samedi 28 mars 2009

Agnès Sorel

Agnès Sorel, née vers 1420 en Picardie, était la demoiselle de compagnie d'Isabelle de Lorraine, reine de Sicile. Jeune, belle et ingénue elle s’attire les faveurs du Roi de France Charles VII et en devient la favorite vers 1444. Charles VII est sous le charme et ne s’en cache pas. Monstrelet écrira "Comme entre les belles elle était tenue pour être la plus belle du monde, elle fut appelée damoyselle de Beaulté…".

Agnès, la Demoiselle de Beauté, sera la première maîtresse publique d’un roi de France supplantant même la reine par sa notoriété. Elle sera considérée comme la Première Dame officieuse du Royaume de France. En plus de sa beauté légendaire, Agnès avait reçu une excellente éducation, elle était cultivée, modeste et intelligente.

Elle choque par ses tenues qui dévoilent ses seins, on l’accusera d’inciter à la débauche et au vice. Jean Jouvenel des Ursins sera très sévère, et écrira au roi "en son hostel mesme il mist remesde tant en ouvertures de par devant par lesquelles on voit les tétins, tettes et seings de femme…". Agnès est d’ailleurs connue pour avoir inventé le décolleté. La voici peinte par l’enlumineur et peintre Jean Fouquet :


Sa beauté et sa sensualité sont mises en valeur dans ce portrait. Son décolleté entrouvert laissant paraître un sein en deviendra le symbole. A sa main gauche, un livre entre les pages duquel elle glisse un doigt pour ne pas perdre le fil de sa lecture souligne sa culture et l’importance de son intellect. Cette femme est totale: belle, dévergondée, sensuelle, intellectuelle et intelligente, quel homme n’en serait pas amoureux ?

Par sa sexualité exacerbée et son ostensible sensualité, elle sera accusée de débaucher le roi connu pour sa chasteté. Elle sera tenue pour responsable du réveil sensuel de Charles VII. Elle avait, par conséquent, sur lui une réelle influence psychologique, et, dit-on, n’était pas innocente de certaines décisions politiques du monarque.

Pour finir de choquer les moralistes dont étaient Thomas Basin et Jean Jouvenel des Ursins, le roi commande à Jean Fouquet une Vierge Marie à l’Enfant sous les traits de la belle ingénue. C’est l’image religieuse la plus érotique que je connaisse :


On la voit ici couronnée et entourée d’anges et de chérubins rouges et bleus. A sa gauche, l’enfant remplace le livre.

Agnès sera assassinée par empoisonnement au mercure. Dans sa douleur terrible le roi commandera deux magnifiques tombeaux de marbre, l’un pour le corps d’Agnès et l’autre pour son cœur. La haine et la jalousie auront eu raison de la plus belle et plus intelligente femme du Royaume de France.


Au Liban, suite à une décision du Conseil des Ministres, le 25 mars sera une fête officielle nationale islamo-chrétienne sous le signe de la Vierge Marie, personnage central des deux religions. Pourquoi pas ? Mais alors qu’elle soit humaine, sensuelle et sexuée, belle et intelligente comme Agnès. Que ce soit un retour à la déesse-mère universelle donneuse de vie des sociétés primitives. Que cette femme supposée réunir par son amour toutes les tribus du Liban soit une Ishtar, une Venus, une Aphrodite, pas cette image stérilisée d’une femme en bleu et blanc, vierge malgré la maternité comme la voudraient ces hordes d’hommes rétrogrades et complexés.

Note: Le décolleté d'Agnès Sorel inspirera de nombreux artistes en voici trois exemples:


De gauche à droite: "L’anachronique Agnès Sorel" par Artiste Naïf, "Femme fatale" par Kees Van Dongen, et un tableau dejà vu sur ce blog "Dot painting no1" qui vous paraîtra maintenant moins abstrait!

vendredi 6 mars 2009

Lilith

Ce texte est une fiction. Tous les personnages de ce texte sont fictifs et toute ressemblance avec des personnes réelles, existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence.
Dans un couple, contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, on n'est jamais deux. On est toujours, au moins trois. Il y a toujours un/e ‘ex’, un/e potentiel/le prohchain/e, dans tous les cas, il y a toujours le spectre de l’homme ou de la femme qui serait mieux, plus intelligent, plus beau, plus patient, qui n’aurait pas ce defaut ci ou celui-là.

