contrainte syrienne est d’ordre politique. Si le Hezbollah est, à l’origine, l’émanation d’un accord syro-iranien, c’est qu’il sert les intérêts des deux pays. La Syrie est surtout intéressée par le maintient d’un équilibre militaire avec Israël par l’intermédiaire des actions de guérilla menées par le Hezbollah au Liban Sud. Il est par contre hors de question pour le régime syrien, et ce jusqu’au retrait de ses troupes du Liban en avril 2005, de permettre à un Hezbollah trop indépendant de mettre en danger la pax syriana de Taëf par des actions militaires de trop grande envergure.

La contrainte libanaise, enfin, est surtout d’ordre pratique. L’expérience de la guerre du Liban confère au Hezbollah une aversion pour la ‘guerre civile’ qu’il considère comme étant la pire ‘injustice’, pire encore que la non-existence d’une république islamique. Cette aversion pour la ‘guerre civile’ est un facteur de modération quant aux actions militaires du Hezbollah. De plus, la réalité communautaire du Liban a poussé le Hezbollah à reporter sin die son projet de république islamique. Enfin, la participation du Hezbollah aux élections législatives libanaises depuis 1992, est un troisième facteur de modération qui a poussé le parti au compromis politique et à la discussion parlementaire (Norton, 1998).

1982-1984 La relation syro-iranienne. En dépit des différences idéologiques qui opposent la Syrie et l’Iran, l’existence d’ennemis communs tels que l’Irak et Israël est une raison suffisante à leur rapprochement stratégique. Ainsi, malgré une relation tendue, conduisant parfois au conflit ouvert, la Syrie et l’Iran ont su conserver une alliance stratégique durable qui a été une condition nécessaire de la création et des succès militaires et politiques du Hezbollah au Liban. L’isolement de la Syrie dans le monde arabe – suite aux accords de Camp David en 1979 – et l’avance qu’Israël avait pris sur elle dans la guerre du Liban lors de l’invasion de 1982 d’une part, la volonté iranienne d’exporter sa révolution – en 1979 aussi – hors de ses frontières d’autre part, ont conduit à un accord militaire syro-iranien qui a permis le déploiement de 1500 Pasdaran dans la Bekaa en 1982 (AnNahar, 26 mai 1986). L’arrivée de l’Iran sur la scène libanaise a été d’une aide précieuse à la Syrie dans sa lutte contre Israël. Pour l’Iran, le Hezbollah est un moyen de transcender la barrière linguistique et de projeter l’idéologie khomeyniste sur des populations arabes. De plus, la présence de l’Iran au Liban lui permet, outre d’avoir un pied dans le conflit israélo-arabe, de disposer d’un levier pour exercer des pressions sur les nombreuses puissances occidentales alors présentes au Liban. La coïncidence des intérêts syrien et iranien est parfaitement illustrée par les premières actions attribuées au Hezbollah soit, l’attaque de l’ambassade américaine à Beyrouth en avril 1983 et les attaques suicides contre les contingents américain et français de la Force Multinationale en octobre 1983. Ces actions servent les intérêts syriens dans le sens où elles tentent de se débarrasser de la présence militaire occidentale au Liban et vise à faire capoter l’accord conclut entre Gemayel et Israël en mai 1983 (Ranstorp, 1997). Pour l’Iran ces actions sont partie intégrante de sa guerre contre l’Irak alors soutenu par la France et les Etats-Unis. Malgré cette coïncidence des intérêts syriens et iraniens, des tensions entre les deux alliés se manifestent dès le début de cette coopération. La Syrie tente d'éviter d’être associée, tant en occident que dans le monde arabe, à la fougue révolutionnaire du Hezbollah, aux actions terroristes qui lui sont attribuées et à ses actions militaires contre Israël. Tout ceci ne doit en aucun cas échapper au contrôle syrien au risque d’exposer le régime baassiste à un isolement croissant, à des actions militaires israéliennes de grande envergure et à l’échec de son projet hégémonique sur le Liban. La Syrie réussit à conserver sa position grâce à une diplomatie réaliste active, et un contrôle militaire étroit des activités des Pasdaran, du Hezbollah et des transferts d’armements destinés à ces derniers. Le dispositif du saqf al souri commençe à se mettre en place.

