mardi 28 février 2012

Joumblatt, le "non-aligné"

Walid Jumblatt
Walid Joumblatt Place Samir Kassir le 22.02.12
Nous avons déjà parlé de Walid Joumblatt comme étant une girouette, et défini une girouette comme servant à connaitre la direction du vent. En participant la semaine dernière à une manifestation de solidarité avec le peuple syrien à Beyrouth, Place Samir Kassir (pour qui, précisément, l'indépendance du Liban n'est possible que si un régime démocratique s'installe à Damas), Walid Joumblatt montre clairement que le vent a tourné, et que ce n'est plus en faveur de Bashar al Assad qu'il souffle aujourd’hui. 

Cela dit, le veðr-viti de la montagne a toujours sa manière particulière de présenter les choses. En renvoyant dos à dos la Russie pour son soutien désespéré au régime syrien et les pays occidentaux pour leur inaction face aux crimes de ce régime, Joumblatt se positionne comme l'homme du non-alignement dans un monde qui semble, en 2012, plus polarisé qu'aux pires heures de la Guerre Froide. 

La Russie qui a perdu la Crimée en 1989 et dont le contrat avec l'Ukraine pour maintenir une base navale à Sébastopol prend fin en 2017, en soutenant le régime syrien ami et la base navale de Tartous, perpétue sa quête désespérée d'un accès aux mers chaudes pour sa flotte. L’Iran cherche, depuis la Bataille du Granique perdue par Darius III contre Alexandre le Grand en 334 av. J.-C., à sécuriser un accès à la Méditerranée. Enfin, le besoin structurel des pays occidentaux de s’assurer un libre accès aux ressources pétrolières du Moyen-Orient, n’est pas sans rappeler l'obsession existentielle de l’Empire Britannique de sécuriser la Route des Indes.

Navires russes en Méditerranée, navires iraniens traversant le Canal de Suez, porte-avions américains et britanniques en mer d’Oman, drones américains dans le ciel syrien, batteries anti-missiles deployées à la frontière nord de la Jordanie, menace iranienne de fermer le détroit d'Hormuz, menaces israéliennes de frappes sur les installations nucléaires iraniennes, et cerise sur le gâteau, Conseil de Sécurité de l’ONU paralysé par les vetos Russe et Chinois… La crise syrienne polarise les ‘puissances’ dans un schéma qui n'est pas sans rappeler la Crise des missiles de Cuba ou le conflit de la Guerre de Crimée. Elle fait, en tout cas, réapparaitre des tendances historiques lourdes qui datent – et même précèdent – la fameuse Question d’Orient que l’on croyait réglée depuis la chute de l’Empire Ottoman et les accords de Sykes-Picot de 1916 entre la France et le Royaume Uni avec l'aval de la Russie. 

Dans ce tumulte, notre girouette perchée semble indiquer que le vent souffle dans la bonne direction, celle de la liberté des peuples syrien… et libanais. Espérons, qu’une fois de plus, le temps – court de préférence – lui donnera raison.

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