dimanche 25 février 2007

Stroobia’s Manifesto

Un bouchon de liège qui flotte sur l’océan, ballotté par des tempêtes violentes, transporté par des courants sur des milliers de kilomètres, s’échouant sur les rivages improbables d’une île peuplée d’animaux insolites ou dans les eaux saumâtres et polluées de la rade d’un grand port industriel, somnolant d’ennui, des semaines durant, dans des eaux plates et calmes chauffées par un soleil de plomb jusqu’à ce que la houle le violente à nouveau… Un bouchon de liège ballotté par les flots, emporté par ci, par là, au gré des vents et des courants… voilà ce que nous sommes.

Vers 5 ou 6 ans, j’arrête de croire au Père Noël ; environ deux ans plus tard, j’arrête de croire en Dieu ; il me faut quelques années encore pour abandonner l’idée qu’il existe, quelque part, écrites dans un grand livre, les grandes lignes de notre existence : notre destin ; vers 30 ans, enfin, je renonce à l’idée que l’on a quelque prise que ce soit sur notre existence, ainsi, la force de la volonté, la persévérance et le travail viennent s'ajouter aux mensonges qu'ont été le Père Noël, Dieu et le destin. C’est alors que j’ai commencé à me sentir seul et à m’identifier à ce bouchon de liège ballotté par l’océan. Bouchon qui peut tout au plus influencer son parcours par des décisions ponctuelles mais sans jamais savoir dans quel sens.

C’est aussi à peu près à cette période que je (re)découvre ce mot du dialecte libanais : Stroobia. Je ne crois pas que ce soit à l'origine un mot arabe, et je ne sais pas s’il existe dans d’autres dialectes arabes, je ne sais pas non plus s’il est pareillement connu dans toutes les régions du Liban. Toujours est-il que pour ceux qui le connaissent, stroobia est d’abord une exclamation. Grammaticalement ce mot tient plus de l’adverbe que du nom ou de l’adjectif. Il est emprunt d’une touche d’humour et d’une certaine ironie. Il n'est pas neutre comme la notion de hasard et correspond à plus qu'une simple coïncidence. Il est chargé d'une valeur positive, active, il fait référence a un évenement, pas seulement à un état des choses.

Un autre mot arabe, beaucoup moins drôle, beaucoup plus sérieux est l’inconciliable contraire de stroobia, c’est maktoob. Ces deux antonymes mutuellement exclusifs se disputent avec acharnement l’explication des événements constitutifs de nos vies depuis le big bang – événement originel – jusqu’à l’événement lambda qui vient de se produire. Stroobia et maktoob sont donc deux explications de la marche du monde, deux visions des choses, deux philosophies, et je suis un ferme partisan de la première.

Je suis convaincu que c’est stroobia qu’un bouchon est jeté à la mer, qu’il se retrouve ici ou là, embarqué dans une tempête ou échoué parmi les ordures sur une plage de Méditerranée. Je suis convaincu que c’est stroobia que l’on naît, stroobia qu’on se retrouve à Paris ou à Abu Dhabi, qu’on rencontre telle personne, qu’on se fait tel ami, stroobia qu’on devient qui on est et, ultime ironie, stroobia qu’un jour on meurt. Je suis convaincu que rien n’est écrit et que tout ce que l’on tente d’écrire n’est que vaine tentative de mettre de l’ordre dans l'inextricable chaos des événements.

jeudi 1 février 2007

Les relations syro-iraniennes au Liban

La majeure partie de ce post est extraite d'un article non publié, rédigé en 2004 dans le cadre d'un cours sur le chiisme donné à l'IEP de Paris.

Le Hezbollah est au cœur des relations syro-iraniennes au Liban, il en constitue un puissant analyseur.

La contrainte iranienne s’exerce sur le Hezbollah par l’intermédiaire de l’idéologie khomeyniste de la wilayat al faqih. Celle-ci confère au guide suprême de la république islamique un rôle politique légitimé par une idéologie chiite révolutionnaire et internationaliste. Les dirigeants du parti et plus généralement l’ensemble de ses membres prêtent allégeance au wali al faqih qui édicte les ‘lignes générales’ de son action politique (Saad-Ghorayeb, 2002).

La contrainte syrienne est d’ordre politique. Si le Hezbollah est, à l’origine, l’émanation d’un accord syro-iranien, c’est qu’il sert les intérêts des deux pays. La Syrie est surtout intéressée par le maintient d’un équilibre militaire avec Israël par l’intermédiaire des actions de guérilla menées par le Hezbollah au Liban Sud. Il est par contre hors de question pour le régime syrien, et ce jusqu’au retrait de ses troupes du Liban en avril 2005, de permettre à un Hezbollah trop indépendant de mettre en danger la pax syriana de Taëf par des actions militaires de trop grande envergure.

La contrainte libanaise, enfin, est surtout d’ordre pratique. L’expérience de la guerre du Liban confère au Hezbollah une aversion pour la ‘guerre civile’ qu’il considère comme étant la pire ‘injustice’, pire encore que la non-existence d’une république islamique. Cette aversion pour la ‘guerre civile’ est un facteur de modération quant aux actions militaires du Hezbollah. De plus, la réalité communautaire du Liban a poussé le Hezbollah à reporter sin die son projet de république islamique. Enfin, la participation du Hezbollah aux élections législatives libanaises depuis 1992, est un troisième facteur de modération qui a poussé le parti au compromis politique et à la discussion parlementaire (Norton, 1998).