1984-1989 La rivalité syro-iranienne. Le retrait de la Force Multinationale du Liban en février 1984, l’abrogation par Gemayel des accords libano-israéliens de 1983, l’annonce du retrait des forces d’occupation israéliennes du Liban entre janvier et juin 1985, sont autant de victoires que le Hezbollah peut comptabiliser à son actif. Suite à ces victoires, les intérêts syriens et iraniens au Liban allaient entrer dans une phase de divergence. En effet, alors que la Syrie cherche à mettre fin à la guerre du Liban et à le satelliser à travers ‘l’accord tripartite’, l’Iran appelle les musulmans du Liban à se révolter et à établir une république islamique (Haaretz, 22 février 1988). Les activités anti-occidentales du Hezbollah – principalement les prises d’otages – commencent à contrarier la Syrie dans ses plans qui consistent à gagner une certaine crédibilité auprès des puissances occidentales et arabes pour consolider sa présence au Liban. Les tensions dans la relation entre l’Iran et la Syrie se manifestent sur le terrain libanais par des confrontations armées entre le Hezbollah et l’armée syrienne puis ente le Hezbollah et Amal. Sur le plan diplomatique la relation entre la Syrie et l’Iran s’envenime. Des tensions apparaissent dans le domaine pétrolier où les deux pays entretiennent des relations bilatérales privilégiées. La Syrie menaçe même l’ambassade d’Iran à Beyrouth d’une action militaire pour forcer l’Iran à libérer un otage britannique (Ranstorp, 1997). En fait, alors que l’Iran s’isole de plus en plus sur la scène internationale, la Syrie entre dans une dynamique opposée et cherche à se démarquer de l’Iran pour ne pas être entraînée avec lui dans cet isolement. Durant cette période, l’application du saqf al souri devint vitale pour la Syrie qui entreprend même une politique de ‘containment’ du Hezbollah sur le terrain (Ranstorp, 1997). Le dénouement du conflit syro-iranien a lieu en 1988 après un cessez-le-feu entre Amal et le Hezbollah et la résolution des tensions pétrolières et financières entre la Syrie et l’Iran. Les alliés stratégiques convinennent de confiner l’énergie du Hezbollah à la seule activité qui correspond alors à leurs intérêts respectifs soit la résistance contre l’occupation du Liban Sud par Israël. Cet accord consiste en une division géographique des influences sur le territoire libanais entre le Hezbollah, Amal et l’armée syrienne, et l’arrêt de la politique de prise d’otage par le Hezbollah. Ce retournement de l’Iran peut s’expliquer par la fin de la première guerre du Golfe en 1988 et la tentative de l’Irak d’entrer dans le conflit libanais à travers un soutien à Michel Aoun dans sa ‘guerre de libération’ contre la Syrie. L’Iran et la Syrie se retrouvent face à leurs deux ennemis communs sur le sol libanais, soit l’Irak et Israël. Il faut noter d’autre part, que la Syrie se libère de sa dépendance en pétrole fin 1988 suite à l’augmentation de sa production nationale ce qui participe à la résolution de son conflit financier avec l’Iran. Ce retournement indique un relatif retrait de l’influence iranienne sur le Hezbollah au profit de la Syrie. Ce mouvement sera renforcé et confirmé par l’acceptation par tous les acteurs des accords de Taëf qui entérinent la prépondérance syrienne au Liban. Les accords de Taëf donnent au saqf souri toute son ampleur l’Iran et le Hezbollah reconnaissant la primauté syrienne au Liban. D’autant plus qu’en 1989 la mort de l’Ayatollah Khomeyni conduit à un repli de l’Iran et ouvre la voie à des personnalités plus modérées telles que Rafsanjani.

Après les accords de Taëf qui entérinent en 1989 la pax syriana et renforcent le dispositif du saqf souri, le retrait israélien du Sud-Liban en 2000, tout en ajoutant à la gloire nationale du Hezbollah, retire à la Syrie une importante carte de pression. Enfin, le retrait syrien de 2005 change totalement la donne. La Syrie, n’étant plus garant de la paix au Liban, fera tout pour déstabiliser le pays, c’est la fin du saqf souri. Le Hezbollah n’est plus limité par la Syrie dans ses actions mais par la réalité libanaise et la politique iranienne. Il ira même, comme lors des émeutes du jeudi 25 janvier 2007, jusqu'à tenter de ramener la rue à un status quo que la Syrie tente par tous les moyens de déstabiliser. Aujourd’hui donc, les rôles semblent inversés, l’Iran se transforme, momentanément au moins, en puissance soutenant le status quo espérant garder la situation libanaise sous contrôle pour en faire une carte de plus dans sa guerre froide contre les Etats-Unis, alors que la Syrie cherche à refaire du Liban une zone de turbulences dans le double but de prouver que le Liban n’est pas viable en dehors de la pax syriana, et d’améliorer sa position dans d’hypothétiques négociations de paix avec Israël.

1 comments:

Maral a dit…

Salut!

Je trouve interessant ce genre de texte dans ton blog, c'est instructif (surtout pour moi) Il faut que tu partages plus souvent tes avis politiques!
13 février, 2007 11:15

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