Même Adam et Ève – le couple originel de la genèse – n’auraient pas été seuls en leur Éden. Adam aurait eu une première femme avant Ève… Vraiment ? Qui était-elle ? Qu’est-elle devenue ?

Le scribe de la version de la genèse qui a été retenue pour officielle, s’est en fait comporté comme le vulgaire censeur de la version originale. Et comme toujours, la version originale est bien plus belle, plus croustillante et plus réaliste que la version censurée.

Lilith, la première femme, est créée par Dieu à partir de la même argile qui lui a servi à créer Adam, contrairement à Ève qui, elle, sera créée à partir de l'une de ses cotes. Différentes versions s’opposent sur l’antériorité de la création de Lilith à celle d’Adam. D’après certains passages talmudiques Lilith aurait été créée au cinquième jour, et les créatures vivantes dont Dieu aurait peuplé les mers ne seraient autre que Lilith. D’autres versions affirment que Lilith aurait été créée juste avant Adam. Selon l’Alphabet de Ben Sira, un écrit hébreu du dixième siècle, Lilith, la première femme, est créée à l'égal d'Adam mais après lui: « Dieu créa Adam et vit qu’il était seul. Il dit : "Il n’est pas bon pour un homme d’être seul". Alors, Il créa une femme, à partir de la terre comme Adam et Il l’appela Lilith. » Dans toutes ces versions Adam et Lilith sont créés selon le même processus et à partir de la même substance.

C’est alors que tout se gâte. Lilith exigeait de copuler à califourchon sur Adam, alors que lui – l'imbécile – n’aimait pas être en dessous. Reprenons le texte de l’Alphabet de Ben Sira :
Dieu créa Adam et vit qu’il était seul. Il dit : "Il n’est pas bon pour un homme d’être seul". Alors, Il créa une femme, à partir de la terre comme Adam et Il l’appela Lilith.

Adam et Lilith se querellèrent. Il lui dit : "Je ne me coucherai pas sous toi, mais seulement au-dessus de toi. Tu es faite pour être dessous, parce que je te suis supérieur". Lilith répondit : "Je ne me coucherai pas sous toi mais sur toi. Nous sommes égaux, nous avons été créés de la même terre". Aucun des deux ne voulut céder.
Lilith s’emporta et partit, ou fut chassée du paradis selon les versions. Toujours est-il qu’en Éden, elle se retrouve persona non grata… et Adam, l’imbécile, à nouveau seul. Macho et fils a papa, il va pleurer chez son Dieu : « Ô Souverain de l’Univers, la femme que tu m’as donnée est partie. »

Dieu, envoie alors trois des ses anges, Senoy, Sansenoy et Semangelof, pour convaincre Lilith de revenir. Mais Lilith, qui jouissait sans doute déjà des nombreux plaisirs de ce bas monde où aucun fruit n’est interdit, ne voulait plus entendre parler de cet ennuyeux Éden, et encore moins de ce fat d’Adam. En fait, d’après certains passages talmudiques, Lilith aurait épousé Asmodée. Satyre de la luxure et bon vivant, Asmodée est souvent dépeint en compagnie d’amis joviaux et pleins d’humour.

Voyant Adam effondré dans sa solitude, Dieu lui crée à partir de l’une de ses cotes cette deuxième femme, excroissance de l’homme, soumise, transparente, serviable, aimante, obéissante, potiche : Ève.

Mais, Adam ne s’est jamais remis de cette rupture et d’après l’écrivain arménien Avetik Isahakyan : « Quand ses lèvres disaient Ève, son âme toujours disait Lilith. » Ève, elle, était atrocement jalouse de cette femme, cette ‘ex’, dont elle savait qu’elle ne pourrait jamais égaler la sensualité. Elle savait aussi qu’elle ne pourrait espérer atteindre le degré de complicité qu’il y avait eu entre son Adam et cette Lilith.

La pauvre femme voulut faire de son mieux et monter à califourchon sur Adam qui, hanté par le souvenir des chevauchées de Lilith, n'en demandait pas mieux. Mais le Dieu coincé de l’époque – qui reste le même que celui d’aujourd’hui puisque l’église catholique ne reconnaît qu’une seule position parmi toutes celles généreusement proposées par le Kâma-Sûtra: celle, bien nommée, du missionnaire – excédé par tant de vulgarité les chassa tous deux du paradis.

Ce que l’histoire ne dit pas, c’est que, quand Adam et Ève arrivèrent en ce bas monde, chassés qu’ils étaient de leur Éden, ils n’étaient plus seuls. Lilith avec sa légendaire fertilité et Asmodée avec sa non moins légendaire érection permanente avaient déjà peuplé, de leur prolixe progéniture, une grande partie de ce bas monde où tous les fruits sont permis.

