dimanche 27 mai 2007

Un an... deux guerres

Aujourd'hui ça fait un an que je suis à Abu Dhabi.

Un peu plus d'un mois après mon arrivée dans le Golfe, la première guerre de l'après guerre éclatait dans le sud du Liban avant de s'étendre à tout le pays. Aujourd'hui la deuxième guerre de l'après guerre fait rage dans le nord.

Il y a un an j'arrivais, un peu perdu, dans ce pays des Emirats. Je découvrais ce modèle de petro-surdéveloppement tenu d'une main de fer. Je débarquais là après cinq mois d'errance dans les différentes strates de la nuit beyrouthine mais surtout après neuf ans d'une longue promenade, à cheval sur les XXe et XXIe siècles, dans les rues de Paris. Il y a un an, je découvrais donc, dans la fièvre de la coupe du monde de football de 2006, ce pays de castes où des groupes nationaux et socioprofessionnels vivent en parallèle, sans jamais se croiser, dans une sorte de soft-apartheid.

Je traine aujourd'hui dans les malls dont j'ai toujours pensé qu'ils détruisaient le mode de vie urbain de nos villes organiques. Mais les villes ici n'ont rien d'organique et si les rez-de-chaussée d'Abu Dhabi proposent une certaine urbanité, à Dubai, Deira et Bur Dubai sont les seuls quartiers qui ont quelque chose d'urbain à proposer. Les week-ends je dine dans des hôtels qui ressemblent à des cités sous les palmiers. Dans leurs halls parfumés, ici une harpiste, là une violoniste qui accompagne une pianiste. Il parait que ces musiciennes sont très cher payées et sont directement embauchées par les gérants des hôtels des Emirats à leur sortie des conservatoires d'Europe de l'Est.

Un an, donc, de dolce vita sous le soleil du Khalij. Un an et deux guerres. La première détruisait violemment mes espoirs en même temps qu'elle détruisait méthodiquement mon pays. Aujourd'hui j'ai l'impression d'avoir enfin intégré l'idée que le Liban est à nouveau entré - depuis le 14 février 2005 - dans une phase de troubles durant laquelle il va devoir se battre sur plusieurs fronts pour conserver et consolider son intégrité et son indépendance fraichement acquise.

Depuis ce 14 février de 2005, chaque coup porté au Liban, plutôt que de faire resurgir ses vieux démons n'a fait que renforcer sa souveraineté. Ainsi, et sans rentrer dans les détails:
- l'assassinat de Rafiq Hariri en 2005 a provoqué un élan populaire multiconfessionnel (à défaut d'être a-confessionnel) qui a rendu aux libanais le sentiment d'être un peuple et surtout le sentiment de reprendre en main leur destin;
- La guerre de l'été 2006 à ouvert la voie à un new deal au Sud-Liban où l'armée à repris position après une trentaine d'années d'absence;
- La guerre de l'été 2007, a déjà eu pour effet de créer un consensus national autour de l'armée, dernière institution de l'Etat libanais qui fonctionne encore. Il faut enfin espérer que de cette nouvelle guerre naisse un deuxième new deal dans les camps palestiniens.

Nahr al BaredPhoto: Reuters - Jerry Lampen

Le new deal dans les camps de palestiniens au Liban:
- L'hypothèses plausible d'une victoire militaire de l'armée sur les excités de Fatah el Islam créerait un précédent qui dissuaderait tout autre groupe paramilitaire de se confronter à l'armée libanaise;
- La reconstruction du camp de Nahr el Bared par l'Etat libanais - promise par le premier ministre - impliquerait une remise en question de facto de l'extraterritorialité de ce camps et graduellement de tous les autres;
- Ceci impliquerait aussi une révision du statut des palestiniens au Liban et l'octroi de droits civils à ces populations depuis trop longtemps marginalisées;
- Enfin, ceci pourrait entrainer, à terme et de facto, la caducité des illogiques et anticonstitutionnels accords du Caire.

Est-il vraiment nécessaire de citer cette phrase, un peu galvaudée, de Nietzsche ?

"Tout ce qui ne me tue pas me renforce."

L'Etat Libanais se construit donc un peu plus à chaque coup que lui assènent la crapule de Damas et sa clique de fossiles.