Walid Joumblatt, en tant que zaïm d’une communauté ultra-minoritaire au Moyen-Orient, aura toujours un double objectif dont l’accomplissement restera une question de vie ou de mort : (1) conserver le leadership de la maison Joumblatt sur les Druzes du Liban, et (2) maintenir la communauté Druze dans l’équation politique régionale.
Photo: Playboy 1984
Dans un contexte régional et international d’alliances changeantes et de rééquilibrages permanents des forces, l’urgence de ce double objectif impose au chef du Parti Socialiste Progressiste les contorsions les plus kamasoutresques.
Walid Bey ou Camarade Walid ? Le 27 juillet 2009, Joumblatt répond ainsi au journal tunisien Réalités qui lui demande comment il explique son alliance en tant que socialiste avec Saad Hariri, symbole du “capital mondial prédateur” (sic) :
Je ne suis pas à une contradiction près. Issu d’un milieu bourgeois à caractère fondamentalement féodal, je défends, fidèle à une tradition ancestrale, les intérêts d’une communauté montagnarde, déshéritée, en marge des circuits économiques prospères qui ont fait la fortune des maronites et des sunnites depuis des lustres. Mon alliance avec Saad Hariri s’explique par la dimension sociale de l’héritage politique de son père, les impératifs géopolitiques locaux et internationaux à la suite de l’assassinat de Rafic Hariri et l’espoir de voir le fils continuer l’œuvre de son géniteur, un grand bâtisseur, soucieux du sort du Liban, toutes confessions confondues, des marginaux et des laissés pour compte de la croissance.
Le dernier retournement de veste du Bey – il prend ses distances avec le 14 Mars et annonce la création d’un pôle centriste dont il prend la tête et… qui l’aime le suive ! – semble avoir parfaitement accompli ce double objectif.
Il y a quelques jours la première phrase de l’éditorial du journal de la LBC ressemblait à ça :
سوريا والسعودية تتسابقان لإستقطاب وليد جمبلاط
La Syrie et l'Arabie Saoudite se bousculent afin d'attirer Walid Joumblatt
Ainsi (2) par son acte irrationnel en apparence, Joumblatt reussit à maintenir la communauté Druze dans la nouvelle équation régionale issue du changement de politique étrangère américaine opéré par l’administration Obama et du rapprochement Syro-Saoudien.
Quelques jours plus tard, le représentant historique de la maison concurrente des Joumblatt, l’émir Talal Arslan, critique vertement son propre camp, le 8 Mars, lui reprochant de ne lui accorder aucun portefeuille ministériel dans le gouvernement en gestation. Joumblatt ne perd pas l’occasion de prendre Arslan sous son aile lui proposant un portefeuille parmi les trois qui lui sont dédiés.
Ainsi (1) pas sa magnanimité fédératrice et pan-druziste il assure la primauté de la maison beylicale Joumblatt sur celle des émirs Arslan.
Bravo l’artiste ! Mais au passage, à l’échelle nationale d’abord (si tu me passes l’expression) :
- Tu opères un phénoménal repli communautaire,
- Tu sabordes le projet de construction d’un État aux institutions solides et pérennes,
- Tu trahis les idéaux du 14 Mars qui t’ont, un moment, donné une stature nationale trans-confessionnelle.
Michel Aoun a raison quand il dit que tu cours pour prendre en marche le train qu’il a, lui, patiemment attendu en gare avant d’embarquer. En effet, comme lui, tu échoues à devenir une personnalité d’envergure réellement nationale. Cela dit, mille fois plus habile que lui à ce jeu et mille fois plus intelligent tu réussis, toi, à réunifier les Druzes là ou il n’a fait, lui, que diviser les Chrétiens; et tu réussis, toi, à rendre ta communauté incontournable dans l’équation régionale là ou il n’a fait, lui, que marginaliser la sienne.
Mais à quel prix Camarade Walid ? A quel prix pour le Liban dont tu sais toi, et toi particulièrement, qu’il n’y a aucune honte à placer d’abord !
Cette année, pour la première fois, je n’ai pas voté aux élections législatives et, je ne vais pas me mentir, c’était uniquement pour des rasions logistiques que je n’ai pas fait le déplacement. Mais si j’étais venu jusqu'à notre belle montagne du Chouf, c’aurait été zay ma hiyya (telle qu’elle) que j’aurais glissé ta liste dans l’urne. Et, oui, depuis ce dimanche 2 août c’est amèrement que j’aurais été entrain de le regretter. Tu n’en as sûrement rien à foutre, mais moi je suis très content de ne pas avoir voté, même si ce n’était pas intentionnel.

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