jeudi 10 mars 2011

Le printemps arabe se porte bien

Si la nationalisation du canal de Suez en 1956 peut être considérée comme le premier acte souverain d’un pays arabe, cela fait longtemps que le monde arabe n’a plus rien à proposer. Alors que l’Iran offre un modèle révolutionnaire islamique et la Turquie une démocratie laïque et militaire, le monde arabe, après les échecs successifs du panarabisme, du socialisme arabe et de l’islamisme, s’est transformé en un désert idéologique. Enfin, avec le bourgeonnement du printemps arabe en 2011, le monde arabe semble avoir à nouveau un modèle à offrir à ses populations : Une démocratie en construction qui va se développer par essais et erreurs sur le long terme. Car plus qu’un système, la démocratie est une pratique. C’est pour cela qu’on parle de tradition démocratique, et l’Egypte, pour prendre l’exemple le patent, mais aussi la Tunisie et tout nouvelle démocratie arabe, n’ont aucune tradition démocratique et vont devoir l’inventer de toutes pièces.

Bien sur, il faudra réécrire la règle du jeu : la constitution. Mais c’est dans l’esprit de la règle que ce trouve l’essence de la démocratie alors que le texte n’est que le support d’une pratique. Il est très facile de retomber dans un système oligarchique corrompu malgré un texte parfaitement rédigé. En effet, bien que la constitution américaine soit un bijou de démocratie, les juges, législateurs et autres constitutionnalistes se demandent souvent, lorsqu’il s’agit d’en interpréter un article, quelle était la volonté initiale des pères fondateurs. Les pères fondateurs sont là une matérialisation de l’esprit de la constitution américaine.

Il ne suffit donc pas de rédiger une nouvelle constitution égyptienne et de la faire approuver par referendum. Il faut aussi qu’il y ait un consensus sur son esprit, entre les différents groupes sociaux et la nouvelle classe politique qui va progressivement émerger de cette révolution. J’ai récemment retweeté ceci sur @stroobia :
@Ghonim: We got rid of the dictator who was ruling us, now we need to get rid of the dictator that is within everyone of us. #FreeSpeech
Il faut que les citoyens arabes nouvellement libérés de l’autocratie et de la dictature mais aussi de décennies de paternalisme, d’assistanat et d’infantilisation, prennent conscience de leur liberté, des droits et des devoirs qu’elle implique… il faut qu’ils s’attendent à des déceptions, et qu’ils apprennent a appréhender leurs inévitables défaites futures.
Le printemps arabe est en marche certes, mais il lui reste de nombreux obstacles à surmonter. Et cette inamovible raclure de Mouammar Kadhafi et sa racaille ne mettent en aucun cas le printemps arabe en danger, ils peuvent tout au plus le ralentir de quelques mois.

Les islamistes, malgré les phobies de l'Occident, ne menacent en rien le processus démocratique ; ces révolutions démocratiques sont des révoltions postislamistes. Un membre du parti islamiste tunisien Al Nahdah se demandait dans une interview effectuée la veille de son retour en Tunisie :
« Comment peut-on être islamiste après le 11 septembre ? »
Le 11 septembre 2001 ferme en effet la parenthèse de l’islamisme ouverte en 1979 avec la révolution iranienne. Le 11 septembre, pour reprendre une image de Gilles Kepel, est l’explosion de lumière orangée annonçant le crépuscule de l’idéologie islamiste. Et pour cause, comment peut-on être islamiste après le 11 septembre ? Mais aussi comment peut-on être islamiste après les massacres de la guerre civile algérienne ? Les partis islamistes seront donc nécessairement modérés, populaires et majoritaires, et par conséquent, bien que socialement conservateurs, les meilleurs garants de la démocratie et du pluralisme.


L’armée non plus n’est plus en mesure de prendre et surtout de garder le pouvoir, notamment en Egypte, ou elle sait pertinemment qu’elle perdrait toute crédibilité dans la gestion du maelstrom nilotique qu’est l’administration de ce pays de 80 millions d’habitants. Le modèle turc est clairement la carotte brandie aux yeux des militaires égyptiens. Mais plus encore, il existe un parallèle flagrant entre les armées turque et égyptienne. Les deux entretiennent des relations privilégiées et directes avec le Pentagone ; la première à travers l’OTAN et la seconde à travers des relations bilatérales, sans oublier que la junte égyptienne reçoit 1.3 milliards de dollars par ans des Etats-Unis. Ce qui en fait le garant par excellence de la paix avec les pays voisins et du respect des traités internationaux signés par l’Egypte.

Ainsi ni l’inamovible raclure de Mouammar Kadhafi, ni les islamistes, ni l’armée, mais qu’est ce qui pourrait donc arrêter le printemps arabe dans son surprenant bourgeonnement ?
It’s the economy, stupid !
Mais restons ici optimistes et laissons les nombreux dangers qui guettent le printemps arabe pour un prochain post. A lire sur Stroobia ! stay tuned…

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