A friend came to see me on one of the evenings of the last week — he thinks it was on Monday, August 3rd [1914]. We were standing at a window of my room in the Foreign Office. It was getting dusk, and the lamps were being lit in the space below... My friend recalls that I remarked on this with the words, "The lamps are going out all over Europe: we shall not see them lit again in our lifetime."
Sir Edward Grey, British Foreign Secretary 1905 - 1916
Le jour suivant, la Grande Bretagne déclarait la guerre à l'Allemagne.
2010 ouvre la deuxième décennie du 21e siècle. Il me semble que ce sera une décennie de faits accomplis et d’illusions perdues. Sans drames ni catastrophes les années dix vont briser les espoirs d’une génération les uns après les autres.
Premier fait accompli : les années dix verront l’Iran se doter de la bombe atomique, ce qui consolidera le régime en place et lui permettra de multiplier les conflits dit de basse intensité sur sa périphérie pour étendre sa zone d’influence. Les conflits larvés au Liban, en Palestine, en Irak, en Afghanistan, au Pakistan, en Somalie, au Yémen, au Soudan, connaitront par intermittence ou simultanément des éruptions fréquentes. Sans compter que d’autres pays alliés de l’Iran comme le Venezuela, ou rivaux comme l’Egypte voudront se doter de l’arme nucléaire à leurs tours avec des conséquences similaires dans leurs régions respectives.
Deuxième fait accompli : quel que soit le résultat de COP15 le monde est sur une bien mauvaise pente et même si la volte-face est engagée (en admettant qu’elle le soit) elle ne prendra effet que trop lentement. Les années dix verront un nombre croissants de catastrophes naturelles et de refugiés climatiques, probablement aussi quelques guerres provoquées par les mouvements des populations. En admettant que COP15 aboutisse à des objectifs précis et contraignants en termes d’émissions de gaz à effet de serre et de déforestation, il faudra beaucoup de temps pour discipliner les industriels véreux en Chine, en Inde, en Russie ou ailleurs, et les gouverneurs de provinces corrompus, en Indonésie par exemple, qui remplacent des hectares forets primaires par des champs de palme à huile bien plus lucratifs.
Troisième fait accompli : la Chine va devenir de plus en plus puissante, économiquement d’abord, socialement et culturellement ensuite. Souvenez-vous de notre outrage quand l’Amérique de Georges W. Bush s’est comportée de manière arrogante et unilatérale… Les États-Unis restaient une démocratie dotée d’une constitution qui est un des textes constitutionnels les plus élégants jamais écrits. Que ferons-nous lorsque ce sera la Chine qui se comportera de la sorte ? Les années dix verront l’émergence de cette puissance autoritaire et probablement revancharde et, pour la première fois, la confirmation du recul des valeurs démocratiques et humanistes qui semblent avoir atteint leur apogée à la chute de l’Union Soviétique.
Il y aura certes quelques découvertes scientifiques révolutionnaires, un vaccin par ci, un nouveau traitement par là, probablement une voiture électrique abordable, quelques privilégiés pourront utiliser quelques nouveaux iPhones et autres gadgets de ceux dont on se demande comment on faisait avant. Mais partout, les conditions de vie vont se détériorer, lentement, imperceptiblement pour certains plus drastiquement pour d’autres. Dans les années dix on commencera à vivre systématiquement de moins en moins bien.
Je dis cela sans aucun catastrophisme millénariste. Ni les forets, ni les oiseaux, ni les valeurs humanistes, démocratiques ou écologistes, ni la créativité artistique, ne disparaîtront totalement, mais tout cela entre dans une phase de régression. Les années dix marqueront l’entrée du monde dans un nouveau moyen-âge. Cette fois les lumières ne s’éteindront pas totalement mais il me semble qu’elles se tamiseront progressivement et substantiellement. Et s’il est certain qu’elles se rallumeront à plein feux, je ne pense pas que ce soit de notre vivant.
P.S. C’est le texte ci-dessous récemment lu dans le New York Times qui m’a inspiré ce post. Extraits :
The Score: The End of Music
By Glenn Branca November 24, 2009, 3:41 pm
We seem to be on the edge of a paradigm shift. Orchestras are struggling to stay alive, rock has been relegated to the underground, jazz has stopped evolving and become a dead art, the music industry itself has been subsumed by corporate culture and composers are at their wit’s end trying to find something that’s hip but still appeals to an audience mired in a 19th-century sensibility.
For more than half a century we’ve seen incredible advances in sound technology but very little if any advance in the quality of music. In this case the paradigm shift may not be a shift but a dead stop. Is it that people just don’t want to hear anything new? Or is it that composers and musicians have simply swallowed the pomo line that nothing else new can be done, which ironically is really just the “old, old story.” (…)
Of course, we could all just listen to all of our old albums, CD’s and mp3’s. In fact, nowadays that’s where the industry makes most of its money. (…) Why bother doing anything new at all? Why bother having any change or progress at all as long as we’ve got “growth”? I’m just wondering if this is in fact the new paradigm. I’m just wondering if in fact the new music is just the old music again. And, if that in fact it would actually just be the end of music.

2 comments:
reste les valeurs humaines et familiales communiquées par l'éducation de ceux qui y croient encore...
passe de bonnes fêtes!!
I can feel that you have put in hard efforts. Commendable job done by you.
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