dimanche 3 avril 2011

Quatre scénarii pour un Printemps Arabe

Que les dictateurs arabes tombent sous la pression de la rue ou qu’ils réussissent à se maintenir au pouvoir, les Etats arabes post-2011 offriront un paysage drastiquement différent de celui qui prévalait avant l’immolation par le feu de Mohamed Bouazizi le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid. L’acte de ce vendeur ambulant est l’attentat suicide par excellence, l’attentat suicide qui a réussi à renverser l’ordre arabe établi après la nationalisation du Canal de Suez en 1956 par un Nasser triomphant.

Alors, on rigole toujours autant ?

Il nous semble que le printemps arabe propose quatre scénarii à un monde arabe en plein renouveau :

Le premier scénario, probablement le pire, est celui d’un enlisement dans la guerre civile et d’un délitement des institutions obsolètes de l’ancien régime. Dans les cas extrêmes, une partition de fait est possible, voire une somalisation accompagnée d’un retour aux appartenances primordiales (une re-tribalisation) masquées par l’oppression et les idéologies nationalistes, et d’une intervention active de groupes non étatiques. Même si ce n’est pas encore le cas, le risque est élevé pour la Libye de se diriger vers un tel scénario. D’autres pays dont les sociétés sont segmentées, comme la Syrie ou l’Arabie Saoudite, pourraient tomber dans le scénario catastrophe d’un printemps arabe qui se ferait dans le sang et la partition. Il semble d’ailleurs, malheureusement, que le Yemen se dirige droit vers ce scénario, son dirigeant décidant de s’accrocher au pouvoir coûte que coûte, plutôt que d’organiser la transition.

Le second scénario est la perpétuation d’un système autocratique, que ce soit à travers les élites actuelles qui se maintiendraient au pouvoir grâce à un savant mélange d’avantages financiers, de réformes cosmétiques et d’oppression, ou à travers de nouvelles élites qui s’accaparerait le pouvoir à l’issue des révolutions. De tels régimes réactionnaires pourraient se révéler plus oppressifs qu’avant la contestation lorsque les élites actuelles se maintiennent au pouvoir, comme c’est actuellement le cas au Bahreïn, ou sensiblement plus ouverts mais toujours autocratiques, comme cela pourrait être envisageable en Egypte.

Le troisième scénario est une forme d’autocratie partagée. Dans un tel système politique, des pans entiers de l’administration sont gérés de manière quasi autonome par différents courants, parfois opposés, qui se partagent le pouvoir selon un modus vivendi complexe mêlant consensus et confrontation. L’archétype de l’autocratie partagée est l’Arabie Saoudite ou, si on schématise à l’ extrême, il est possible de dire, qu’un courant pro-occidental (qu’il reste difficile de qualifier de libéral) de l’oligarchie au pouvoir est ‘propriétaire’ de la politique étrangère du royaume, alors qu’un courant religieux conservateur est, lui, ‘propriétaire’ des ministères liés à l’éducation et aux affaires sociales. C’est ainsi que s’explique l’apparente schizophrénie saoudienne où coexistent un système éducatif et social religieux ultraconservateur et par conséquent antioccidental, et une politique étrangère pro-occidentale, championne de la sacro-sainte Special Relationship entre le Royaume Saoudite et les États-Unis.

L’Egypte est exposée au risque d’une dérive vers un tel système. L’armée continuerait de gérer, même indirectement, la politique étrangère gardant une position pro-occidentale et garantissant la non-dénonciation des accords de Camp David, conservant au passage les avantages financiers qu’elle tire de cette situation. Alors que les Frères Musulmans, portés par de probables succès électoraux, metteraient la main sur les politiques intérieures, sociales et éducatives où ils seraient libres d’appliquer leur agenda conservateur. Des accords devraient alors êtres négociés sur certains points, comme les aspects sécuritaires liés à la bande de Gaza et la relation avec le Hamas. Un tel système en Egypte serait agrémenté d’une certaine dose de liberté d’expression et pourrait ressembler à s’y méprendre à un grand pas vers un système démocratique. Il n’en serait rien.

Enfin, le quatrième scénario, est tout simplement un système démocratique libéral. Dans un tel système, des contrepouvoirs (checks and balances) assureraient le pays contre tout accaparement du pouvoir. L’ensemble des libertés serait assuré à l’intérieur de l’administration par une stricte séparation des pouvoirs et à l’extérieur par des organisations non gouvernementales, des groupes de pression, un multipartisme bouillonnant et un secteur privé dynamique. Une opposition parlementaire constructive et une majorité au pouvoir professionnelle, désireuses de jouer le jeu de la démocratie assureraient le bon deroulement de l'alternance démocratique. Les exemples de telles démocraties émergeantes ne manquent pas, pour ne citer qu’elles : La Turquie, l’Indonésie, l’Inde et le Brésil.

Pour plusieurs raisons qui seront developées dans un post ultérieur, la Syrie semble être le meilleur candidat pour offrir au monde arabe sa première démocratie libérale. Si une démocratie Egyptienne est indispensable pour provoquer une vague démocratique de fond dans le monde arabe, une démocratie Syrienne, potentiellement plus sophistiquée et plus aboutie, serait indispensable pour confirmer une telle vague et la consolider en offrant les mécanismes du multipartisme, de l’alternance politique, et des contrepouvoirs.

Cela dépendra de la maturité de l’actuelle classe politique syrienne car, si la contestation y perdure et s’y intensifie, le meilleur candidat pour la démocratie libérale dans le monde arabe pourrait se révéler être un candidat parfait pour une longue et sanglante guerre civile.

2 comments:

lejournaldepersonne a dit…

Anti-fades
Je dirais que c’est avant tout
Des passions toutes jeunes
Qui vont grandir et qui ne sont pas prêtes de vieillir
Et qu’on appelle : une nouvelle génération
Comment je la sens ? Imprévisible
Comment elle s’est constituée, forgée, formée ?

http://www.lejournaldepersonne.com/2011/04/anti-fades/

christian.zennaro a dit…

Brillant !

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