mercredi 27 janvier 2010

Des fleurs pour Google pas pour Bill Gates

Longtemps les multinationales de l’extraction comme Total ou De Beers on été accusées de collusion avec les régimes corrompus des pays dont elles exploitaient les ressources. Plus récemment, ce sont des entreprises comme Microsoft, Google, Yahoo, Cisco, AOL ou Skype qui se sont lamentablement compromises, notamment en Chine, en collaborant avec le régime pour mettre en place un système efficace de censure d’internet. Des ONGs comme Human Rights Watch ou Reporters Sans Frontières ont déploré l’ironie de la situation : des entreprises dont l’existence même dépend de la libre circulation de l’information portent la funeste casquette du censeur.

Dans le cas de Google la collusion avec le régime chinois contre le citoyen est imparable. Alors que le régime bloque Google.com, le moteur de recherche filtre les résultats des recherches effectuées sur Google.cn.

Les militants des droits de l’homme et de la liberté d’expression ont longtemps compté sur les états démocratiques pour défendre et répandre leurs valeurs là ou elles étaient menacées. Malheureusement, quand ils ne sont pas encore plus cyniques que les entreprises privées, les états ont montré leur impuissance à insufler quelque changement que ce soit. A une question sur les droit de l'homme en Chine, Hillary Clinton aurait répondu : You cannot be tough on your banker. Tout est dit !

Il y a quelques jours, en réponse à une attaque du régime chinois sur les boîtes Gmail de dissidents, Google a tapé du pied et suspendu la censure des résultats des recherches effectuées sur Google.cn.

Résultat, les chinois découvrent cette photo d’un homme arrêtant seul une colonne de chars devenue, hors de Chine, le symbole de la répression de 1989 sur la place Tienanmen. Quelques internautes chinois iront déposer des fleurs au pied du siège de Google à Pékin.

Certes, les motivations de Google ne sont probablement pas purement humanistes. Le moteur de recherche peine à décoller sur le marché chinois dominé par son concurrent local Baidu.com, et le coup d’éclat de la semaine passée fait probablement partie d’une ingénieuse stratégie marketing. Mais c’est la réaction de Bill Gates qui, contre toute attente, m’a vraiment donné la nausée.

Bill Gates, fondateur de Microsoft et homme le plus riche du monde, est à la tête de la plus grosse fondation humaniste philanthropique du monde, la Bill and Melinda Gates Foundation à laquelle il aurait déjà annoncé léguer 95% de sa fortune. Beau geste ! Mais dans une conversation avec le New York Times publiée par Bits, le blog techno du quotidien new-yorkais, Bill Gates commente brièvement le conflit qui oppose Google au régime chinois en ces termes qu’on devine sardoniques :
They’ve done nothing and gotten a lot of credit for it. (…) One may or may not agree with the laws in China but nearly all countries have some controversial laws or policies, including the United States.
Ce qui me révolte dans cette réaction du philanthrope le plus riche du monde, c’est qu’il reprend un argument idiot utilisé par les dictateurs, les régimes autoritaires et leurs vulgaires défenseurs lorsqu’ils sont à court d’arguments pour justifier l’injustifiable.

Ainsi, j’ai entendu pour justifier le népotisme que Georges Bush fils était bien le fils de Georges Bush père, quel mal y avait-il alors que Hosni Moubarak, entre autres, prépare son fils à lui succéder ? J’ai entendu pour justifier le bourrage des urnes en Syrie ou en Tunisie que Jacques Chirac avait été élu en 2002 avec un score de plus de 82% contre Jean-Marie Le Pen. J’ai entendu pour justifier la violente répression des manifestations de l’opposition en Iran que la France avaient bien maté par la force les émeutes de 2005 dans les banlieues. J’ai entendu pour justifier l’interdiction de Lolita aux Emirats Arabes Unis, que Mein Kampf était bien interdit en Allemagne.

J’ai entendu, Monsieur Gates, pour justifier la censure en Chine, qu’il y avait dans tous les pays des lois controversées, y compris aux Etats-Unis.

Ah ! Qu’est que je n’ai pas entendu comme conneries…

1 comments:

Air fou a dit…

Et que dire de Blackberry...

Oh combien j'aime cette photo. J'aime aussi énormément le travail des frères Gao.

Zed

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