Agnès Sorel, née vers 1420 en Picardie, était la demoiselle de compagnie d'Isabelle de Lorraine, reine de Sicile. Jeune, belle et ingénue elle s’attire les faveurs du Roi de France Charles VII et en devient la favorite vers 1444. Charles VII est sous le charme et ne s’en cache pas. Monstrelet écrira "Comme entre les belles elle était tenue pour être la plus belle du monde, elle fut appelée damoyselle de Beaulté…".
Agnès, la Demoiselle de Beauté, sera la première maîtresse publique d’un roi de France supplantant même la reine par sa notoriété. Elle sera considérée comme la Première Dame officieuse du Royaume de France. En plus de sa beauté légendaire, Agnès avait reçu une excellente éducation, elle était cultivée, modeste et intelligente.
Elle choque par ses tenues qui dévoilent ses seins, on l’accusera d’inciter à la débauche et au vice. Jean Jouvenel des Ursins sera très sévère, et écrira au roi "en son hostel mesme il mist remesde tant en ouvertures de par devant par lesquelles on voit les tétins, tettes et seings de femme…". Agnès est d’ailleurs connue pour avoir inventé le décolleté. La voici peinte par l’enlumineur et peintre Jean Fouquet :

Sa beauté et sa sensualité sont mises en valeur dans ce portrait. Son décolleté entrouvert laissant paraître un sein en deviendra le symbole. A sa main gauche, un livre entre les pages duquel elle glisse un doigt pour ne pas perdre le fil de sa lecture souligne sa culture et l’importance de son intellect. Cette femme est totale: belle, dévergondée, sensuelle, intellectuelle et intelligente, quel homme n’en serait pas amoureux ?
Par sa sexualité exacerbée et son ostensible sensualité, elle sera accusée de débaucher le roi connu pour sa chasteté. Elle sera tenue pour responsable du réveil sensuel de Charles VII. Elle avait, par conséquent, sur lui une réelle influence psychologique, et, dit-on, n’était pas innocente de certaines décisions politiques du monarque.
Pour finir de choquer les moralistes dont étaient Thomas Basin et Jean Jouvenel des Ursins, le roi commande à Jean Fouquet une Vierge Marie à l’Enfant sous les traits de la belle ingénue. C’est l’image religieuse la plus érotique que je connaisse :

On la voit ici couronnée et entourée d’anges et de chérubins rouges et bleus. A sa gauche, l’enfant remplace le livre.
Agnès sera assassinée par empoisonnement au mercure. Dans sa douleur terrible le roi commandera deux magnifiques tombeaux de marbre, l’un pour le corps d’Agnès et l’autre pour son cœur. La haine et la jalousie auront eu raison de la plus belle et plus intelligente femme du Royaume de France.
Au Liban, suite à une décision du Conseil des Ministres, le 25 mars sera une fête officielle nationale islamo-chrétienne sous le signe de la Vierge Marie, personnage central des deux religions. Pourquoi pas ? Mais alors qu’elle soit humaine, sensuelle et sexuée, belle et intelligente comme Agnès. Que ce soit un retour à la déesse-mère universelle donneuse de vie des sociétés primitives. Que cette femme supposée réunir par son amour toutes les tribus du Liban soit une Ishtar, une Venus, une Aphrodite, pas cette image stérilisée d’une femme en bleu et blanc, vierge malgré la maternité comme la voudraient ces hordes d’hommes rétrogrades et complexés.
Note: Le décolleté d'Agnès Sorel inspirera de nombreux artistes en voici trois exemples:
De gauche à droite: "L’anachronique Agnès Sorel" par Artiste Naïf, "Femme fatale" par Kees Van Dongen, et un tableau dejà vu sur ce blog "Dot painting no1" qui vous paraîtra maintenant moins abstrait!