Adam et Ève continuèrent de vivre en pleurant leur Éden perdu, se flagellant tous les jours, culpabilisant d’avoir osé défier leur Dieu et de l’avoir déçu en faisant l’amour à califourchon.

Alors que Lilith et Asmodée continuèrent d’explorer les plaisirs de ce bas monde et, plus amusant encore, d’en inventer de nouveaux. Leur vie ne fut pas facile pour autant, mais ce sont eux qui firent avancer le monde... On leur doit tout !

lundi 2 mars 2009

Absurdité Atomique

C'est impressionnant le temps que le monde entier perd à se demander si l'Iran a déjà de quoi fabriquer une bombe atomique, et dans le cas ou il a de quoi la fabriquer s'il le veut vraiment, et dans le cas ou il a de quoi la fabriquer et qu'il le veut vraiment, s'il la fabriquera vraiment. Personne ne se demande si l'Iran, quand il aura la bombe atomique, aura seulement intérêt à la balancer sur qui que ce soit.
L'amiral américain Michael Mullen estime que l'Iran détient suffisamment de matériaux fissiles pour fabriquer une bombe atomique. Le secrétaire à la défense américain, Robert Gates, a fait entendre un autre son de cloche. "Je pense qu'on s'est concentré de manière continue sur la manière d'amener les Iraniens à renoncer à un programme d'armement nucléaire. Ils ne sont pas près d'avoir des réserves [suffisantes]. Ils ne sont pas près d'avoir une arme à ce stade". Selon l'AIEA, l'Iran dispose désormais de 1 010 kilos d'uranium faiblement enrichi issus de son centre de traitement de Natanz. Si l'on en croit l'expert David Albright, de l'institut ISIS à Washington, cette quantité suffit, une fois convertie en uranium hautement enrichi, à mettre au point une bombe atomique. En revanche, les experts de l'AIEA estiment que 1 700 kilos d'uranium faiblement enrichi sont nécessaires pour procéder, après l'avoir hautement enrichi, à la fabrication d'une arme atomique. L'ambassadeur iranien auprès de l'AIEA, Ali Asghar Soltanieh, a insisté sur le fait que le site de Natanz, par ailleurs étroitement surveillé par l'AIEA, ne permettait pas de produire d'uranium hautement enrichi. Le directeur général de l'AIEA, Mohamed ElBaradei, s'était récemment dit convaincu que l'Iran cherchait à acquérir la technologie permettant d'accéder à l'arme atomique, mais il s'était montré plus réservé sur la question de savoir si Téhéran voulait vraiment la fabriquer. Le gouvernement iranien vient d'annoncer qu'il comptait désormais 6 000 centrifugeuses procédant à l'enrichissement d'uranium.
Extrait: lemonde.fr avec AFP | 02.03.09 |

En ce qui concerne la dissuasion, l'Iran a déjà de quoi dissuader plus d'un: fermeture du détroit d'Hormuz; bombardement des terminaux pétroliers de la rive arabe du Golfe, déstabilisation du Liban, de l'Irak, de l'Afghanistan, et même d'Israël dans une certaine mesure... la dissuasion atomique ne viendra que s'ajouter marginalement a cette série ; et d'autant plus marginalement que cette série et bien plus plausible et réalisable (donc efficace) de la part d'un acteur étatique acculé que l’hypothétique lancement d'une bombe atomique sur un quelconque autre état.

En ce qui concerne la dissémination vers des groupes terroristes, la technologie nucléaire est bien plus en danger au Pakistan qui s'enfonce chaque jour un peu plus dans un innommable chaos, que dans un Iran potentiellement atomique tenu d'une main de fer par les mollahs.

Mais alors, que faire? Au lieu de compter les centrifugeuses et les kilos d'uranium enrichis en pissant dans son froc... accepter l'idée d'un Iran atomique et négocier une levée des sanctions, un transfert de technologie et des partenariats industriels contre un désarmement du Hezbollah, une intégration du Hamas dans l'Autorité Palestinienne, une reconnaissance de l'Etat d'Israël, une participation active de l'Iran dans la stabilisation de ces trois voisins infernaux que sont l’Irak, l’Afghanistan et le Pakistan...

Alors, atomic peace and love... Je rêve ?

Mais... Monsieur Obama, I thought we could !